Doublé Tchaikovski : Iolanta et Casse-Noisette à Paris

tchaikovski piotr-Tchaikovsky-530-855Paris, Opéra Garnier, jusqu’au 1er avril 2016. Doublé Tchaikovski : Casse noisette et Yolanta. Le dernier opus lyrique de Piotr Illiytch, Iolantha occupe l’affiche de l’Opéra de Paris, nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov – provocateur qui sait cependant sonder et exprimer les passions de l’âme-, et nouveau jalon d’un ouvrage passionnant qui se déroule dans la France médiévale di Bon Roi René. On se souvient avec quelle finesse angélique et ardente la soprano vedette Anna Netrebko avait enregistré ce rôle : jeune aveugle séquestrée, trop attachée à son père, Iolantha / Iolanta gagnait une incarnation éblouissante de justesse et d’ardeur, projetant enfin le désir vers la lumière… Sur les planches parisiennes, c’est une autre soprano voluptueuse, – autre Traviata fameuse, la bulgare Sonya Yoncheva (qui chantera l’héroïne verdienne à Bastille à partir du 20 mai prochain) , laquelle relève les défis multiples d’un personnage moins creux et compassé qu’il n’y paraît. Sensible, affûté, Tchaikovski sait portraiturer une jeune femme attachante, éprise d’absolu comme d’émancipation… et qui doit définitivement couper le cordon avec la figure paternelle. Pour l’aider un médecin arabe (le maure Ebn Hakia, baryton) , érudit humaniste et complice habile, l’aide à trouver la voie de la guérison morale et physique. Attention chef d’oeuvre irrésistible.

yoncheva_sonya_recital_parisCouplé à cet opéra court, le ballet Casse-Noisette en un doublé qui fut historiquement présenté tel quel et validé par le compositeur à la création de l’opéra au Mariinski de Saint-Pétersbourg, en décembre 1892. La maison parisienne entend aussi souligner avec force, la dualité artistiquement féconde, de l’opéra et du ballet, deux orientations magiciennes qui avec la saison musicale – chambrsite et symphonique, cultive le feu musical à Garnier et à Bastille. Le metteur en scène Tcherniakov en terres natales d’élection, entend réaliser l’unité et la cohérence entre les deux productions : un même cadre, et un glissement riche en continuité entre les deux volets ainsi présentés la même soirée. Comme Capriccio de Strauss, sublime ouverture de chambre, sans ampleur ou débordement des cordes, l’ouverture de Iolanta commence par une non moins irrésistible entrée des vents et bois, harmonie prodigieusement moderne, portant toute l’expressivité lyrique d’un Tchaikovski au crépuscule/sommet de sa carrière. Les divas ne sont pas rancunières… “La Yoncheva” avait quitté Aix en Provence où elle devait chanter Elvira dans Don Giovanni de Mozart parce qu’elle ne s’entendait pas avec le truculent et délirant Tcherniakov, c’était en 2013. Trois ans plus tard, l’eau a coulé, les tensions aussi et la soprano a accepté de travailler avec l’homme de théâtre pour cette Iolanta de 2016 à Paris…

Paris, Opéra Garnier. Tchaikovski : Iolantha, Casse-Noisette. Jusqu’au 1er avril 2016

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