Dossier SAINT-SAËNS : centenaire 2021 (entre liberté et classicisme)

SAINT-SAENS-camille-portrait-centenaire-mort-de-camille-saint-saens2021 marque le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns : esprit libre, électron génial, défenseur de la musique française (contre l’hégémonie des Allemands et de Wagner). Le musicien fut pianiste et compositeur, d’une rare culture, voyageur régulier, solitaire polémiste dont l’acuité de l’esprit inspire toujours. Ayant connu Berlioz, témoin des œuvres de Debussy et Ravel, Saint-Saëns traverse le XIXè avec éclat par ses audaces formelles, son goût du théâtre où se déploie la passion des anciens. C’est un Baroqueux avant l’heure : passionné par Lully et Marc Antoine Charpentier, Rameau et Gluck (comme Berlioz)… Voici quelques thématiques clés pour mieux approcher la diversité d’un génie romantique difficile à classer.

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SAINT-SAËNS ET LE MILIEU PARISIEN. S’il est populaire, sa musique jouée et appréciée, connue et célébrée en Province comme à Paris, Saint-Saëns est « boudé » par les autorités parisiennes qui font et défont la gloire des artistes. En réalité, son génie l’a propulsé naturellement au devant de l’estrade jusqu’à devenir le compositeur officiel de la IIIè République. Pianiste et organiste virtuose, Saint-Saëns a composé dans tous les genres, innovant souvent en créateur sans entraves et doué d’une imagination féconde : Danse Macabre, IIIème symphonie pour orgue (dédiée à la mémoire de Liszt). Ses opéras sont à redécouvrir, saisissant tous par leur originalité et leur parure d’un raffinement inouï : orientalisme (Samson), historicisme (Ascanio, Henry VIII, …)…

 

2021, année d’une réhabilitation espérée…

Camille SAINT-SAËNS :
le plus grand génie romantique français
après BERLIOZ ?

 

 

 

Voyageur régulier, ambassadeur du goût français

Mobile, actif, Saint-Saëns voyage beaucoup ; aimant passionnément l’Orient, surtout l’Afrique : il meurt à Alger. Partout, il joue ses œuvres, exporte ainsi le goût et l’élégance française. Encore en 1915, pour l’exposition musicale de San Francisco, il est présent, pourtant octogénaire, incarnant l’excellence française tel un envoyé officiel.

 

 

 

Saint-Saëns écrivain

Personnalité publique et polémiste, Saint-Saëns comme Berlioz sait écrire et il est publié dans les medias d’alors, moins la presse grand public que spécialisée ; il prend la parole, participe au débat, n’hésite pas à affronter et répondre, en défenseur du bon goût. Ce qui lui a collé à la peau, surtout à la fin de sa carrière où il paraissait conservateur et obtus, étranger à la modernité naissante (Pelléas de Debussy). Mais il s’obstine contre la critique parisienne, arrogante et cassante car il a pour lui, l’adhésion populaire, et comme sa musique, un style ardent, clair et construit.

En 1890, l’écrivain qui se fixe à Dieppe, se fait aussi poète et dramaturge : il écrit un recueil de poème (Rimes familières) et la comédie « La Crampe des écrivains », soulignant son humour, trait toujours gommé chez les biographes, et qui le rapproche d’un Rossini ; suivra encoreLe Roi Apepi, créé à Béziers en 1903.

La correspondance privée commence à révéler ses trésors, soit plus de 18 000 lettres dont celles avec son éditeur Auguste Durand, bien documentée de 1835 à sa mort. Entre les affaires d’édition et le travail musical, le compositeur dévoile l’homme : un esprit curieux, esthète, universaliste qui attend toujours une biographie fidèle et plus nuancée. L’aisance épistolaire et la vitalité de son style écrit paraissent au grand jour grâce à deux ouvrages édité par Actes Sud : Correspondance avec Fauré et Saint-Saëns globe trotter.

 

 

 

Saint-Saëns et l’opéra

C’est à l’égal de Vivaldi, un chantier encore vierge tant les ouvrages sont nombreux et pourtant méconnus. Aux côtés du célèbre Samson et Dalila, à juste titre joué régulièrement (et qui fut créé grâce à l’aide de son ami Liszt à Weimar), il faut absolument réécouter et réévaluer Frédégonde, La Princesse jaune, Les noces de Prométhée, Phryné, Etienne Marcel… ou Proserpine, Les Barbares, Le Timbre d’argent, surtout Ascanio récemment enregistrés. La reconnaissance du Saint-Saëns lyrique a souffert du fait que le trop jeune musicien (16 ans) n’obtint pas le Prix de Rome (tremplin pour le genre), même s’il fut l’élève lumineux d’Halévy (l’auteur vénéré de La Juive). Une seconde tentative pour Rome à 28 ans se solde là encore par un échec (pas assez inexpérimenté, selon une formule attribuée à Berlioz ou à Gounod). On comprend que Saint-Saëns ait dès lors choisi de suivre son propre chemin.

Avec Samson et Dalila, Saint-Saëns offre avant Carmen, une figure féminine vénéneuse et toxique, amoureuse libre et passionnée et voix de contralto (Pauline Viardot) ; un portrait qui ne colle pas avec la France post 1870, puritaine et patriote, d’autant que soutenu par Liszt, Saint-Saëns est considéré comme germanique.

 

 

Saint-Saëns et les sujets lyriques

Pour l’exposition universelle de 1867, il compose la cantate Les noces de Prométhée (1er Prix décerné par le jury qui réunit alors Verdi, Gounod, Rossini, Auber, Berlioz !). Prométhée est créé aussi à Weimar en mai 1870 grâce à Liszt qui encourage Saint-Saëns dans l’élaboration de Samson. Outre son affection pour la Renaissance, source historique et française qui offre une belle alternative au wagnérisme ambiant, le compositeur, amateur des anciens, de Lully à Rameau, affectionne particulièrement les sujets mythologiques : en témoignent Les Noces de Prométhée (1867), Proserpine (1887), Phryné (1893), Déjanire (1898, créé au théâtre des Arènes de Bézier pour refonder localement une tradition musicale et lyrique) ; puis les Barbares (1901 : relecture néo antique de l’histoire romaine auquel l’auteur apporte sa lecture du conflit franco-prussien : Rome est assiégé par les teutons) ; les musiques de scène pour Andromaque de Racine (1903) ; Hélène (1904)… Sur le plan symphonique aussi les 4 poèmes symphoniques : Le Rouet d’Omphale (1871), Phaéton (1873), La Danse macabre (1874), La Jeunesse d’Hercule (1877), offre féconde certainement inspiré par le créateur du genre Liszt, son ami de toujours. Outre son opéra biblique, désormais célèbre, Samson et Dalila (1877), Saint-Saëns laisse un important corpus inspiré par la Renaissance française : Etienne Marcel (1879), Henry VIII (1883), Ascanio (1890), …

 

 

 

Saint-Saëns mélodiste

Le compositeur cultivé, esthète qui avait le goût des textes et de la poésie a laissé environ 160 mélodies, dont le cycle La cendre rouge, écrit pendant la première guerre mondiale… des perles qui elles aussi, comme ses opéras, sont à redécouvrir. C’est un chantier pourtant essentiel comptant des chefs d’oeuvres aussi marquants que les œuvres de Gounod, Fauré (l’élève de Saint-Saëns) et Massenet.

 

 

 

Ardent défenseur de la musique française

Patriote, Saint-Saëns s’engage très tôt pour la redécouverte des auteurs anciens ; inaugurant même le mouvement baroque avant l’heure ; s’il crée la Société Nationale le 25 février 1871, favorisant les compositeurs français contemporains, Camille collectionne les partitions anciennes et organise leur édition critique moderne : ainsi les rééditions de Gluck (à la suite de Berlioz), Charpentier et de Rameau. Mais aussi Lully dont il réorchestre Armide pour les Arènes de Béziers en 1904. Il s’intéresse déjà aux notions d’ornementation, d’organologie (président de la société des instruments anciens), préfigurant le souci actuel de restitution sonore historique. Il s’interroge sur l’interprétation des oeuvres de Leclair et Mondonville, comme celles de Corelli et Bach. Rameau est une source régulière pour l’interprète comme le compositeur : Saint-Saëns pianiste a joué du Rameau dans ses récitals ; comme compositeur, il a écrit à la manière Baroque, plusieurs ballets « historiques », néo baroques et aussi néo Renaissance, pour Henry VIII et pour son chef d’oeuvre à redécouvrir, Ascanio (page des plus raffinées). Enfin, Marc-Antoine Charpentier lui doit sa première résurrection, comme génie méconnu, « contemporain de lully », enfin redécouvert grâce entre autres à son enthousiasme pour Médée dont il souligne l’écriture « impeccable »…

 

 

SAINT-SAËNS et WAGNER

Camille-Saint-Saens DRJusqu’en 1885, lors d’une tournée en Allemagne, Saint-Saëns alors reconnu comme l’ambassadeur du bon goût français, se rebiffe définitivement contre le wagnérisme et surtout contre les wagnériens.  Quand Carvalho, directeur de l’Opéra-Comique lui propose de reprendre Lohengrin, l’auteur de Samson et Dalila s’oppose nettement. Depuis la défaite de 1870 de la France face à la Prusse, Wagner ne cesse d’être instrumentalisé comme emblème de la supériorité du génie germanique vis à vis des autres cultures, dont évidemment la culture et la musique française. Un revers mal vécu par Saint-Saëns qui soldat rejoint le 4è bataillon de la garde nationale ; il sera alors très affecté par le mort de son ami, le peintre orientaliste et chanteur Henri Regnault (la Marche héroïque lui est dédiée).

WAGNER : le Ring Jordan sur France MusiquePourtant, presque 10 ans auparavant, dès 1876, Saint-Saëns fait le pèlerinage à Bayreuth, assistant au festival inaugural ; témoignant son enthousiasme pour l’opéra wagnérien : il est peut remercié en retour ; Wagner reconnaissant surtout l’excellent pianiste, moins le faiseur d’opéras ! Peu à peu, Saint-Saëns que la reconnaissance du patrimoine musical français préoccupe, mène un combat de plus en plus aigu contre la wagnérite qui s’empare de la France dans les décades 1880 et 1890. Autre manifestation du « combat » antiwagnérien de Saint-Saëns : la création du conservatoire américain de Fontainebleau (dans l’aile Louis XV du château), en 1921, destiné à rompre l’habitude des jeunes musiciens américains à se former en Europe à Berlin ou Leipzig, cité musicale internationale où Bach, Mendelssohn, et tant d’autres ont ébloui le monde. Après 1918, les Français souhaitent imposer le leadership culturel et musical d’autant plus face à l’Allemagne affaiblie.

 

 

 

Longévité florissante

saint saens camille portrait pour classiquenews camille-saint-sans-1Saint-Saëns né l’année de la création au Théâtre Italien des Puritains de Bellini (1835), compose encore l’année de sa mort, 1921. Le 16 décembre 2021 marque donc le centenaire de sa mort. Une longévité impressionnante pour ce reptile tenace et combattif qui aura vécu 86 ans, connu tous les régimes, les genres, les styles, les époques et aussi Rossini, Berlioz, Meyerbeer, Debussy, Ravel. C’est le dernier des classiques romantiques, qui assure le pont entre Berlioz et Ravel. La mémoire incarnée de la musique française au XIXè jusqu’à la révolution symboliste et impressionniste du début du XXè.

Un malade chronique

De santé fragile, tuberculeux depuis la naissance, Camille cultive un rapport singulier avec la faucheuse ; d’autant qu’il a perdu ses deux fils en bas âge (1878). Conscient de sa faiblesse constitutive, mais toujours combatif ; préférant le vertige des océans à celui de la maladie ; ses voyages (en Algérie et en Egypte surtout où il séjourne presque 20 fois, d’où le Concerto pour piano n°5 dit « l’égyptien ») entretiennent une résistance à toutes épreuves : à 80 ans, il embarque pour l’Amérique latine ; celui qui a vu tous ses amis partir, meurt sur le métier, au travail, à Alger, le 16 décembre 1921, orchestrant alors la Valse nonchalante.

 

 

 

Saint-Saëns et la célébrité

Voyageur permanent, Camille a toujours su se préserver des paparazzi et autres demandeurs en tout genre ; l’identité inventée de « Charles Sanois » lui garantit ainsi un anonymat primordial à la bonne réalisation de ses séjours. Loin du milieu parisien, il compose en tranquillité.

De mars à avril 1890, sa supposée disparition, en terre lointaine, est montée de toute pièces et alimentée par la presse à sensation, toujours apte à brûler ses idoles pourvu qu’elle vende des milliers d’exemplaires (dont le quotidien Le Matin). Dans les faits, le compositeur est aux Canaries, isolé, protégé, après le décès de sa mère (1888) et aussi le report de la création à l’Opéra de Paris de son opéra Ascanio. Revenu en 1890 à Dieppe où en son honneur un musée lui est dédié ; mais il repart aussitôt pour Ceylan. On ne change pas un esprit qui a le goût des voyages. Tout Saint-Saëns est là, dans ce mouvement perpétuel ; celui d’un pur esprit mobile, libre, jamais convenu ni prévisible ; toujours original et pertinent : en 1908, il compose la première musique de film pour le cinéma, tout en servant son goût pour la Renaissance française : L’assassinat du duc de Guise. Un moderne sous couvert d’élégance classique. Saint-Saëns est comme Berlioz qui réformateur, adepte de Gluck, se disait « classique ».

 

 

 

 

 

 

Approfondir

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Société Camille Saint-Saëns

Exposition « Saint-Saëns : un esprit libre » / BnF et l‘Opéra national de Paris, au Palais Garnier, à partir du 5 mars 2021 – jalon fédérateur des célébrations pour le centenaire de la disparition du musicien en 1921. Jusqu’au 20 juin 2021. PARIS, Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris, Palais Garnier : tous les jours 10h-17h.

 

 

 

A redécouvrir

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ASCANIO critique cd annonce review par classiquenews St-Saens-ASCANIO-parution
CD, événement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crée l’événement en octobre 2018 en dédiant une édition luxueuse à l’opéra oublié de Saint-Saëns, Ascanio, créé en mars 1890 à l’Opéra de Paris. C’est après le grand opéra romantique fixé par Meyerbeer au milieu du siècle, l’offrande de Saint-Saëns au genre historique, et comme les Huguenots de son prédécesseur (actuellement à l’affiche de l’Opéra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit à l’époque de la Renaissance française sous la règne de François Ier, quand le sculpteur et orfèvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-Saëns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maîtrisé de la couleur et de la mélodie : d’autant que, au moment où il fait représenter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sévères, se cherche une nouvelle forme, capable de présenter une véritable alternative au wagnérisme ambiant. Après Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant référence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a précédé et dont lui aussi, la carrière à l’Opéra sera brève.

 

Requiem, dédié à la mémoire de son mécène Albert Libon (qui lui avait fait avant de mourir un don de 100 000 francs en 1877)

 

 

 

 

 

CATALOGUE

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5 concertos pour piano,
5 symphonies dont une avec orgue,
4 poèmes symphoniques (dont Danse macabre),

Opéras

Samson et Dalila (1877)
Le Timbre d’argent (1877)
Henry VIII (1883)
Proserpine (1887)
Ascanio (1890)
Les Barbares (Opéra de Paris, 1901)

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 LIVRES

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LIVRE événement, compte-rendu critique. Stéphane Leteuré : Camille Saint-Saëns, le compositeur globe-trotter (1857 – 1921), Actes Sud. MUSIQUE et POLITIQUE.  Voici l’étendue des déplacements et un premier portrait du Saint-Saëns voyageur, en Europe (Allemagne, Angleterre, Italie), dans cet Orient « africain » qu’avant lui Delacroix ou Félicien David ont parcouru (Algérie et Egypte), mais aussi en USA. L’auteur entend nous dévoiler à travers l’expérience du compositeur romantique français, une première analyse inédite celle développée sous le prisme d’une « géopolitique musicale ». A l’heure de la mondialisation artistique, et aux projets esthétiques qui s’expatriant en atteignant une internationalisation standardisée, le cas Saint-Saëns confronté aux convulsions politiques de son époque, met a contrario en avant l’obligation pour l’artiste créateur de prendre parti, selon le mouvement des nationalismes affrontés (en particulier entre France et Allemagne), selon les postures de la diplomatie dont, dans ses propres déplacements, il ne peut écarter les implications. Intéressant d’interroger ainsi la conscience politique d’un compositeur au hasard de ses déplacements… Surtout à notre époque où bien peu (trop peu) de musiciens, artistes ou compositeurs, prennent parti pour tel ou tel combat : ce n’est pourtant pas les causes qui manquent dans notre monde déréglé, perverti, corrompu. Bref. Ici, le monde de Saint-Saëns ne connaît pas l’horreur de nos temps présents.

Actes sud, camille saint saens globe trotter politique et musique CLIC de classiquenews, review critique presentation livres de CLASSIQUENEWS 9782330077464La mission « volontaire » et assumée de Saint-Saëns favorise le rayonnement de la culture française à travers la diffusion de sa musique, c’est bien ainsi que l’auteur entend privilégier cette préférence nationale, cette volonté de suprématie dans le goût international, surtout à partir de 1905, quand il rejoint les membres du Conseil supérieur des Beaux-Arts. D’autant que les deux Amériques, vers cet Ouest « futuriste et résolument moderniste » sont par exemples estimées tels de nouveaux eldorados, – opportunes issues aux compositeurs français qui peinent à se faire entendre et jouer dans leur propre pays. D’ailleurs l’axe France-USA se cristallise encore après la première guerre avec la création du Conservatoire américain de Fontainebleau.
Dans ce concert des nations où Saint-Saëns veut jouer sa propre partition, l’auteur montre par exemple s’agissant des relations avec l’Allemagne, comment le Français renforce peu à peu un combat direct contre le wagnérisme, s’insurgeant contre la divinisation du maître de Bayreuth dont il a été l’un des premiers festivaliers. Après la mort de Wagner, en 1882, et avec l’essor du wagnérisme, Saint-Saëns s’affirme en défenseur de l’art français, oeuvrant pour la création d’un réseau francophile international où des chefs sensibilisés / alliés sont nommés à des postes clés pour favoriser la musique romantique hexagonale, la soutenir, l’encourager, la faire jouer. Comment alors ne pas justement considéré ce goût pour l’orient comme la réponse du Français, au wagnérisme envahissant de son époque ?

 

saint-saens et rouche la correspondance 1913-1921 presentation par Marie-Gabrielle Soret compte rendu critique de CLASSIQUENEWS editions ACTES SUD livre evenement clic de classiquenews 9782330065812LIVRES, compte rendu critique. Camille Saint-Saëns et Jacques Rouché : correspondance de 1913 à 1921. Actes Sud enrichit sa collection dédiée aux témoignages et correspondances d’un romantisme tardif, déjà ébloui par l’impressionnisme de Debussy, et la syncope frénétique d’un Stravinsky (qu’en bon père conservateur St-Saëns détestait en le faisant savoir). Les deux hommes de lettres : Rouché / Saint-Saëns qui échangent, croisent idées et projets, sont chacun dans une période très active de leur existence. Le Quinqua Jacques Rouché (1862-1957) est le récent directeur de l’Opéra de Paris ; il s’adresse ici à un Saint-Saëns, vieux (presque octogénaire) maître des excellences romantiques, doué d’une invention et d’un classicisme « moderne » qui n’a plus rien à prouver. Face au germanisme wagnérien croissant (lui qui fut néanmoins un adepte de Bayreuth dès les premières heures du Festival allemand), Saint-Saëns se dresse en défenseur de l’art musical français. En esprit curieux et fédérateur, Rouché accepte de (re)créer nombre d’ouvrages de Saint-Saëns sur la scène de l’opéra de Paris qui ne compte alors que Samson et Dalila : ainsi grâce au jeune directeur, sont montés : Les Barbares (1914), Etienne Marcel (extraits en 1915 et 1916), Henry VIII (1917), Hélène (1919), Ascanio (1921)… autant d’ouvrages qui suscitent évidemment de constantes coopérations, où le cher monsieur de 1013 est devenu « mon cher directeur », Saint-Saëns signant en « ….

 

 

 

leteure stéphane saint saens croquer saint saens critique classiquenews livres actes sudCOMPTE-RENDU, livre événement. Stéphane Leteuré : Croquer Saint-Saëns: Une histoire de la représentation du musicien par la caricature (Actes Sud). Le centenaire Saint-Saëns commence au mieux. LIRE ici notre dossier spécial CENTENAIRE CAMILLE SAINT-SAËNS 2021. Actes Sud fait paraître ainsi en février un opuscule original qui aborde l’image et la représentation de Saint-Saëns à son époque. Le compositeur pianiste étant célèbre voire très célèbre, fut le sujet de caricatures diverses épinglant certains traits apparemment emblématiques (comme son nez disproportionné…), son piano évidemment, sa culture classique, -poussiéreuse forcément- qui puise dans l’Antiquité et la Renaissance… Le délire graphique des dessinateurs et des caricaturistes ne connaît pas de limite et Saint-Saëns fait les frais de leur imagination impertinente, électrisée avec d’autant plus d’acuité que le pianiste-compositeur passe pour un pilier de l’art français, l’ambassadeur de la IIIè République : un compositeur incontournable, incarnant le bon goût, le sérieux, le classicisme le plus élégant. Massenet avait sa moustache gauloise … EN LIRE PLUS ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD

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CD, événement, critique. SAINT-SAËNS : Ascanio, 1890 (Tourniaire, 2017, 3 cd B records)
. Le label B-records crée l’événement en octobre 2018 en dédiant une édition luxueuse à l’opéra oublié de Saint-Saëns, Ascanio, créé en mars 1890 à l’Opéra de Paris. C’est après le grand opéra romantique fixé par Meyerbeer au milieu du siècle, l’offrande de Saint-Saëns au genre historique, et comme les Huguenots de son prédécesseur (actuellement à l’affiche de l’Opéra Bastille), un ouvrage qui s’inscrit à l’époque de la Renaissance française sous la règne de François Ier, quand le sculpteur et orfèvre Benvenuto Cellini travaillait pour la Cour de France. Saint-Saëns sait traiter la fresque lyrique avec un sens maîtrisé de la couleur et de la mélodie : d’autant que, au moment où il fait représenter Ascanio, le genre, objet de critiques de plus en plus sévères, se cherche une nouvelle forme, capable de présenter une véritable alternative au wagnérisme ambiant. Après Etienne Marcel (1879), Henri VIII ( 1883), Ascanio revitalise un sujet français et historique, tout en prenant référence au Benvenuto Cellini de Berlioz qui a précédé et dont lui aussi, la carrière à l’Opéra sera brève.

 

 

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saint-saens-timbre-argent-roth-cd-critique-opera-review-opera-classiquenews-les-siecles-FX-RothCD, opéra, événement. SAINT-SAËNS: Le timbre d’argent (Roth, 2 cd P. Bru Zane, 2017). Perle lyrique du Romantisme français : premier opéra de Camille Saint-Saëns, écrit en 1864-65, Le Timbre d’argent renaît ainsi par le disque et mérite la timbale d’or. Tout le mérite en revient au chef et à son orchestre sur timbres d’époque : François-Xavier Roth et ses « Siècles ». Venu tard à l’opéra, Camille compose la même année, Samson et Dalila, son plus grand succès encore actuel, et Le Timbre d’argent, totalement oublié depuis 1914. Entre romantisme et fantastique, l’action relève de Faust et de Pygmalion à l’époque du wagnérisme triomphant. Pourtant Saint-Saëns réinvente l’opéra romantique français avec une verve et un imaginaire inédit, qui se moque des conventions et apporte une alternative exemplaire aux contraintes du temps. Le compositeur use de collages, multiplie les clichés décalés, en orfèvre érudit.

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Saint saens proserpine critique compte rendu sur classiquenews opera veronique gens frederic antoun edicionessingulareses1027CD, critique. SAINT-SAËNS : PROSERPINE (1887). Véronique Gens, Frédéric Antoun, Andrew Foster-Williams… Ulf Schirmer, direction (2 cd ediciones singulares / Pal. Bru Zane, 2016). En couverture du livre cd, le corset de la courtisane Proserpine, et son prénom en lettres d’or, inspirant un drame tragique qui créé en 1887, sans trop de succès malgré l’estime que lui portait Saint-Saëns (qui le tenait pour son meilleur opéra, ou l’un de ses meilleurs), offre un rôle féminin d’une ampleur aussi accomplie que celle des héroïnes de Massenet. D’ailleurs, le style parfois ampoulé et souvent pompier du compositeur, se rapproche de l’auteur de Manon (1884) ou de Thaïs (autre pêcheresse repentie magnifique, créé en 1894)… voire la rare Esclarmonde (Opéra-Comique également, créé en 1889). Rêvant son héroïne comme Bizet avait conçu Carmen, Saint-Saëns souhaitait une voix large, puissante, dramatique, … à la Falcon. Mais la réalité fut plus sournoise et l’auteur dut faire avec les interprètes à sa disposition ; il sopranisa le rôle. D’emblée l’intonation et le style de Véronique Gens (au français impeccable qui affirme toujours la diseuse / cf ses récents albums de mélodies françaises romantiques, dont l’excellent “Néère”), son style altier voire aristocratique (elle n’a pas chanté toutes les héroïnes mythologiques de Gluck, ou presque, pour rien), la finesse de l’incarnation permettent de facto d’exprimer l’épaisseur du personnage : une courtisane vénérée comme Vénus, qui tombant amoureuse d’un jeune homme, Sabatino…

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SAINT SAENS opus33 damien Ventula violoncelle klarthe cd critique cd review classiquenews ravel Huillet CLIC de classiquenewsCLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. SAINT-SAËNS, HUILLET : Concertos. Damien Ventula, violoncelle (1 cd Klarthe records, 2020) – Belle vitalité de l’orchestre de cordes, éloquence contrastée, vivace du soliste toulousain… le rare Concerto pour violoncelle opus 33 de Saint-Saëns (arrangé ici par le chef Gilles Colliard) s’impose par sa carrure énergique voire échevelée, ce dès le premier Allegro (non troppo) ; une volonté conquérante que compense l’Allegretto central, conçu comme un menuet où brille la tendresse plus intériorisée du violoncelle (ici un somptueux Antoine Médard de … 1675); orfèvre d’un jeu tout en accents et fluidité, Damien Ventula affronte défis et points extrêmes d’une écriture virtuose mais très équilibrée, où partout rayonne un absolu sens de l’équilibre (n’est pas Saint-Saëns qui veut). CLIC DE CLASSIQUENEWS de janvier 2021 

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ACTES SUD : Camille Saint-Saëns, compositeur globe-trotter

 

 

 Approfondir 

LIRE notre dossier biographique thématisé Dossier Camille SAINT-SAËNS : centenaire SAINT-SAËNS 2021 : entre liberté et classicisme, patriotisme et éclectisme…

 

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Dossier régulièrement actualisé pendant l’année SAINT-SAËNS 2021.

 

 

 

 

 

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