CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 7 déc 2021. PUCCINI : Turandot. Gustavo Dudamel / Robert Wilson

CRITIQUE, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 7 déc 2021. Giacomo PUCCINI : Turandot. Gustavo Dudamel / Robert Wilson – A l’instar des représentations d’Alcina (donnée en ce moment au Palais Garnier http://www.classiquenews.com/critique-opera-paris-opera-garnier-le-30-nov-2021-haendel-alcina-thomas-henglebrock-robert-carsen/ ), le public est venu en nombre à Bastille pour applaudir le dernier ouvrage lyrique de Puccini, laissé inachevé à sa mort en 1924. On retrouve le finale écrit par Franco Alfano (1875-1954) à partir des esquisses du maître : cette solution avait également été privilégiée lors de la dernière production in loco signée Francesca Zambello (2002). Place cette fois au travail de Robert Wilson, dont on s’amuse de constater que l’âge vénérable (80 ans) explique sans doute pourquoi il n’est plus d’usage de l’appeler par son surnom, pourtant affectueux, de « Bob ». Le metteur en scène américain garde toujours bon pied bon œil et signe là une production très réussie, déjà créé à Madrid en 2018 (voir la critique du dvd http://www.classiquenews.com/tag/turandot/), même s’il ne cherche pas à renouveler son univers visuel bien connu, entre minimalisme froid et hiératisme.

 

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Wilson impressionne toujours par ses qualités de plasticien, imposant des tableaux visuellement splendides, où la finesse des variations d’éclairage revisite un plateau nu, dont les personnages représentent l’unique décor. D’emblée, il donne à voir l’enfermement mental des protagonistes, figés dans le chemin balisé d’un destin tout tracé : seuls les ministres Ping, Pang et Pong, qui commentent l’action à la manière de pantins tout droit sortis de la Comedia dell’arte, échappent à ce traitement à force de fantaisie et de mimiques nerveuses. L’influence du cinéma burlesque n’est pas loin, ce qui permet à Wilson de glisser quelques traits d’humour bienvenus pour animer ses tableaux esthétisants. Le chœur, quant à lui, est réduit à la seule pénombre, tel un miroir de son rôle passif, alternant complaisance pour les jeux cruels de la Princesse et lâcheté au moment de soutenir Liù. En dernière partie, Wilson insiste sur l’esprit torturé de Calaf, perdu dans l’enchevêtrement d’une nuée de neurones : c’est bien vu, tant l’autiste Calaf semble se moquer éperdument des conséquences de son entêtement, fatal pour ses proches.

Face à cette réussite grandement applaudie par un public ravi, le plateau vocal réuni ne se montre malheureusement pas à la hauteur de l’évènement. Ainsi du pâle Calaf de Gwyn Hughes Jones, qui peine à remplir la vaste salle de Bastille avec son émission trop légère, inaudible dans ses confrontations avec l’orchestre, mais également trop discret de caractère au niveau dramatique. C’est d’autant plus regrettable que le ténor gallois fait valoir une technique souple et agile sur toute la tessiture, ainsi qu’un beau timbre. Il faudra l’entendre dans une salle plus petite pour profiter au mieux de ses qualités. A ses côtés, Elena Pankratova peine à incarner le mélange de dureté et de fragilité propre au personnage de Turandot, luttant contre son instrument défaillant dans l’aigu. L’émission instable occasionne ainsi plusieurs faussetés, dont ne lui tient pas rigueur le public en fin de représentation. On est beaucoup plus convaincu par la touchante Liù de Guanqun Yu, qui malgré un très léger vibrato, s’impose avec beaucoup de naturel et de grâce, de même que le formidable trio de ministres, très en voix. Le chœur de l’Opéra national de Paris assure l’essentiel, même s’il doit encore gagner en mordant pour nous emporter davantage, surtout dans ce répertoire.

Très attendu pour ses débuts en tant que nouveau directeur musical de l’Orchestre national de l’Opéra de Paris, et ce jusqu’en 2027, Gustavo Dudamel donne beaucoup de plaisir avec son geste chaleureux et sensible, gorgé de couleurs. La scène du sacrifice de Liù est certainement l’une des plus réussies, tant la battue se ralentit pour faire ressortir des phrasés d’une infinie douceur. A l’inverse, on aimerait davantage de noirceur dans les parties martiales aux cuivres ou d’engagement pour donner de l’éclat au thème péremptoire de la Princesse, un rien trop extérieur. Gageons que les prochaines représentations vont continuer à construire la nécessaire alchimie entre le chef vénézuélien et ses troupes, qui semble déjà bien entamée.

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. Opéra Bastille, le 7 décembre 2021. Puccini : Turandot. Elena Pankratova (Turandot), Guanqun Yu (Liù), Gwyn Hughes Jones (Calaf), Vitalij Kowaljow (Timur), Carlo Bosi (Altoum), Alessio Arduini (Ping), Jinxu Xiahou (Pang), Matthew Newlin (Pong), Bogdan Talos (Le Mandarin), Choeur de l’Opéra national de Paris, Ching-Lien Wu (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Gustavo Dudamel (direction musicale) / Robert Wilson (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra national de Paris jusqu’au 30 décembre 2021. Photo : © C Duprat / Opéra de Paris

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