CRITIQUE, opéra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : Salomé. Hannu Lintu / Christof Loy

CRITIQUE, opéra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : Salomé. Hannu Lintu / Christof Loy – Heureux internautes qui peuvent suivre l’actualité lyrique via internet et mesurer l’invention voire la pertinence des metteurs en scène actuels dont cette vision plutôt juste et défendable (c’est à dire cohérente et respectueuse) de la partition straussienne, signée à Helsinki, Christof Loy.

 

 

 

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En costumes de soirées, les hommes n’hésitent pas arborer la tenue d’Adam… ainsi Jochanaan (ou Iokanaan), acheminé sur scène à la demande de la princesse de Judée, Salomé ; le Prophète proclame la perversion des parents de la jeune femme : l’impudicité d’Hérodiade, le diabolisme d’Hérode ; se dresse dans sa nudité assumée (Andrew Foster-Williams, voix timbrée mais dépassé par l’ampleur visionnaire du rôle). Christof Loy représente sur scène la vision de Salomé. La jeune femme idéalise le Prophète.
Ses yeux , ses paroles « musicales » pénètrent l’âme de Salomé qui vibre à l’écoute des vérités proférées par l’homme de Dieu, emprisonné. « Fille de Sodome, ne m’approche pas! » ; piquée, l’adolescente fait l’inverse et reste saisie par la beauté de Iokanaan, amoureuse des grappes de ses cheveux plutôt que de son corps blanc (!)… « Je veux baiser ta bouche Iokaanan, laisse moi baiser ta bouche… », s’exclame la fille d’Herodiade, dévorée par un désir monstrueux qui va grandissant, entraînant sa fin misérable sous les boucliers des gardes d’Hérode. La soprano tire son épingle du jeu, fille-femme, ado mûre ayant des airs d’ange diabolique, Lulu et Lilith à la fois, silhouette et posture de poupée démoniaque et lascive, déjà usée… (Vida Miknevičiūtė, percutante, sincère, nuancée). La chanteuse sait construire son personnage avec beaucoup de justesse.

 

 

 

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La mise en scène (Christof Loy) souligne le jeu des regards lubriques et concupiscents, plein de ce désir qui enfle et submerge la scène : portés par une assemblée de jeunes hommes libidineux et testéronés en costumes noirs, style hommes de main et serviteurs, prêts à se dévêtir pour posséder le corps convoité : mêlée de mouches obscènes sur le corps de Salomé en vraie fausse ingénue. L’approche est juste.

Le couple de régnants, Hérode et Hérodias, empêtré dans les tensions d’un petit couple bourgeois, est honnête sans plus : Hérode tétrarque délirant (Nikolai Schukoff qui cependant se bonifie en cours de représentation), à la limite de la névrose, décrétant la fête, exigeant le vin, sur le corps ensanglanté du jeune syrien suicidaire… désirant Salomé lui aussi comme un pervers insatisfait. Surgissent les 5 juifs qui pérorent hystériques ; ils cassent la tête des invités (« Faîtes les taire! » hurle Herodiade). Laquelle de même, en pleine crise hystérique ne peut supporter la voix de Iokanaan.

 

 

 

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Puis c’est la page orchestrale la plus sulfureuse et la plus vénéneuse, c’est à dire la plus géniale d’une partition captivante : la danse de Salomé, 7 voiles contre la tête du Prophète…(à 1h03’30 – cf ci après le lien de visionnage sur le site ARTEconcert – replay jusqu’en mai 2023) ; le tableau est à nouveau un jeu de domination perverse, qui permet à Hérode de baiser la bouche du Prophète en un acte lubrique parfaitement déplacé mais totalement assumé… avant de s’enfermer dans une pièce avec sa belle-fille… dont le retour sur scène fait paraître la tueuse du Prophète en robe de chambre rose saumon.

La dernière scène où la jeune fille paraît en jeune mariée toute à son désir pour le fringant Iokanaan, devenu sujet séduisant du désir féminin, est d’une rare justesse. Salomé ardente et monstrueuse, incarnation du désir le plus impérieux, amoureuse et castratrice. La diva convainc par son intensité dramatique, son chant à blanc, jusqu’à l’accomplissement cynique (« j’ai baisé ta bouche Iokanaan / est-ce la saveur du sang ? Non la saveur de l’amour »). Si le jeu de la soprano Vida Miknevičiūtė convainc, dommage que dans la fosse, le chef assure une direction rien que routinière, sans les éclats et mille nuances de timbres qu’a ciselé pourtant le génial Strauss. La production doit être vue pour la mise en scène de Christof Loy, la Salomé expressive et juste de Vida Miknevičiūtė.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. Helsinki, le 7 avril 2022. R STRAUSS : Salomé. Hannu Lintu / Christof Loy

REPLAY 

A VOIR et revoir sur ARTEconcert jusqu’au 12 mai 2023
https://www.arte.tv/fr/videos/104849-000-A/richard-strauss-salome/
Durée : 1h46mn

 

 

 

Distribution
Vida Miknevičiūtė (Salomé)
Mihails Culpajevs (Narraboth)
Nikolai Schukoff (Herodes)
Karin Lovelius (Herodias)
Andrew Foster-Williams (Jochanaan / Iokanaan)
Elli Vallinoja (Herodia’s Page)
Orchestre de l’Opéra National de Finlande
Hannu Lintu, direction

 

 

 

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