DANSE. Noé de Thierry Malandain

Malandain Ballet Biarritz:Thierry Malandain - NoéFrance 2. Noé : Thierry Malandain, lun 21 oct 2019, 00h30. Evidemment à des heures indues, les programmes culturels de France Télévision. L’intérêt du programme est la musique du ballet, l’éblouissante messe de jeunesse de Puccini qui y réalise la continuité d’une tradition familiale (établi dans la ville toscane de Lucca, berceau du clan Puccini). La chorégraphie de Thierry Malandain qui a créé sa compagnie en 1998, confirme le choix d’une esthétique néoclassique. Le Ballet pour 22 danseurs souligne la figure messianique de Noé, porteur d’un nouvel espoir, d’un nouveau monde, après que la première création ait été submergée par les eaux… La promesse de l’Arche miraculeuse et toutes les espèces animales qui y ont pris place offre les conditions d’une nouvelle ère ; Noé et son clan étant alors capable de repeupler le monde. Malandain reprend plusieurs approches du mythe diluvien : pour Saint-Augustin, les proportions de l’Arche correspondaient à celles du corps humain, « qui est aussi le corps du Christ, qui est aussi l’Église », tandis que Paul Claudel fit de l’Arche salvatrice une cathédrale, une nef naviguant dans le ciel.
Pour Thierry Malandain, Noé est un être humain collectif montant dans l’arche de lui-même, « pour liquider une existence passée et repartir de zéro en allant puiser de nouvelles énergies dans les abysses de son être. C’est pourquoi, excepté la colombe, signe d’espérance d’une nouvelle vie, nous n’embarquerons pas l’intégrale des animaux, juste une humanité en mouvement, figure symbolique et dansante de Noé aux rayons d’un soleil nouveau ». Sur la musique de Puccini datée de 1821, légère, gracieuse, sans tension, le geste non dramatisé de Malandain semble inscrire le mythe de Noé dans la souplesse et la fluidité, a contrario de son action tragique, de son issue encore fragile. La danse au diapason d’une partition plus enivrante que contrastée, offre une vision apaisée, presque trop tranquille où le jeu formel des bras, des jambes, l’effet du groupe pris comme un enchainement de membres alignés, les duos plus exaltés ponctuent une performance devenue rite collectif, parfois archaïque et rustre (référence aux danseurs afghans traditionnels), excepté le couple d’Adam et Eve dont la suavité mais esquissée rappelle celle plus déployée du précédent ballet Cendrillon. La vision est égocentrée : l’homme, rien que l’homme ; sujet d’innombrables péripéties chorégraphiques et dansantes, qui se répètent et se répètent à l’infini.

Photo : Compagnie Malandain ballet Biarritz / Olivier Houeix

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FRANCE 2. « Noé » – Lundi 21 octobre 2019 à 00h30. Chorégraphie : Thierry Malandain – Ballet pour 22 danseurs – compagnie : Malandain ballet Biarritz.
Filmé à Chaillot – Théâtre national de la Danse
Musique Gioacchino Rossini – Messa di Gloria

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