Donizetti: Anna Bolena (Anna Netrebko). 2 dvd Deutsche Grammophon, Opéra de Vienne avril 2011

donizetti anna bolena anna netrebko elina garancaEn 1830, Donizetti écrit Anna Bolena: opéra romantique italien, contemporain des oeuvres dernières de Bellini; le bel canto donizettien n’a pas la subtilité mélodique des ouvrages belliniens mais avouons que la constrution d’Anna Bolena bénéficie du livret de Felice Romani, un maître en matière dramaturgique: pas de diluation ni de tunnel mais une action serrée qui renforce le relief des caractères en particulier s’il s’agit de rehausser l’intensité psychologique des confrontations; de ce point de vue, les duos Anna Bolena et Jane Seymour constituent la clé de voûte du spectacle: deux divas contemporaines font toute la séduction du spectacle viennois. Si le marketing investit à fond sur l’image cinématographique des deux chanteuses (la couverture du dvd fait immanquablement penser à une affiche d’un film technicolor de capes et d’épée des années 1960), l’écoute de la production fait toute la lumière sur … leur indiscutable mérite musical.

 

 

 

Duo de divas

 

 

BOLENA Netrebko 2landscapeD’un côté la brune piquante et tragique Anna Netrebko; de l’autre, la blonde lumineuse et coupable Elina Garanca. On ne peut guère imaginer deux icones plastiques, cantatrices autant que comédiennes plus opposées chacune dans la caractrisation de leur timbre respectif. Mais leur sort étant lié, la réussite de l’autre ne pouvant s’accomplir que par la chute de la première, Donizetti joue évidemment de ce chiasme expressif fort (comme Massenet le fait dans sa Thaïs où l’élévation de la courtisane alexandrine se produit à mesure que le moine cénobite Athanaël renie sa foi et succombe au désir)… Ici, Donizetti et Romani conduisent dès le début de l’opéra , le spectateur à la Cour d’Henry où l’ex favorite Anne Boleyn se désespère d’être haïe par le Souverain; son heure est passée et c’est à présent sa première dame, Jane Seymour qui a conquis le coeur du Roi. L’ouvrage est donc coloré par la couleur tragique et suit la lente mais irréversible chute de Boleyn (d’où le décor bétoné gris et les néons, au diapason de la mise à mort de la Reine). Sa condamnation est imminente d’autant que le roi aidé d’Harvey, ourdit un plan d’une perversité efficace où le page Smeton et le prmeier époux d’Anne sont manipulés pour la perte de cette dernière.

La production viennoise met en avant le talent indiscutable de la soprano russo autrichienne Anna Netrebko qui perce le milieu lyrique depuis ses premières apparitions à Salzbourg en 2002. 9 années ont passé et force est de reconnaître le charisme exemplaire de la cantatrice: égalité des registres, musicalité souveraine y compris jusqu’au suraigu, la diva a tout pour elle et sa beauté rayonnante réactive tout ce qu’une Callas a su apporter à l’opéra (elle a d’ailleurs marqué comme Netrebko le rôle d’Anna Bolena en 1957): magie expressive, angélisme et pureté stylistique. Surtout, plénitude des moyens au service d’une construction psychologique cohérente: ses confrontations successives avec Seymour qui lui avoue son amour pour le Roi; puis avec Henry VIII lui-même (bourru et même opiniâtre), plus déterminé que jamais; avec Percy, son premier époux qu’elle retrouve dans la mort; son dernier solo, atteint l’ivresse délirante des grandes amoureuses blessées et sacrifiées (Lucia, Elvira)… Anna Netrebko qui a chanté Manon (Puccini), trouve dans les couleurs lacrymales et orgueuilleuses de Boleyn, un rôle taillé pour le timbre de sa voix… A ses côtés, Jane Seymour gagne une égale vraisemblance grâce à la mezzo Elina Garanca: belle prestance vocale et dramatique; on se laisse persuadé aisément qu’Henry VIII (D’Arcangelo un rien caricatural) ait le béguin pour cette blonde électrisante qui ferait presque de l’ombre à Seymour.

Autour des deux divas, véritables icônes médiatiques, les autres chanteurs et le choeur se montrent globalement convaincants. Et l’orchestre sous la direction d’Evelino Pido se distingue lui aussi par sa finesse constante. En somme, une production d’Anna Bolena mémorable voire… historique.

 

 

 


Gaetano Donizetti (1797-1848): Anna Bolena
, 1830. Tragédie lyrique en 2 actes. Livret: Felice Romani. Anna Netrebko, Anna Bolena. Elina Garanca, Jane Seymour. Ildebrando d’Archangelo, Henry VIII. Francesca Meli, Percy. Elisabeth Kulman, Smeton… Choeur et orchestre de l’Opéra de Vienne (Wiener Staatsoper). Eric Genovèse, mise en scène. Parution courant novembre 2011. 2 dvd Deutsche Grammophon 0 44007 34725 6. 3h14mn. Enregistré à l’Opéra de Vienne en avril 2011.

 

 

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