
Vérone, 2011. Voilà l'exemple emblématique des productions grands spectacles qui servent si peu les oeuvres, privilégiant le spectaculaire des déploiements scéniques avec une foule de figurants, assénant des tableaux collectifs passablement encombrés et d'une lisibilité plus que relative dans leur transfert au petit écran. Musicalement, la déception est aussi au rendez vous: trop peu de chanteurs maîtrisent le français; c'est un joyeux galimatias que nous infligent tous les solistes, à part l'excellent Tybalt de Jean-François Borras.
Grand spectacle, français dénaturé
En têtes d'affiche, le couple vocal principal est diversement convaincant: techniquement assurée, le joli soprano de Nino Machaidze n'a pas un poil d'intelligibilité: sa Juliette s'exprime dans un langue continûment incompréhensible: un comble pour un opéra de Gounod: aucun consonne, pas l'ombre d'une justesse prosodique. Et si la voix est perçante, musicalement attractive... son style manque singulièrement de simplicité comme d'angélisme sincère. Les plus admiratifs voudraient en faire une seconde Netrebko: la soprano russo-autrichienne a autrement plus de finesse et de subtilité, de trouble, de languissante féminité... Et malheureusement, son Roméo (Stefano Secco) en rajoute côté accentuation douteuse, malgré un certain aplomb vocal (toutes ses fin de phrases sont soulignées en un spasme bien exhibé).
Un contre exemple qui pourrait leur en apprendre: le Mercutio d'Artur Rucinski dont l'air de la Reine Mab, indique que le fait d'être non français, n'empêche pas une quasi parfaite articulation: la diction et l'intonation simple, claire, sans effet et très bien projetée, sortent beaucoup plus satisfaisantes.
L'amplitude de la scène de Vérone suppose un débalage de décor et de machineries qui font les délices du metteur en scène italien... l'ampleur du plateau, le plein air conduisent tout un chacun à forcer le trait: pas sûr que Gounod ait apprécié une telle "défense" de son oeuvre: le tableau le plus ridicule étant certainement la fin quand Juliette après s'être poignardée aux côtés de son bien aimé expirant, se lève soudain, traverse tout le plateau pour chanter le dernier duo, l'un et l'autre à l'extrêmité opposée de la scène, puis marche d'un pas décidé pour remonter tout le parterre .... étonnante mort menée au pas de gymnastique.
Les amateurs de célébration grand spectacle apprécieront; les puristes gênés par une dénaturation souvent ridicule du français rejetteront catégoriquement ce chant aléatoire et bien peu scrupuleux. Les spectateurs non francophones resteront séduits par les couleurs vocales de Nino, restant constamment en dehors du texte. Après tout, c'est peut-être suffisant pour découvrir et apprécier Gounod. Une chose est sûre: il n'y avait pas de répétiteur ni de conseiller linguistique pour cette production.
Charles Gounod (1818-1893): Romé et Juliette. Avec Nino Machaidze, Juliette. Stefano Secco, Roméo. Cristina Melis, Gertrude. Jean-François Borras, Tybald. Artur Rucinski, Mercutio... Orchestra, Coro e Corpo di Ballo della Fondazione Arena di Verona. Fabio Mastrangelo, direction. Francesco Michelli, mise en scène.
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