Pas d'équivalent à la stature et à l'engagement (extramusical) du chef que l'on ne présente plus, Daniel Barenboim (68 ans en 2010). La musique avec lui a gagné une dimension philosophique, éthique même. Le chef a fait de l'art de diriger un art exemplaire de fraternité appliquée qui, dans le conflit israélo-palestinien prend valeur de modèle. L'homme est un humaniste rare, unique et peut-être bientôt légendaire (comme l'est Rostro pour ses engagements pacifistes et humains): Barenboim appartient à cette généalogie précieuse comme inestimable: c'est un musicien interprète au service de l'homme et de la musique.
Il a quatre nationalités: argentine (par son lieu de naissance); mais aussi israélienne, palestinienne et espagnole... Citoyen du monde, apôtre d'une humanité réconciliée, la seule qui compte. A l'heure où la planète va mal, les hommes feraient bien de résoudre leurs conflits, si absurdes et pourtant inéluctables... Daniel Barenboim fait entendre une autre voix, celle de la musique, du jouer ensemble, pour que les ennemis d'hier et d'aujourd'hui, se parlent, dialoguent, fraternisent... écoutent l'autre, reconnaissent dans l'étranger, ce frère qui nous rapproche tous, partout. Jamais les hommes n'ont été plus nombreux qu'aujourd'hui sur la petite planète bleue: 7 milliards d'âme et bientôt, 9 milliards dans 15 ans... Jamais nous n'avons été plus barbares et violents envers nos semblables. Daniel Barenboim nous rappelle à notre grand destin: être plus humain qu'inhumain. Un défi et une utopie dans nos sociétés en décadence?
Divan fraternel
Jouer Wagner.. en Israël; faire jouer musiciens égyptiens, israéliens, palestiniens ensemble (c'était à
Ramallah, en août 2006, lors d'un concert unique, grandiose, improbable mais si éloquent sur ce travail de fraternité appliquée...): c'est lui!
Tout remonte à sa rencontre et à son amitié avec le penseur pacifiste d'origine palestinienne (aujourd'hui disparu), Edward W. Said: en 1999 à l'heure à l'Allemagne fête Goethe à Weimar, Barenboim reprend le titre de son recueil "
Divan occidental oriental" (où l'auteur des
Souffrances du Jeune Werther exprime son admiration de l'Islam et des textes persans!): il fonde ainsi le premier orchestre au monde (West-Eastern Diwan Orchestra) dont les membres sont originaires de nationalités historiquement ennemies... Entreprise salutaire, audacieuse, exemplaire... qui cependant depuis le concert de Ramallah, n'a pu être renouvelée, contexte de guerre oblige, dans les lieux où les affrontements s'enlisent.
Daniel Barenboim sur France Musique
Février 2010
Staatskapelle de Berlin, Daniel Barenboim (piano et direction)
Lundi 22 février 2010 à 16h
Beethoven : concerto pour piano n°1
Schoenberg: 5 Pièces opus 16
Beethoven: concerto pour piano n°4
Mardi 23 février 2010 à 20h
Beethoven : concerto pour piano n°2
Schoenberg: Variations pour orchestre opus 31
Beethoven: concerto pour piano n°3
Vendredi 26 février 2010 à 16h
Beethoven : concerto pour piano n°5 "Empereur"
Schoenberg: Pelléas et Mélisande