DVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014)

damrau diana dvd erato demuro tezier benoit jacquot dvd erato review classiquenews compte rendu account of review critique developpe du dvd CLASSIQUENEWSDVD, compte rendu critique. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (1 dvd Erato, 2014). La lumineuse Traviata de Diana Damrau
 AprĂšs le minimaliste misĂ©rabiliste de l’ancienne production parisienne signĂ©e Christoph Marthaler qui imaginait alors une Traviata extĂ©nuĂ©e au pays des soviets usĂ©s, corrompus, exsangues, voici donc cette nouvelle production rĂ©alisĂ©e par BenoĂźt Jacquot, cinĂ©aste grand public au symbolisme parfois schĂ©matique caricatural. S’il opte pour des accessoires simples et claires souvent monumentaux  (le lit de la  courtisane au I, l’escalier colossal au II
), la vision manque singuliĂšrement de subtilitĂ© : il est vrai que remplir le vaste espace de Bastille reste un dĂ©fi de taille pour les metteurs en scĂšne. Son Werther inaugurĂ© pour la mĂȘme scĂšne en 2012, Ă©tait de la mĂȘme veine.  Mais cette simplification visuelle n’empĂȘche pas les dĂ©tails historiques qui font sens comme le clin d’Ɠil au tableau de l’Olympia de Manet, hommage du peintre rĂ©aliste au nu fĂ©minin, au corps de la courtisane qui fait commerce de ses charmes. Le peintre de la production a mĂȘme poussĂ© la note rĂ©aliste en peignant le portrait de la cantatrice en lieu et place de l’Olympia originelle de Manet ; idem, Jacquot a choisi une servante noire pour Violetta, rattrapĂ©e par sa maladie. Le spectacle Ă©tait le point fort de la saison 13-14 : elle rĂ©unit un trio prometteur : Diana Damrau (en Violetta), Ludovic TĂ©zier et Francesco Demuro (nouveau venu dans l’auguste maison comme c’est le cas de sa consoeur allemande), respectivement dans les rĂŽles des Germont, pĂšre et fils.

 

 

 

 

 

Sensible Traviata de Diana

 

La Traviata de Diana. Elle, diva musicienne jusqu’au bout des ongles, sidĂšre par la sincĂ©ritĂ© de son jeu, l’intensitĂ© d’un chant qui soigne surtout la ligne et le galbe dramatique, la vĂ©ritĂ© de l’intonation
 plutĂŽt que l’articulation prĂ©cise de la langue. L’énonciation reste souvent confuse voire brumeuse, mais l’ampleur du souffle, les couleurs, et les intentions sont justes. Au I, la diva incarne la courtisane parisienne usĂ©e mais terrassĂ©e par l’amour qui frappe Ă  sa porte (E Strano). Au II, la femme amoureuse bientĂŽt sacrifiĂ©e resplendit par son sens de la dignitĂ© contenue ; enfin au III, Violetta rattrapĂ©e par la maladie, exprime le dernier souffle de la pĂ©cheresse finalement sanctifiĂ© (son dernier sursaut vĂ©ritable rĂ©surrection de son innocence perdue
), Diana Damrau maĂźtrise l’architecte du rĂŽle sensible tragique qui s’achĂšve par sa mort en grande sacrifiĂ©e terrassĂ©e. Une incarnation qui profite Ă©videmment Ă  Paris, de sa performance prĂ©cĂ©dente Ă  La Scala de Milan pour son ouverture en dĂ©cembre 2013.

Face Ă  elle, le tĂ©nor sarde Francesco Demuro peine souvent dans un chant moins articulĂ©, moins abouti dramatiquement, un style lisse qui n’entend rien Ă  ce qu’il dit : oĂč est le texte ? Dommage. Face aux jeunes, le Germont de Ludovic TĂ©zier s’impose lĂ  encore par la force souple du chant, un modĂšle de jaillissement intense et poĂ©tiquement juste. Quel baryton ! Une chance pour Paris. L’orchestre habituellement parfait de finesse, de suggestion sous la direction de son directeur musical – divin mozartien, Ă©tonnant wagnĂ©rien, Philippe Jordan, semblait dĂ©possĂ©dĂ© de ses moyens sans la conduite de son pilote prĂ©fĂ©rĂ©. Le chef Francesco I. Campia a la baguette dure, les fortissimo faciles voire systĂ©matique, une absence de finesse qui nuit terriblement Ă  ce chambrisme articulĂ© qui fait les Verdi rĂ©ussis.

RĂ©serve. La rĂ©alisation vidĂ©o fait grincer des dents : on a bien compris que la camĂ©ra Ă  l’épaule pouvait fixer le plan placĂ© derriĂšre la spectatrice au cou bien galbĂ© pour exprimer le point de vue du spectateur en cours de spectacle. L’idĂ©e sur le papier pouvait ĂȘtre intĂ©ressante mais dans la continuitĂ© du film, devient systĂ©matique et constamment tremblĂ©e, suscite d’inĂ©vitable rĂ©serve. D’ailleurs d’autres sĂ©quences filmĂ©es Ă  l’épaule et focusant sur certains protagonistes dont Diana Damrau prĂ©cisĂ©ment, gĂąchent aussi la lecture par un manque de stabilitĂ© ou des mouvements de camĂ©ra qui ailleurs passeraient pour des fautes de dĂ©butants. Pas facile de filmer l’opĂ©ra sans tomber dans la caricature plan plan ou dĂ©lirante comme ici


Non obstant la faible tenue du tĂ©nor, du chef, la Traviata de Diana conserve toute son irrĂ©sistible sĂ©duction. Lire aussi notre compte rendu de La Traviata par Diana Damrau en juin 2014 Ă  l’OpĂ©ra Bastille. 

 

 

 

 

DVD, compte rendu critique. Paris. OpĂ©ra Bastille. Verdi : La Traviata. Diana Damrau (Violetta), Francesco Demuro (Alfredo, Germont fils), Ludovic TĂ©zier (Germont pĂšre), Anna Pennisi, Cornelia Oncioiu. BenoĂźt Jacquot, mise en scĂšne. Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra national de Paris. Francesco Ivan Ciampa, direction. EnregistrĂ© en 7 juin 2014, Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris. 1 dvd Erato 0825646166503.

 

 

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