DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013)

trovatore verdi netrebko domingo DVDCLIC D'OR macaron 200DVD. Verdi : Il Trovatore (Netrebko, Domingo, Barenboim, Berlin 2013). Dans l’imaginaire du scĂ©nographe Philippe Stölzl, le TrouvĂšre est un conte lunaire, basculant constamment entre cynisme barbare et dĂ©lire fantastique. La premiĂšre scĂšne est digne d’une gravure gothique d’Hugo ou d’une eau forte de Callot : Ferrando (excellent Adrian SĂąmpetrean) plante le dĂ©cor oĂč rĂšgne la malĂ©diction de la sorciĂšre effrayante brĂ»lĂ©e vive sur le bĂ»cher par le comte de Luna
 une vision primitive qui inspire tout le spectacle qui suit, dont les tableaux jouant sur le blanc et le noir, dĂ©taillant d’effrayantes ombres graphiques sur les murs d’une boĂźte dont l’angle regarde vers la salle et les spectateurs, instaure ce climat si original, celui façonnĂ© par un Verdi subjuguĂ© par le jaillissement du surnaturel, de la malĂ©diction, la figure troublante d’ñmes Ă©perdues (Leonora) qui ivres et portĂ©es par leur seul dĂ©sir, demeurent continĂ»ment aveuglĂ©es par la passion qui les consume : la jeune femme dans une arĂšne de silhouettes souvent grotesques et grimĂ©es jusqu’à la caricature, y paraĂźt tel un lys pur, Ă©clatant par son chant amoureux, juvĂ©nile, ardent, innocent. Ce qu’apporte Anna Netrebko relĂšve du miraculeux : le jaillissement brut d’un amour immense qui la dĂ©passe totalement, la possĂšde jusqu’à l’extase : le chant est incandescent, Ăąpre, d’une sincĂ©ritĂ© tendre irrĂ©sistible.

Le public berlinois lui rĂ©serve une ovation collective dĂšs son premier air. LĂ©gitimement. Tout le premier acte (Le Duel) est stupĂ©fiant de justesse rĂ©aliste et expressionniste, saisissant mĂȘme par ses ombres rouges aux murs dĂ©fraichis. Un rĂ©gal pour les yeux et aussi pour l’esprit exigeant : la direction d’acteur est prĂ©cise et constamment efficace.

TrouvĂšre berlinois, fantastique, effrayant : superlatif

azucena, trovatore berlin, barenboimDans la fosse Daniel Barenboim des grands jours sculpte chaque effet tĂ©nĂ©briste d’une partition qui frappe par sa modernitĂ© fantastique, rappelant qu’ici la vision de Verdi rejoint les grands noms du romantisme lugubre et cynique, surnaturel, cauchemardesque, et poĂ©tiquement dĂ©lirant : Aloysius Bertrand, Villiers de l’Isle Adam, ETA Hoffmann.  On s’étonne toujours que bon nombre continue d’affliger l’ouvrage verdien d’une faiblesse dramatique due Ă  un livret soit disant faiblard : c’est tout l’inverse. Et la prĂ©sente production nous montre a contrario des idĂ©es reçues et colportĂ©es par mĂ©connaissance, la profonde cohĂ©rence d’une partition au dĂ©coupage trĂšs subtil, aussi forte et glaçante que Macbeth, aussi prenante que Rigoletto, aussi Ă©chevelĂ©e et juste que La Traviata
 Philipp Stölzl apporte aussi ce picaresque espagnol dans costumes et maquillages qui revisitent en outrant ses couleurs, Velasquez et les caravagesques ibĂ©riques, de Ribeira Ă  Murillo.  Si Leonora, incarnĂ©e par la sensuelle et embrasĂ©e Anna Netrebko, captive de bout en bout, le Luna, rongĂ© par la jalousie et l’impuissance amoureuse trouve en Placido Domingo, un baryton ardent, habitĂ© par une psychĂ© qui lui aussi le submerge : passionnant duo.

netrebko anna trouvĂšre trovatore leonora Berlin BarenboimPar son code couleur vert froid, exprimant un cynisme fantastique de plus en plus prĂ©sent au fur et Ă  mesure de l’action, le thĂ©Ăątre de Philipp Stölzl rappelle Ă©videmment l’immense Peter Mussbach (repĂ©rĂ© dans son approche parisienne de La Norma au ChĂątelet) : le choeur des gitans y singe une foule aux accents apeurĂ©s, orgiaques avant que ne paraisse le chant hallucinĂ© d’Azucena (trĂšs honnĂȘte Marina Prudenskaya, de plus en plus touchante : c’est elle qui porte le germe de la vengeance finale ; elle est elle aussi, comme Leonora, une poupĂ©e fardĂ©e, usĂ©e, transfigurĂ©e par la passion qui la porte et la consume : si Leonora est dĂ©vorĂ©e par l’amour pour Manrico le trouvĂšre, Azucena est portĂ©e, aspirĂ©e par l’effroi du sacrifice primordial : l’assassinat de son propre fils (le vĂ©ritable) par les flammes. Le Manrico de Gaston Rivero sans partager la brulure de ses partenaires dĂ©fend haut la figure du TrouvĂšre. Jamais production n’a Ă  ce point mieux exprimer l’essence hallucinĂ©e et lunaire de l’opĂ©ra verdien : c’est essentiellement un thĂ©Ăątre de la brĂ»lure, des Ăąmes embrasĂ©es, oĂč pĂšse dĂšs l’origine, l’image effrayante flamboyante du bĂ»cher initial. Une Ă©blouissante rĂ©ussite qui passe surtout par la cohĂ©rence du dispositif visuel. Chef et solistes sont au diapason de cette lecture colorĂ©e, expressionniste, remarquablement convaincante. VoilĂ  qui renvoie Ă  la marche infĂ©rieure la plus rĂ©cente production du TrouvĂšre avec le duo Netrebko et Domingo, prĂ©sentĂ©e cet Ă©tĂ© au Festival de Salzbourg
 La galerie de peintures qui s’y impose paraĂźt en comparaison fatalement anecdotique tant ici, la crĂ©ation visuelle, le thĂ©Ăątre des ombres dĂ©coupĂ©es sur les murs du cube nourrissent le feu de l’action. Un must et donc un CLIC de classiquenews.com.

Verdi : Il Trovatore. Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Placido Domingo), Azucena (Marina Prudenskaya), Manrico le TrouvĂšre (Gaston Rivero, Adrian SĂąmpetrean (Ferrando)
 Staatskapelle Berlin. Daniel Barenboim, direction. Philipp Stölzl, mise en scĂšne. 1 dvd Deutsche Grammophon. EnregistrĂ© Ă  Berlin au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, im Schiller Teater, en dĂ©cembre 2013.

 

 
 

 

TELE. En octobre 2014, Mezzo diffuse l’Elvira candide, juvĂ©nile d’Anna Netrebko (Metropolitan Opera 2006-2007) : I Puritani avec Anna Netrebko au Met 2007 sur Mezzo Live HD : 6 > 24 octobre 2014. 

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