Credo, Reflection, aujourd'hui "
Résonances" (notez bien le "s"): chaque disque de la pianiste
Hélène Grimaud sonne comme l'aboutissement du long cheminement intérieur, le fruit d'une posture cérébrale dont le volet ainsi réalisé forme la partie d'un polyptique global. L'écoute révèle que rien ici n'est le fruit du hasard en effet, et la cohérence artistique de l'interprète ôte toute réserve.
L'engagement du jeu est total: il opère une évidente activité propre à lier des parties apparemment sans lien - de Bartok à Mozart, Berg et Liszt-, sinon réunis par la sensibilité d'une pianiste décidément à part et qui "ose" encore nous surprendre par des choix de répertoire imprévus. Les résonances se font ramifications et mettent en dialogue les partitions ici sélectionnées.
La Sonate de Berg trouve justement, d'étonnantes ... résonances dans une sonorité XIXè qui serait son terreau matriciel et que Hélène Grimaud éclaire d'un feu conquérant, convaincant.
L'accomplissement se situe évidemment dans
la Sonate de Liszt: grandiose déclaration, arche visionnaire et méditative, vertigineuse souvent, qui n'empêche ni l'âpreté du regard souterrain, ni la construction, puissante, sombre, fracassante, de son architecture dramatique. Tension, charge active, frémissement affectif général: Hélène Grimaud sait porter ce monument pianistique, entre dévoilement et détermination, spasmes et terreur. Détente heureuse et plannante grâce aux
Danses populaires hongroises d'un Bartok, tout tendre et nostalgique.

Il n'y a que le Mozart (découpé, discontinu, pas si naturel que les autres compositeurs sous les doigts de la pianiste) qui nous laisse réservé... mais respectueux devant ce vrai travail en profondeur, personnel et jamais neutre ni fade. Ce qui est l'indice des plus grands. Bravo l'artiste!
Résonances. Hélène Grimaud, piano. Sonates de Mozart (kv 310), Berg (opus 1), Liszt. Bartok: 6 Danses populaires hongroises.