DVD, annonce. AIDA par Sofia Loren / Renata Tebaldi (Bel Air classiques, le 5 décembre 2017)

Aida-DVD-1953-tebaldi-sofia-loren-presentation-du-dvd-par-classiquenews-critique-dvd-annonceDVD, annonce. AIDA par Sofia Loren / Renata Tebaldi (Bel Air classiques, le 5 décembre 2017). Pour les fêtes de fin d’année 2017, l’éditeur Bel Air classiques aurait il la nostalgie du kitsch année 1950 ? Certes le vinyle fait son grand retour sur le marché…, alors pourquoi pas en effet inventer le vintage au format dvd comme en témoigne cette réédition d’un film culte daté de 1953 et qui éclaire cette époque singulière où les intégrales d’opéra filmées n’existaient pas encore et qu’alors assimilées à un film, on ne pouvait se passer de têtes d’affiches c’est à dire à l’image plutôt des lolitas pulpeuses que des chanteuses lyriques souvent bien dotées vocalement mais pas Joconde pour un sou. L’époque était déjà au diktat du physique et Maria Callas elle même, – interprète elle aussi d’Aida, allait un an plus tard (1953/1954), montrer sur la scène scalène, une transformation physique sidérante devenant en plus d’une star lyrique, une icône de la mode et de l’élégance parisienne.

Pour l’heure en 1953, c’est Sofia Loren qui trouve en Aïda son premier emploi d’importance, doublant la voix de la soprano : Renata Tebaldi (alors âgée de 31 ans). Certes cette dernière n’avait pas le physique de Marilyn (avec son visage carré masculin) mais elle avait le timbre angélique et puissant pour chanter l’amour tragique de la princesse éthiopienne retenue prisonnière à la cour de l’égyptienne Amneris.
Pour Tebaldi, le rôle d’Aïda est emblématique : elle chante le personnage sur la scène de la Scala mais tombe malade en avril 1950, et c’est la jeune Callas qui la remplace : la blonde angélique puis la louve brune… ainsi allait naître enflée artificiellement par le presse et le public italien toujours à l’affût d’une vision réductrice et scandaleuse, la pseudo « rivalité » entre les deux immenses divas.

 

 

AIDA, 1953 : l’équation Tebaldi / Loren questionne les relations fécondes entre opéra et cinéma

 

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Avec Karajan, la Tebaldi enregistre d’ailleurs le rôle (Decca). La pureté de son émission et des aigus célestes ont profondément souligné l’ardente sincérité de l’amoureuse malgré son devoir ; car elle est la fille du roi d’Ethiopie, Amonasro, l’ennemi de Pharaon. Mais rien ne peut vaincre amour, comme on ne cesse de le voir à l’opéra en particulier au xviie, dans le Couronnement de Poppee de Monteverdi (1642). Ainsi aimée du général égyptien Radamès, que’lle aime en retour, l’éthiopienne Aida se laisse condamner puis est emmurée vivante… avec son amant. Fin terrifiante, à la Schiller… Dénouement sublime pour un opéra romantique fut-il, aussi, grande fresque archeologico-historique.

En 1953, l’idée n’était pas de filmer un opéra comme Don Giovanni, premier véritable essai concluant en la matière plus de 20 ans plus tard (réalisé par Joseph Losey, 1979) où les chanteurs d’opéra (parmi les meilleurs mozartiens de l’heure) jouent devant la caméra, mais plutôt d’un péplum égyptianisant où le doublage lyrique était de mise. Évidemment tout ne fonctionne pas ici car la synchronisation chant et articulation des acteurs, montre son évidente limite, mais force est de constater que dans le cas de Sofia Loren, à force d’un travail acharné, la jeune actrice qui a appris la ligne de chant jusqu’au moindre phrasé de Tebaldi, impose un jeu plutôt vraisemblable.
On y croit et soudain la jeune esclave s’incarne vocalement et physiquement grâce à l’équation réussie née de l’association des deux interprètes : Loren / Tebaldi. Il fallait bien la somme de deux talents, et non des moindres pour incarner pour le cinéma, cette figure tragique et exotique là. Voilà qui nous fait remonter aux origines de ce genre promis à de nouvelles passionnantes réalisations entre cinéma et opéra.
Un rapprochement inéluctable et naturel : Wagner n’a t il pas tout inventé du 7è art, dans son Ring / Tétralogie (L’Anneau des Nibelungen), à Bayreuth, ce, dès 1876 ? Ici l’espace et le temps fusionnent en un vortex au souffle épique irrésistible (précisément déjà réalisé dans Tristan de 1865) ; affiné encore en 1882 dans Parsifal l’ultime partition testament. Mais Wagner et le cinéma composent une autre histoire.

Pour l’heure, grâce à Bel Air classiques, nous voici au bord du Nil, en 1953, aux côtés de la belle éthiopienne Aida qui s’inquiète de la victoire remportée par le jeune et beau général égyptien Radamès qu’elle aime en secret, car s’il est victorieux (“Ritorna vincitor “… Prière sublime) , il aura soumis son propre peuple… Amour ou devoir ?
Au départ le réalisateur Clemente Fracassi avait souhaité une icône cinématographique pour incarner la jeune héroïne broyée par le souffle de l’histoire : Lola lollobrigida. Mais c’était compter sans l’orgueil de l’actrice qui ne souhaitait pas n’être que la doublure d’une diva… (pensait-elle être capable de chanter le rôle à l’écran?).
Le mythe cinématographique Sofia Loren allait naître dans cet opéra filmé, preuve là encore des liens plus qu’étroits entre les deux disciplines spectaculaires : opéra et cinéma. Aujourd’hui que les salles de cinéma diffusent l’opéra et que les chanteuses sont autant actrices que cantatrices (mais oui il y en a), et de surcroît pour certaines, …possèdent le physique du rôle concerné, à quand une Netrebko bientôt star à Cannes ? C’est peut-être la denrière révolution de cette odyssée de l’image entre les deux genres, et le retournement final qui nous fait fantasmer. Vite, à nous, une nouvelle Callas, divine et actrice de cinéma !

 

 

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DVD, annonce. AIDA 1953 par Sofia Loren / Renata Tebaldi (Bel Air classiques, le 5 décembre 2017)Prochainement sur classiquenews la critique complète de ce dvd éligible ou pas à notre grand dossier cadeaux de Noël 2017… à suivre le 5 décembre date de publication du dvd.

 

 

 

 

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VERDI : AIDA [DVD]
Opéra en quatre actes
Musique: Giuseppe Verdi
 / Livret : Antonio Ghislanzoni
Aida Sophia Loren • Renata Tebaldi
Radames Luciano della Marra • Giuseppe Campora
Amneris Lois Maxwell • Ebe Stignani
Amonasro Afro Poli • Gino Bechi
Chœurs et Orchestre de la RAI
Direction musicale Giuseppe Morelli
Ballet de l’Opéra de Rome
Chorégraphie Margherita Wallmann
Réalisation : Clemente Fracassi

FICHE TECHNIQUE
Année de production : 1953
 – Date de parution : 5 décembre 2017

1 DVD
Référence : BAC146
Code-barre : 3760115301467
Durée : 1h32 min.
Sous-titres : FR
Image : Couleur, 4/3, PAL
Son : Mono

 

 

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