CRITIQUE, concert. Strasbourg, Salle Erasme, le 1er avril 2022. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, A. Kantorow (piano) / K. Karabits (direction).

CRITIQUE, concert. Strasbourg, Salle Erasme, le 1er avril 2022. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, A. Kantorow (piano) / K. Karabits (direction) – C’était un double Ă©vĂ©nement, Salle Erasme Ă  Strasbourg, que la venue du pianiste virtuose Alexandre Kantorow – premier français Ă  avoir Ă©tĂ© LaurĂ©at du prestigieux Concours TchaĂŻkovski de Moscou (2019) -, et celle du jeune chef ukrainien Kirill Karabits, Ă©toile montante de la direction d’orchestre.

 

 

Kantorow-alexandre-piano-monte-carlo-saint-saens-critique-concert-classiquenews-karabits

 

 

C’est par une sĂ©quence Ă©motion que dĂ©bute la soirĂ©e, avec l’ajout d’une pièce non prĂ©vue au programme. Ukrainien, le chef explique dans un excellent français, qu’il veut rendre hommage Ă  son peuple martyrisĂ© en lui dĂ©diant une ouverture cĂ©lèbre dans son pays (tirĂ©e de l’opĂ©ra « Taras Boulba » de Mykola Lysenko). C’est avec des applaudissements nourris que le public strasbourgeois accueille cette pièce… qui donne par ailleurs envie d’entendre l’opĂ©ra en entier ! Place, ensuite, au jeune pianiste français (nĂ© en 97) qui s’est fait un spĂ©cialiste des 5 concertos de Saint-SaĂ«ns – dont il a enregistrĂ© les 3ème, 4ème et 5ème opus chez Erato. Mais c’est ici le 2ème qui a Ă©tĂ© retenu, un ouvrage composĂ© en seulement trois semaines en 1868 : destinĂ© au dĂ©part Ă  son ami Anton Rubinstein, c’est finalement Saint-SaĂ«ns lui-mĂŞme qui tiendra la partie de piano, tandis que Rubinstein dirigera l’orchestre.
Commençant par une improvisation sur le modèle du 4ème Concerto de Beethoven, il met en valeur les qualités de virtuose du pianiste. A ce petit jeu, pour ceux qui connaissent l’ébouriffante virtuosité du concertiste, Kantorow excelle ; il dépasse ici le côté de fantaisie brillante pour une interprétation pleine d’imagination, alternant entre romantisme, joyeuseté, légèreté ; le tout conduit par une puissante énergie. Suite aux vivats qu’il reçoit aux saluts, le pianiste brille et émeut à la fois dans deux bis : éloquence fiévreuse mais jamais appuyée dans le Sonnet de Pétrarque N°104 de Liszt, d’une sonorité de rêve ; puis sublime « Vers la flamme » de Scriabine, où le piano semble devenir l’instrument d’un délire quasi métaphysique jusqu’à l’ultime crescendo menant à l’extinction des feux. Jamais l’artiste n’y sacrifie à l’emphase ou à la surexposition bruyante : la pièce se meurt dans d’ultimes harmonies proches de celles qui l’avaient fait naître et menant à un silence cosmique.

Place Ă  l’Orchestre seul, en seconde partie de concert, qui est consacrĂ© Ă  la 3ème Symphonie de Rachmaninov, peut-ĂŞtre la plus belle du compositeur, composĂ©e aux Etats-Unis en 1936. A la tĂŞte d’un Orchestre Philharmonique de Strasbourg dans une forme olympique, Kirill Karabits parvient Ă  rendre prĂ©gnante l’atmosphère complexe de cette dernière symphonie du compositeur russe, intransigeante et rĂ©cusant toute concession Ă  la facilitĂ©, en mĂŞme temps que rĂ©vĂ©latrice d’une forme de dĂ©sarroi de la part de son auteur en exil. La mise en place s’avère souveraine, d’une prĂ©cision et d’une homogĂ©nĂ©itĂ© parfaites. Sous la baguette de Karabits, les musiciens de l’OPS font preuve d’un engagement indĂ©niable, en faisant assaut de fantaisie, d’ironie, de subtilitĂ©, comme l’exige, du reste, la partition. Et comme l’orchestre et le chef sont abondamment saluĂ©s, ils nous offrent Ă  leur tour un bis (ce qui est suffisamment rare pour ĂŞtre soulignĂ© et saluĂ© !) : la cĂ©lèbre Vocalise du mĂŞme Rachmaninov.

 

 

 

 

_________________________________

CRITIQUE, concert. Strasbourg, Salle Erasme, le 1er avril 2022. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, A. Kantorow (piano) / K. Karabits (direction).

 

 

Comments are closed.