CRITIQUE, opéra. MONTPELLIER, le 21 novembre 2021. Virilité.e.s. Choeur et orchestre Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie.

Virilite-e-s-opera-montpellier-critique-danse-opera-classiquenewsCRITIQUE, opéra. MONTPELLIER, le 21 novembre 2021. Virilité.e.s. Choeur et orchestre Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie. Spectacle pour chœur avec mise en scène à l’Opéra-Orchestre National de Montpellier, déconfiné. Alicia Geugelin produit devant le public, enfin, le spectacle de théâtre musical qu’elle a conçu pour les chœurs de l’Opéra. Intitulé « Virilité.e.s », le spectacle interpelle : quels sont le discours et le commentaire de l’équipe artistique vis-à-vis des questions et questionnements liés au genre, une préoccupation sérieuse de notre époque ? Nous sortirons sans réponse réelle…, avec le souvenir heureux, et salutaire, de l’excellente direction musicale du chef Victor Jacob, ainsi que de l’effort fourni par les chœurs très en forme sous la direction de Noëlle Gény.

« Pleins d’honneur et de courtoisie,
Gardant deux amours en nos cœurs,
Les Dames et la poésie » Sérénade d’hiver.

Le spectacle dure un peu plus d’une heure, sans entracte. 9 pièces de musique chorale s’enchaînent, toutes de la période romantique, à l’exception d’une rareté de Carl Orff, et toutes en langue allemande, sauf le chœur des soldats de Berlioz et la Sérénade d’Hiver de Saint-Saëns. Cette dernière ouvre la représentation… 15 minutes après le début supposé. En effet, le spectacle se situe dans une répétition fantasmée du chœur. Pendant cette longue introduction, les hommes du chœur arrivent sur scène, dans les tenues très chics de Pia Preub, et y déambulent émettant des sons avec leurs appareils phonatoires. Ils touchent parfois le piano sur la scène. A quoi assistons-nous alors ? A la cacophonie ersatz du chant ou à un théâtre de l’ameublement.

Le chœur, quand il a l’occasion de chanter l’art pompier de Saint-Saëns, y excelle ! Dynamiques, engaillardis, joyeux, les choristes aiment visiblement la scène. Si le charme, la pompe et la gaieté y sont, le texte que les chanteurs déclament est paroxystique dans sa banalité « genrée » largement désuète. Or, l’absence de commentaire artistique, volontaire (!), instaure une ambiance de perplexité dès le début de la représentation, obligeant à se concentrer sur la musique, seulement, autant qu’on peut.

Les deux pièces chorales de Schubert sont très belles. Surtout la Sérénade Leise flehen meine Lieder, avec orchestre et avec la participation du chœur des femmes également. Un moment de pur bonheur musical. Même joie manifeste dans le Jägerchor, (Der Freischütz de Weber), célébrant les joies de la vie de chasseur, avec pompe et brio, tant sur scène que dans la fosse, où les cuivres se distinguent. Le moment le plus théâtral, voir narratif, reste le chœur des soldats de la Damnation du Faust d’Hector Berlioz. Ici, les hommes s’adonnent à une sorte de compétition, en plusieurs langues, de tir de hache. Comme c’est viril !
Dans cette démarche, ils réussissent à casser le parquet sur scène, d’où sort de l’eau bienvenue, filet rafraîchissant après la performance. Entrent sur scène des femmes en smoking. Combien c’est subversif !
Le spectacle se termine avec l’imposant opus 89 de Brahms, Gesang der Parzen pour chœur mixte et orchestre, d’après Goethe. Ici se déploient pleinement les talents des choristes et des instrumentistes, avec une grande sophistication dans l’interprétation, voire une certaine ardeur dramatique dans l’exécution. Pendant ce finale, les chœurs mixtes sur scène face à l’auditoire enlèvent une ou deux pièces de leurs habits, et ils en mettent d’autres. Certains hommes mettent des talons aiguilles, un autre met une jupe, les femmes également, une écharpe par-ci, une chemise par-là, pendant que résonnent les cuivres et les vents, excellents !

CRITIQUE, opéra. MONTPELLIER, le 21 novembre 2021. Virilité.e.s. Choeur et orchestre Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie. Saint-Saëns, Schubert, Weber, Berlioz, Orff, Reger, Mendelssohn, Brahms… Choeur et orchestre Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie. Noëlle Gény, cheffe de chœur. Victor Jacob, direction musicale. Alicia Geugelin, conception et mise en scène. Photo : © Marc Ginot

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