Hier soprano juvénile dans le mythique Atys de Lully (1986), Véronique Gens incarne aujourd’hui les héroïnes mozartiennes, de Fiordiligi à la Comtesse. Elle apporte un feu dramatique au personnage de Vitellia de la
Clemenza de Titus, un rôle particulièrement cher qu’elle incarne sur la scène du Liceo de Barcelone (octobre 2006), à défaut de pouvoir le chanter en France. Avant de participer au Festival de Salzbourg cet été dans la Finta Giardiniera, nous l’avons interrogée : rôles mozartiens, désirs straussiens, projets, et opéra à réévaluer (
La Clemenza di Tito).
Depuis vos débuts, qu’est ce qui a fondamentalement changé en matière de chant baroque ?
En vingt ans, puisque Atys remonte à 1986, l’évolution majeure pour les chanteurs, est que les plus grandes voix souhaitent aborder ce répertoire. Je trouve formidable que Renée Fleming par exemple, ait chanté Alcina à l’Opéra Garnier sous la direction de William Christie.
Par ailleurs, en terme de programmation, il est tout aussi révélateur que toutes les maisons d’opéra aujourd’hui, consacre un volet de leur saison à la musique Baroque. Le Baroque est définitivement inscrit dans le goût de notre époque.
Dans le goût et l’accueil du Public, avez-vous aussi noter des évolutions ?
Absolument. L’accueil du public est constant. Les spectateurs connaissent de mieux en mieux les répertoires, ils aiment comparer les œuvres. Le public s’intéresse aux œuvres méconnues, comme il suit les programmateurs dans l’exhumation d’œuvres oubliées.
Depuis Agrippina de Haendel, sous la direction de Jean–Claude Malgoire, nous n’avons pas eu la chance de vous réentendre dans une production lyrique. Comment expliquer la rareté de vos apparitions sur la scène française ?Il est vrai que je chante davantage à l’étranger qu’en France où je donne entre deux à quatre concerts par an. Je chante aujourd’hui Mozart partout dans le monde, en Europe, aux Etats-Unis, au Japon.
Vous chantez sous la direction de Christophe Rousset, prenons par exemple votre dernier album consacré aux héroïnes tragiques de l’Opéra Français (Virgin classics). Avec quel autre directeur musical aimeriez-vous travailler ?Sans hésiter, Sir Simon Rattle.
Vous avez été Aricie dans l’Hippolyte et Aricie de Rameau. Aujourd’hui, vous chantez tous les rôles mozartiens, adaptés à votre voix. Comment expliquer cette évolution du répertoire abordé ?
En fait, comme d’autres chanteuses spécifiquement baroques, l’évolution naturelle de la voix nous mène à Mozart. Mozart suit la période baroque. Que sa musique et les rôles qu’il ait conçus, soient exceptionnels, renforce le désir de chanter sa musique. Je crois que j’ai chanté tous les rôles mozartiens pour ma voix de mezzo aigu : Cherubin, la comtesse des Noces, Fiordiligi de Cosi – je suis peut-être tentée par Dorabella mais le rôle est moins intéressant que celui de Sesto de la Clemenza di Tito.
Justement de la Clemenza, vous chantez surtout le rôle de Vitellia. Pourquoi aimez vous tant ce rôle ?Parce qu’il est somptueux et qu’il aborde tous les registres des sentiments, de l’extrême aigu à l’extrême grave, avec des passages coloratoures inouïs…Songez que Vitellia au début est une dominatrice qui manipule Sesto, elle se montre cruelle et perverse parce que c’est une femme blessée et amoureuse. A la fin de l’opéra, elle n’est que repentirs et remords.
Dans son air «
Non più di fiori » qui est un ample rondo, elle se métamorphose totalement… elle met du temps, l’air est l’un des plus longs de l’opéra, mais ce changement psychologique est pour l’interprète, un moment extraordinaire.
Mon physique me permet de donner davantage de vraisemblance au personnage, et pour peu que mon partenaire qui incarne Sesto, soit plus petit que moi, le rapport de dominé/dominant qui marque le couple Vitellia/Sesto apparaît avec plus de force.
Pensez-vous puisque vous connaissez bien l’ouvrage, que la Clemenza est une partition déséquilibrée, imparfaite, et qu’on a tort d’en faire un opéra aussi réussi que les grands opéras de la Trilogie, conçus avec Da Ponte ?
L’oeuvre n’a rien de déséquilibré. Je crois que Mozart qui l’a conçu avec son librettiste en deux actes, a écrit une œuvre dense qui ne comporte aucun temps mort. Par comparaison, le IVème acte des
Noces traîne un peu, il y a quelques longueurs que l’on ne retrouve absolument pas dans
la Clemenza. Les enchaînements y sont parfaits, et les tableaux, comme l’incendie du Capitole à la fin du Ier acte, sont à couper le souffle.
Pourquoi ne pouvons-nous pas vous entendre en France dans ce rôle ?
Je le regrette. Nous l’avions abordé il y a longtemps, au début des années 90, avec Jean-Claude Magloire dans le petit théâtre de l’Atelier Lyrique de Tourcoing. Je me souviens de l’équipe des chanteurs, il y avait Guillemette Laurens en Sesto, et Howard Crook dans le rôle de Titus. Je garde un excellent souvenir de cette production d’autant qu’au départ, Jean-Claude qui m’avait proposé le rôle, m’avait surprise. Je ne me sentais pas encore prête pour un tel personnage. Je suis heureuse de chanter le rôle de Vitellia au Liceo de Barcelone à la rentrée Prochaine.
Quels sont les rôles que vous rêveriez de chanter après Mozart ?
Ceux de Richard Strauss. Je rêve de chanter le Compositeur, Octavian et même la Maréchale qui dans le livret est une jeune femme.
Où pourrons-nous vous écouter cet été ?Je chante dans la
Finta Giardiniera de Mozart au festival de Salzbourg dans le cadre de l’intégrale des opéras qui seront présentés cet été.
Il s’agit d’une production déjà présentée en janvier 2006 à Salzbourg dans la mise en scène de la cinéaste Doris Dörrie et sous la direction d’Ivor Bolton.
4 dates clés de la carrière de Véronique Gens1991Castor & Pollux, Aix en Provence
1994Noces de Figaro, Lyon
1995Don Giovanni, Tourcoing, Jean-Claude Malgoire
1999Don Giovanni, Lyon, Claudio Abbado - Peter Brooks
discographie«
Tragédiennes », airs d’opéras : Lully, Campra, Rameau, Leclair, Mondonville, Royer, Gluck. Véronique Gens (soprano), Les Talens lyriques, direction : Christophe Rousset. 1 cd Virgin Classics 4676229.
Lire
notre critique.
Véronique Gens à l’opéra et en concert
Festival de Salzbourg 2006. Arminda dans
La finta Giardiniera.
Liceo de Barcelone, octobre 2006 : Viellia dans
la Clemenza di Tito
Opéra de Lyon, décembre 2006. Lehar, la veuve Joyeuse
Wigmore Hall de Londres, 1er décembre 2006. Mélodies françaises (Fauré, Debussy, Offenbach, Poulenc)
Crédits photographiques : © Marc Ribes
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