DVD. Adès : The Tempest (Adès, 2012)

DVD. Thomas Adès : The Tempest (Adès, 2012) … Dans la sublime mise en scène de Robert Lepage, lequel a signé rappelons nous une Damnation de Faust anthologique à Bastille et récemment le Ring de Wagner au Met, disposant d’une machinerie pharaonique et trait de génie technique, polyvalente-, cette tempête shakespearienne gagne un surcroît de magique fascination. Attractivité en rien dénaturée par le transfert en dvd. Révélée à Londres (Covent Garden) dès 2006, l’opéra de Thomas Adès poursuit sa course glorieuse, en maintes reprises -preuve du succès d’un ouvrage contemporain-, et ici sous la forme d’un enregistrement vidéo : en novembre 2012, Robert Lepage imagine sur le plateau du Met, un théâtre dans le théâtre, mise en abîme portée par un regard neuf et souvent génial. Déchu de son royaume de Milan, Prospero paraît dans la salle de La Scala : lieu mythique de l’opéra qui se dévoile de tableau en épisode. La machinerie reprend ses droits, produisant la magie de l’action, une action toujours parfaitement claire et souvent poétique.

 

 

Infernal et délirant … le sublime théâtre d’Adès

 

ADES_tempest_dvd_dg_keenlysideThomas Adès a magnifiquement compris les enjeux et la symbolique délirante du sujet traité au théâtre par Shakespeare.
Prospero évincé du pouvoir et destitué du duché de Milan sous les coups de son frère le traître Antonio et du complice de ce dernier, le Roi de Naples-, entend prendre sa revanche sur une île qu’il a lui-même conquise … en écartant son prétendant légitime, Caliban.
Magicien, Prospero a suscité une tempête qui fait échouer les courtisans de Naples et le roi lui-même sur les rives de son île.
La guerre que livre Prospero l’aveugle sur ce qu’il perd réellement : l’amour de sa fille Miranda qui s’éprend de Ferdinand, le fils du Roi de Naples. Au terme d’une action désespérée et cynique, le magicien comprend sa folie et sait renoncer : Miranda épouse Ferdinand mais Ariel, l’esprit facétieux du magicien, le quitte sans remords. Incompris et manipulé tout l’opéra durant, Ariel se libère lui-même. L’opéra d’Adès n’est-il pas une splendide libération des êtres contre eux-mêmes, et ce théâtre des illusions façonné par Lepage, ne donne-t-il pas à voir justement les étapes de ce labyrinthe imaginaire dont chaque étape en 3 actes, rythme le formidable rite d’initiation ? Prospero y vainc sa quête du pouvoir en reconnaissant l’empire de l’amour… il en paie le prix fort car il finit seul.
En mêlant réel et irréel, poésie et fantastique, le spectacle renouvelle sans l’atténuer le modèle shakespearien. Une réussite absolue.
Prospero anthologique, félin, délirant, au dire millimétré, Simon Keenlyside a trouvé de fait et de façon indiscutable, un rôle taillé pour son tempérament vocal et scénique. Hier Ferdinand amoureux, Toby Spence, tout aussi excellent dans un registre plus aigu, incarne avec quel trouble et ambivalence le déloyal et pervers Antonio ; les autres ténors sont à la fête, au diapason d’une direction d’acteurs qui associe finesse et présence : Alek Shrader (le joli et aimable Ferdinand), William Burden (Roi de Naples) et Alan Oake (pétillant Caliban). Même enthousiasme pour les dames : Audrey Luna (Ariel) et Isabel Leonard (Miranda)…
C’est un triomphe légitime tend la réalisation sert une partition admirable. Londres a enfanté un chef d’oeuvre lyrique contemporain. Paris pourrait-il en dire de même ? Ni Akhmatova, bien fade bien grise, ni La Cerisaie trop lisse trop convenu, n’ont pas un tel délire, cette magie d’une libre et parfois fulgurante justesse… d’autant que la production est ici dirigée par Adès lui-même.
A voir et s’en délecter de toute urgence.Thomas Adès : The Tempest, d’après Shakespeare (2006, live réalisé au Met en 2012). 1 dvd Deutsche Grammophon.

 

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