CRITIQUE, Festival de Música dos CAPUCHOS, ALMADA (Portugal), Couvent des Capucins, les 2 et 3 juillet 2021.

CRITIQUE, Festival de Música dos CAPUCHOS, ALMADA (Portugal), Couvent des Capucins, les 2 & 3 juillet 2021. Orchestre de chambre de Saint-Pétersbourg, Juri Gilbo (direction), Sergeï Nakariakov (trompette), Filipe Pinto-Ribeiro (piano).

 

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FESTIVAL RENAISSANT A ALMADA… Après 20 ans d’un long sommeil, le Festival de musica dos Capuchos est revenu à la vie ! Sis dans le magnifique couvent du même nom (“Covento dos Capuchos“), bâti au 16ème siècle à Almada en face de Lisbonne, il a été pendant vingt ans (de 1981 à 2001) l’un des principaux festivals dédiés à la musique classique au Portugal, et cette renaissance est grandement due à son directeur artistique, le pianiste Filipe Pinto-Ribeiro, déjà en charge de l’autre grand rendez-vous estivalo-classique au Portugal : le Verao Classico qui a lieu tous les ans début août à Lisbonne. Sous son impulsion, des artistes de l’envergure du pianiste Alexandre Kantorow ou du pianiste Alfred Brendel ont répondu présents pour cette édition 2021 – mais aussi le trompettiste russe Sergeï Nakariakov qui était la tête d’affiche des deux concerts de clôture du festival, les 2 et 3 juillet derniers. Accompagné les deux soirs par l’Orchestre de chambre de Saint-Pétersbourg, dirigé par le chef pétersbourgeois Juri Gilbo, il a pu faire montre de son talent dans des ouvrages rares de compositeurs peu connus comme Johann Baptist Georg Neruda ou Jean-Baptiste Arban.

 

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Du premier, musicien tchèque qui servit aux brillantes cours de Dresde et Mannheim, il interprète le Concerto pour trompette en mi bémol majeur. La précision technique du soliste et son timbre limpide servent la forme et l’esprit de cet ouvrage, dont le premier mouvement exige beaucoup de virtuosité dans ses multiples cadenzas. On peut admirer le sens des couleurs et des nuances chez ce musicien, notamment dans la toute aussi rare pièce « Fantaisie et variations sur Le carnaval de Venise », dans laquelle il fait preuve d’une extraordinaire précision, sans parler de traits qui font alterner une note grave détachée et d’autres plus aiguës liées. Le terme habituellement employé pour ce genre de performances est celui de « pyrotechnie musicale », un mot qui ne serait pas immérité ici ! Et pour mettre en valeur l’orchestre, en cette première soirée pour nous, la fameuse « Petite musique de nuit » avait été retenue, interprétée avec tout le naturel, la nervosité et le soin ouvragé requis par la partition mozartienne.

Le lendemain, c’est un répertoire 100 % russe qui nous attendait, avec la Sérénade opus 48 de Tchaïkovsky et le Concerto n°1 pour piano et trompette de Chostakovitch. Dans la première œuvre, l’attaque du premier mouvement, « Pezzo in forma di Sonatina », place cette interprétation sous un bon signe : plénitude du son et emportement des instrumentistes par leur chef… La suite sera de la même eau : une « Valse » emplie de délicatesse dévoilant ici un léger ralenti ou là un bref silence… avant que la mélodie ne reparte de plus belle. La transition vers le frénétique quatrième mouvement, aux couleurs si russes, est lui aussi parfaitement réussi.

Dans le Lento et le Moderato de la seconde partie, un concerto composé en 1933 par le compositeur russe, on savoure le phrasé et l’intonation d’une parfaite finition du trompettiste, qui se surpasse ensuite dans un Allegro con brio stimulant et aussi rapidement que précisément joué. Le pianiste portugais livre quant à lui une prestation nettement découpée, parfaitement articulée, aux contrastes expressifs et bien différenciés, autant de qualités que l’on retrouve dans la phalange pétersbourgeoise, conduit avec précision et enthousiasme par son fondateur. Dans le finale, tout en surprises, la trompette ricoche au-dessus du piano avec un incomparable éclat, et suscite un vif enthousiasme parmi le public qui offre une ovation debout à l’ensemble des musiciens !

On languit maintenant de découvrir l’autre festival dirigé par Filipe Pinto-Ribeiro, cet « Eté Classique » (Verao Classico) lisboète prévu entre le 1er et le 10 août, et qui mettra à son affiche, entre autres noms prestigieux, celui de la grande pianiste russe Elisabeth Leonskaja !

 

 

CRITIQUE, Concert. Almada, Couvent des Capuçins, les 2 & 3 juillet 2021. Orchestre de chambre de Saint-Pétersbourg, Juri Gilbo (direction), Sergeï Nakariakov (trompette), Filipe Pinto-Ribeiro (piano). Photos (DR).

 

 

Photos: @ R Carmo / Festival de Música dos Capuchos 2021

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