Dossier 500 ans de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021)

josquin desprez par leonardo dossier 500 ans josquin deprez classiquenews500 ANS de la mort de JOSQUIN DESPREZ (1521 – 2021). JOSQUIN, premier auteur vĂ©nĂ©rĂ©, cĂ©lĂ©brĂ© de son vivant tel une cĂ©lĂ©britĂ©, reconnu pour le gĂ©nie de ses mĂ©lodies profanes (vernaculaires) comme de ses pièces sacrĂ©es ? Homme du dĂ©but du XVIè, au temps de la première Renaissance, le Français fait figure de première « pop star », estimĂ© alors Ă  l’échelle europĂ©enne, tant pour ses chansons que ses motets : un phĂ©nix incontournable Ă  l’inspiration profane comme sacrĂ©e, publiĂ© donc diffusĂ© partout en Europe, recherchĂ© par les Grands et les princes… Quel patrimoine musical et artistique nous laisse-t-il en hĂ©ritage ? Qui fut Josquin ? Dossier spĂ©cial 500 ans après sa disparition.

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PORTRAITURÉ PAR LEONARDO ?
Josquin des Prés ou Desprez a laissé une réputation scandaleuse : n’écrivant que lorsqu’il le souhaitait et non à la demande selon certains contemporains (pas toujours très objectifs cependant) ; il pourrait bien être le modèle de ce célèbre portait de Leonardo (photo ci dessus) : alors compositeur à la Cour ducale de Milan, auteur majeur de l’école franco-flamande (comme Franchini Gaffurio qui fut aussi proposé comme modèle du même panneau) ; avant les Banchieri, Gesualdo, c’est le Nord de l’Europe qui donnait le la au continent européen, s’imposant dans toutes les cours dignes de ce nom… écriture contrapuntique, séduction mélodique… la force de Josquin est d’inventer des airs immédiatement séduisants comme il sait aussi tisser des architectures sonores, flamboyantes, ambitieuses, échos à l’ère des cathédrales, au mysticisme foudroyant.

 

 

MORT le 27 août 1521… Où est-il né et quand ? Aucune dates précises quand à sa naissance et son lieu de naissance est tout autant mystérieux ; originaire probablement du Hainaut, entre France et Belgique, Josquin voit le jour au milieu du XVè.
Le musicien sait séduire et se déplacer : témoignages et citations attestent de son séjour à Aix-en-Provence (chapelle du roi René), à Milan (le portrait de Leonardo fixe les traits d’un compositeur au service des Sforza), à Rome (sous Innocent VIII et Alexandre VI, comme en témoigne une inscription dans le saint des saints, la Chapelle Sixtine), à Ferrare (Hercule Ier) et aussi en France à Blois, Paris et Saint-Quentin : il sert à la Cour de Louis XI et Louis XII. Autant d’étapes dans une chronologie qui reste globalement lacunaire.
De toute évidence, Josquin sait sa valeur et entend être payé en retour. Pour rappeler à ses patrons ce qu’ils lui doivent, Desprez, serviteur insoumis, sait réclamer et recouvrer ses créances : le duc Sforza comme Louis XII l’ont expérimenté. Au premier, il compose sa messe / Missa « La sol fa remi / Laisse moi faire » (raillant la désinvolture du mauvais payeur) ; au second, le motet Memor esto verbi tui servo tuo / « Souviens-toi de ta parole à ton serviteur » est plus direct encore et cible le souverain devant toute la cour. Un point avéré néanmoins, sa fin documentée : il expire à Condé-sur-l’Escaut, près de Valenciennes, le 27 août 1521, il y a 500 ans.

 

 

vidéo
De profundis clamavi Ă  5 voix
https://www.youtube.com/watch?v=voiBzAzQrGE
Pomerium / Alan Black

 

 

 

 

PRÉCURSEUR DE MONTEVERDI… mais plus qu’aucun autre auteur au XVIè, Josquin est le premier à rechercher et ciseler la caractérisation émotionnelle. Les sentiments et déjà les passions humaines sont présentes et traitées avec une acuité inédite, aux côtés des architectures abstraites et spirituelles. Le faste, la grandeur, l’esprit de prestige et de solennité se colorent aussi d’une sensibilité nouvelle, qui fait de Josquin le premier peintre du sentiment au cœur de la Renaissance. Avec lui, la mathématique musicale devient aussi expressive qu’ample et complexe. Pour se faire, Josquin réconcilie musique savante et musique populaire, assimilant l’abstraction des canons et du contrepoint de Guillaume de Machaut (mort au siècle précédent en 1377) en les combinant avec sa connaissance des airs populaires (monodies des ménestrels et des artistes de la rue).
Dès lors, artisan de cet humanisme réformateur, Josquin place l’homme au centre de l’univers, quand ses prédécesseurs célébrait la puissance unique, omnipotente et centrale de Dieu.
En Italie, Josquin prépare le terreau de la monodie profane et passionnelle que le baroque Monteverdi porte à un degré de perfection expressive dans le genre du madrigal puis de l’opéra. Peu à peu la musique s’humanise et s’incarne par des voix et des parties instrumentales de plus en plus caractérisées.

 

 

MODERNE, JOSQUIN abolit les frontières entre sacré et profane : sa chanson de BAUDICHON, relatant les exploits d’un bon gaillard endurant est aussi le terreau mélodique de l’une de ses premières messes (Monteverdi fera de même, recyclant le profane dans le sacré et vice versa) : la Missa L’Ami Baudichon est encore classée dans les archives de la Sixtine, depuis Jules II.

 

 

CARACTÉRISATION, INTELLIGIBILITÉ… Avec le souci du sentiment, Josquin soigne particulièrement la sculpture du verbe : ses textes sont choisis et traités avec soin. La Missa Pangue Lingua est un modèle du genre : chaque mot et la façon de le prononcer semblent produire la mélodie. Cette intelligence textuel et mélodique préfigure là encore Monteverdi. L’émergence des langues vernaculaires et l’essor du Français désormais d’usage dans tout acte officiel (1539) souligne le goût linguistique de Josquin, décidément en phase avec son époque. La musique devient langage, expression de l’âme humaine, après avoir été cette architecture abstraite à la gloire de Dieu.

 

 

L’HOMME DES REGRETZ… Nouveau chantre des passions de l’âme, Josquin peint désormais la langueur et l’impuissance, la vanité et la mélancolie. Le mode de mi, introspectif, parfois grave marque une écriture de la peine et de la tristesse, et jalonne régulièrement une œuvre riche en témoignage ému. « Mille regretz » est la chanson favorite de l’Empereur qui renonça au pouvoir, conscient de toute vanité terrestre : Charles Quint ; « Plus nulz regretz » est composée pour la tante et tutrice de ce dernier, Marguerite d’Autriche…

 

 

PREMIERES PARTITIONS IMPRIMÉES… Josquin est le témoin des premières éditions de Gutenberg : son Premier Livre de messes est publié à l’aube du siècle, à Venise en 1502 chez Petrucci ; premier jalon d’une œuvre désormais fixée par l’impression et diffusée partout en Europe. C’est le gage d’une célébrité immédiate, cultivée avec intuition, de son vivant. Ainsi l’écrit et le publié permettent de mesurer dans le détail, la « révolution Josquin » ; ils indiquent précisément à quelle note correspond quelle syllabe : le chanteur ne peut plus improviser désormais, choisissant aléatoirement où placer le texte sur les notes : Josquin stabilise et fixe les règles. autour de 350 partitions lui sont aujourd’hui attribuées ; un examen critique devrait bientôt être réalisé pour distinguer les attributions problématiques et les manuscrits autographes.

 

 

 

 

 

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vidéo
Allegez moy doulce plaisant brunette
Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
(extrait du 7ème Livre de chansons)
https://youtu.be/_Y6ir2JwUaI

La chanson évoque la dernière évolution de l’écriture de Josquin : simplifiée, essentielle, immédiatement mémorisable… Plus qu’aucun autre compositeur avant lui, Josquin Desprez a démocratisé la musique ; passant du contrepoint complexe et abstrait, à l’expression sensible, franche et directe de l’âme humaine…

 

 

vidéo
« Ma bouche rit et mon cueur pleure »
Ensemble Clément Jannequin / Dominique Visse / 2021
https://www.youtube.com/watch?v=lOgOw7TElW8

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