Don Giovanni, naissance d’un opéra Film de Carlos Saura. Portrait de Casanova

Don Giovanni, naissance d’un opéra
Film de Carlos Saura

(au cinéma: le 12 mai 2010)

Casanova (1725-1798), fils de comédiens, s’il revêt de nombreuses identités comme violoniste, écrivain, diplomate, bibliothécaire (son dernier emploi officiel pour le Comte Waldstein, seigneur de Dux), aime à se présenter partout comme “Vénitien” (il est né rue de la Comédie, cela ne s’invente pas: actuelle “calle” Malipiero). La République qui n’aima jamais les rois et la monarchie, a su cultiver en son sein d’authentiques partisans de la libre pensée. Sa vie et l’intelligence de son esprit ont inspiré de nombreuses biographies comme celles d’André Suarès (1925), Stefan Zweig (1930), Félicien Marceau (1950), Philippe Sollers (1998)…

Il s’invente le titre de Chevalier de Seingalt et publie en français nombre de textes dont la fameuse chronique autobiographique, “Histoire de ma vie”, signés “Jacques Casanova, Chevalier de Seingalt” (1791). Le Prince de Ligne a laissé un portrait de l’homme mûr: regard perçant, laideur marquante mais esprit perspicace et charismatique… qui aimait citer jusqu’à l’abus et le dégoût, vers et citations d’Homère et d’Horace. Si l’homme dérange, provoque, raille et moque, il sait aussi à ceux qu’il admire et estime, être généreux.

C’est un séducteur, libertin, incarnation du Don Juan de Molière, sceptique, critique, esprit affûté et mordant, d’une liberté au-dessus des lois, et tout autant inscrit dans l’activité et l’entreprise. D’une certaine façon, dans sa critique du système et la facilité de sa pensée, Casanova incarne le Siècle des Lumières. S’évada-t-il réellement des Plombs de Venise (comme il en fait le récit dans un texte paru écrit à Dux en 1787 et édité à Prague en 1788: “Histoire de ma fuite des plombs”), la prison du gouvernement situé dans le Palais des Doges, rien n’est moins sûr… Homme de l’ombre et des intrigues, Casanova aurait été plutôt informateur auprès de la police vénitienne.
Il y a du mythomane chez cet homme créatif dont la verve littéraire conduit à de nombreuses affabulations, propres au vieux courtisan, amateur de jolies femmes: eut-il réellement des rapports avec sa propre fille comme il aime à l’écrire dans ses Mémoires? Retrouva-t-il dans un Casino de Venise, Bernis, ambassadeur de Louis XV pour y partager une jeune religieuse?
Ce contemporain de Voltaire, ami des lettres et de la philosophie fut bien arrêté par la Police de Venise et incarcéré deux années dans la prison du Doge. Grâce à des appuis politiques dont Bernis, Casanova rejoint Paris, abusant de la crédulité et de la richesse de Madame d’Urfé, veuve excentrique amatrice des questions occultes, auprès de qui il se faisait passer pour un maître, possédant les secrets de la Kabbale. Le manipulateur devient aventurier, traverse l’Europe, passant par Vienne puis Madrid. Il devient bibliothécaire au château de Dux en Bohème, attendant son heure, non sans cynisme repenti. Il y meurt le 4 juin 1798.

Dans le film de Carlos Saura, le Vénitien assiste non sans s’insurger au baptême des juifs convertis dont le jeune Da Ponte. Il devient d’ailleurs le mentor et le maître à penser du jeune homme, devenu abbé et comme lui, adepte d’une vie libre, sans entrave morale ni sentiments.

C’est Casanova qui inspire au jeune écrivain licencieux dont l’éditeur est condamné et châtié à sa place par l’Inquisition, l’idée d’écrire un opéra sur Don Giovanni. Au demeurant, la figure du séducteur espagnol est leur modèle à tous deux.

Franc-maçon, Casanova obtient pour son protégé, banni de Venise, d’être soutenu par Salieri à Vienne. Quant Da Ponte rencontre Mozart, Casanova ne cesse de conseiller l’écrivain devenu librettiste du compositeur: depuis Dux en Bohème, le vieil aventurier “pilote” la rédaction du livret, soucieux de donner au mythe si cher, le visage idéal, conforme à ce qu’il en attend. Mais si Casanova a fait de sa vie, le roman de ses fantasmes, Da Ponte n’aura pas la même approche de la réalité: il restera fidèle au seul amour de sa vie et convolera en justes noces.

Don Giovanni,
naissance d’un opéra. Film de Carlos Saura
avec
Lorenzo
Balducci
(Da Ponte), Lino Ganciale (Mozart), Emilia Verginelli
(Annetta), Tobias Moretti (Casanova), Ketevan Kemolidze (Adriana
Ferrarese/Elvira), Sergio Foresti (Leporello), Borja Quiza (Don
Giovanni), Cristina Giannelli (Catarina Cavalieri, Anna), Ennio
Fantastichini (Salieri)… Vittorio Storaro (directeur de la
photographie). Dans les salles de cinéma, le 12 mai 2010.

vidéo: voir la bande annonce du film de Carlos Saura, don Giovanni,
naissance d’un opéra

Illustrations: Portrait de Casanova par son frère Francesco, vers 1750-1755. Casanova dans le film de Carlos Saura, incarné par l’acteur Tobias Moretti (DR)

Comments are closed.