L’image d'un compositeur sucré s’altère. Notre époque semble nuancer la patine galante dont on a paré Mozart. C’est comme si l’on s’était ingénié à écarter tout ce qui pouvait rappeler le poids des souffrances, le sceau de la tragédie. L'enfant Mozart contre l'homme Mozart. Pourquoi le génie musical, doit-il forcément rester cet éternel prodige divin, adulé au XIX ème, idôlatré même jusqu’à l’indigestion par les chocolatiers de Salzbourg. Pourtant la grâce qui a marqué son inspiration n’empêche pas la gravité ni l’inquiétude. C’est en souhaitant rompre avec l’imagerie traditionnelle, que nous avons choisi de nous pencher sur les épisodes et les aspects de sa vie qui méritaient une nouvelle évaluation.
A l’image du nouveau portrait découvert à Berlin, le plus émouvant peut-être, voici « notre Mozart », réactualisé à l’aune des récentes découvertes.
Nouveau portrait
Que nous donne à voir le portrait de Johann Georg Edlinger, conservé au musée de Berlin et qui vient d’être récemment identifié ? C’est un exceptionnel témoignage qui saisit les traits du musicien âgé de 34 ans en 1790, soit un an avant sa mort.
Plusieurs détails nous surprennent. Le regard est ouvert, souriant, fraternel. La bouche esquisse un léger sourire. Le modèle assis, pose détendue, incite à la conversation et au dialogue. Manifestement cet homme respire la sympathie et même la chaleur fraternelle.
Curieusement rien n’indique son état de musicien ni de compositeur. Ni partition ni instrument ni même une boule de billard, comme on aime l’imaginer. Il ne porte pas de veste brodé, galonnée d’or ni d’insignes ostentatoires. Les yeux sont à notre hauteur : pas de distance ni de grandeur. Il est notre égal. Mais tout cela s’agissant de Mozart, nous le savions déjà.
Le dernier portrait de Berlin donne un pendant au tableau inachevé de Mozart, peint par Joseph Lange vers 1789 et conservé à Salzbourg. Complémentaire au premier, le second offre un profil du musicien, sombre et réfléchi, étonnamment concentré. Les deux, de notre point de vue, correspondent à une vision plus juste de Mozart, au crépuscule de sa carrière.
Cette nouvelle figure du compositeur nous invite à reconsidérer l’homme et à rompre aussi avec la vision réductrice qui persiste toujours (en témoignent les visuels de couverture choisis par la presse magazine qui a publié de nombreux numéro anniversaire) : combien la toile récemment redécouverte diffère de l’iconographie habituelle. Elle oppose un portrait radicalement contraire à ce que l’iconologie orchestrée depuis la mort de Mozart, particulièrement au XIX ème n’a cessé d’imposer : l’image du musicien stylé, perruqué et fardé, l’éternel enfant musicien, le prodige voyageur sans âge ; une icône galante presque désincarnée, l’image la plus idéale d’un XVIII ème siècle lisse et propre tel qu’on peut la contempler dans le tableau posthume de 1819, signé Barbara Krafft, icone maquillée et censurée selon les valeurs du XIXème puritain, portrait que nous avons choisi pour illustrer notre chapitre dévoilant la véritable idéntité du concerto injustement intitulé "Jeune Homme".
Le portrait de Barbara Kraftt est une œuvre plus légendaire que réaliste: elle appartient à l’heure où l’on retravaillait l’image du musicien.
Or ce que nous donne à voir l’excellent portrait de J.G. Edlinger, c’est tout ce que l’on s’interdisait à reconnaître chez le compositeur : l’empreinte des années, le visage gonflé et alourdi par une suractivité permanente, et peut-être aussi par l’assiduité perpétuelle à vouloir convaincre, le désir de défendre son statut de compositeur dans une ville, Vienne, qui s’entête à ne pas comprendre ses œuvres. Une cité bornée qui lui préfère obstinément Salieri.
Bien que jeune encore, l’homme a vécu. C’est à peine si l’on croirait qu’il a moins de 35 ans ! Tel serait le véritable enjeu de cette nouvelle année de commémoration : dresser un bilan critique de notre connaissance et envisager de nouvelles pistes. L’apparition de ce magnifique tableau vient certainement indiquer une nouvelle étape dans notre proximité avec Mozart. Tentons à l’aune de cette toile emblématique, de dresser désormais un nouveau visage du compositeur.
Illustration: Johann Georg Edlinger, portrait de Mozart, 1790 (musée de Berlin).
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