CRITIQUE, opéra. GENEVE, le 31 mars 2022, Grand-Théâtre. Peter EÖTVÖS : Sleepless (création). M. Mondruzco / P. Eötvös.

CRITIQUE, opéra. GENEVE, le 31 mars 2022, Grand-Théâtre. Peter EÖTVÖS : Sleepless (création). M. Mondruzco / P. Eötvös – Depuis son premier opéra Les Trois sœurs (d’après la pièce éponyme de Tchekhov), créé à Lyon en 1998, le compositeur hongrois Peter Eötvös (né en 1944) continue d’explorer son sillon très personnel, et offre à Genève (juste après Berlin) la création mondiale de son 13ème opus lyrique : Sleepless. Ce dernier ouvrage est tiré de la Trilogie de Jon Fosse, et plus particulièrement du premier tome auquel cet « opéra-ballade » (comme l’a dénommé son auteur) doit son titre. Mari Mezei, la propre épouse de Peter Eötvös en a écrit le livret en adaptant librement les trois tomes de l’écrivain norvégien.

 

 

Couple en déshérence
dans les Fjords norvégiens….

 

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Il narre la déshérence, dans les fjords de Norvège, d’un jeune couple pauvre, rejeté de toute part. Asle, le héros de cette sombre histoire, laissera de nombreux cadavres sur sa route, avant que la communauté ne lui en fasse payer le prix fort, en le mettant au bout d’une corde, tandis que sa compagne Alida, enceinte, ne se laisse séduire et suive le premier venu. Bien des années plus tard, mais toujours hantée par le souvenir de son unique amour, elle finit par le rejoindre dans la mort en se jetant dans l’océan…

Découpé en treize scènes, l’ouvrage offre à chacune d’entre elles, une couleur et une atmosphère spécifiques, basée sur l’échelle chromatique. Même si Eötvös a son propre langage, on ne peut s’empêcher d’entendre ici des similitudes avec certains opéras de Britten (Peter Grimes et son cadre marin), ou encore Chostakovitch au travers de ses cuivres grinçants. Peter Eötvös dirige lui-même l’Orchestre de la Suisse Romande, superbement disposé à son égard, oscillant entre minimalisme et luxuriance, tandis qu’un chœur de six femmes commente l’action tel un chœur grec antique.

Confiée à l’un de ses compatriotes, le cinéaste hongrois Kornel Mondruzco, la mise en scène repose pour beaucoup sur l’impressionnante scénographie de Monika Pormale, qui se décline sous le format d’un saumon géant posé sur une tournette, et dont les entrailles servent de lieux de vie, un bar ou l’appartement de la mère d’Alida. Les nombreux meurtres perpétrés par Asle, a contrario des romans où ils sont plus suggérés que « montrés », sont ici particulièrement violents et explicites (comme celui de la mère d’Alida, égorgée avec les arêtes d’une boîte de conserve !). Et c’est dans la gueule du salmonidé, transformée en bijouterie / caverne d’Ali-Baba le temps d’une scène, que se scelle la destinée du héros.

Les chanteurs réunis à Genève sont pour beaucoup issus de la troupe de la Staatsoper de Berlin (qui a eu la primeur de la création en novembre dernier). Le ténor néerlandais Linard Vrielink (Asle) superbe comédien, toujours prêt à exploser, possède par ailleurs une voix de ténor claire et magnifiquement projetée. Face à lui, Victoria Randem, soprano norvégienne d’origine nicaraguayenne, incarne une Alida fragile et forte à la fois, offre un chant plein d’humanité, avec son soprano délicat, qui fait merveille dans la longue aria finale d’une beauté toute séraphique. A l’inverse, la basse islandaise Tomas Tomasson prête au mystérieux « Homme en noir », toute l’étendue de son registre grave, et son air inquiétant de démon manipulateur. De son côté, Sarah Defrise prête ses moyens de soprano colorature à la Fille, dont les aigus stratosphériques ne manquent pas d’impressionner l’auditoire. En Vieille femme, la mezzo allemande Hanna Schwarz semble défier le temps même si ce dernier ne manque pas de laisser entrevoir quelques-uns de ses outrages. Le reste de la distribution n’appelle que des éloges, comme la Mère de Katharina Kammerloher, le Boatman de Roman Trekel, l’Aubergiste de Jan Martinik ou encore l’Asleik de Arttu Kataja

Au sortir du spectacle, dans une salle plus qu’à moitié vide, on se dit que les absents ont eu bien tort, mais aussi que l’Opéra contemporain a de beaux jours devant lui !

 

 

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CRITIQUE, opéra. GENEVE, le 31 mars 2022, Grand-Théâtre. Peter EÖTVÖS : Sleepless (création). M. Mondruzco / P. Eötvös. Photos : © Gianmarco Bresadola.

 

 

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VOIR le teaser vidéo de SLEEPLESS de Peter EÖTVÖS :
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