Dauvergne: La Vénitienne, Hercule MourantVersailles Opéra Royal, les 8 puis 19 novembre 2011


Antoine Dauvergne


Opéras

en versions de concert
Versailles, Opéra Royal

La Vénitienne, 1768

Mardi 8 novembre 2011 à 20h

Hercule Mourant, 1761

Samedi 19 novembre 2011 à 20h


Première mondiale

A quelques jours d’intervalle, l’Opéra Royal de Versailles accueille deux oeuvres majeures d’Antoine Dauvergne auquel les Grandes Journées dédient leur programmation. Dauvergne écrit pour l’opéra des oeuvres fortes marquées par les derniers changements esthétiques sous le règne de Louis XVI.

La Vénitienne est l’ultime opéra (1768) du Surintendant de la musique du roi, une comédie lyrique qui se détourne de l’opéra ballet et de la tragédie lyrique. Sur un livret datant du règne de Louis XIV (Houdar de La Motte, 1705), La Vénitienne fait une synthèse des meilleures compositeurs français, de Rameau, Mondonville à Pergolèse et Grétry, et offre entre tendresse, burlesque et tragique, un théâtre riche en rebonds et malices, propre à renouveler le répertoire de l’Académie royale. Venise convoque un ton comique et léger, mais raffiné et subtile (celui de Watteau), surtout exotique voire orientaliste; Après Les Amours de Ragonde de Mouret (1742), Platée (1746) puis Les Paladins (1760) de Rameau, Dauvergne impose l’éclat recomposé de la comédie lyrique, alors qu’étaient de rigueur dans le cénacle officiel, pastorales, ballets, tragédies. Pour satisfaire à l’audience, Dauvergne modifia le dénouement de l’action, permettant à Léonore non de fuir mais de participer aux retrouvailles des amants, Isabelle et Octave.

Monologue de Léonore, Ariette de Spinette au I; surtout monologue de Zerbin au II (atteignant selon les témoignages d’époque, au sublime), sans omettre les références aux barcarolles lagunaires, et les choeurs infernaux (ceux accompagnant au II, l’antre lugubre de la devineresse Isménide), d’une perfection digne de Rameau… La Vénitienne déconcerta par sa modernité: pas assez unitaire dans son propos poétique, ni vraiment tragique, ni totalement comique, trop métissée en réalité entre solennel, spectaculaire et tendresse amoureuse; ce demi caractère déplut au public; autant de joyaux qui nous paraissent aujourd’hui dignes d’intérêt.

Hercule mourant, partition tragique précédente de 1760, dévoile cet éclectisme et cette érudition libre dont l’écriture de Dauvergne regorge; il faut bien une palette riche voire flamboyante pour articuler une action compliquée, empruntée aux passions mythologiques: Déjanire entend reconquérir Hercule / Alcide qui en aime une autre: Iole, la propre fiancée de son fils, Hilus. Déjanire offre une robe empoisonnée par le sang versé du centaure Nessus, à Hercule qui en la revêtant, expire et meurt…

A ce tableau familial funèbre, Dauvergne sait apporter sa propre vision musicale, à la fois puissante et draamtiquement très aboutie. On y décèle la vitalité éruptive des symphonistes de Mannheim (en particulier pour l’évocation des divinités Junon et Jupiter lors de leurs apparitions depuis les cintres); des trouvailles géniales rehaussant ce pathétique déchirant qui plut tant au public (marche initiale au V), y compris dans la musicalité des récitatifs au dramatisme glaçant et percutant. De fait, Dauvergne illustre le mieux la quête du sublime théâtral: sa plume mâle, sombre, noble favorise l’éclosion d’un pathétique hypnotique, dont l’intensité annonce Gluck.

Prochain opéra présenté en version scénique par le Centre de Musique baroque de Versailles: Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach (1779), Opéra Royal, les 10 et 12 décembre 2011 à 20h. La tragédie lyrique créée pour l’Académie royale le 14 décembre 1778, réactive la passion du public pour les “étrangers”, faiseurs de miracle à l’opéra, tels Gluck, Piccini, arrivés en 1774 et 1776 auxquels il est demandé d’écrire de nouvelles musiques sur les livrets de Quinault et Lully. Amadis reprend ainsi le livret du Grand Siècle que le fils de Bach, grassement payé (10.000 livres)mit en musique, entre grâce et énergie. Nouvelle découverte majeure présenté à l’Opéra royal de Versailles.

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