CRITIQUE, concert. Strasbourg, les 2 et 3 déc 2021. Grieg, Sibelius. Orch philh de Strasbourg / A Tharaud / Aziz Shokhakimov (direction).

thumbnail__DSC4201CRITIQUE, concert. Strasbourg, Palais de la Musique (Salle Erasme), les 2&3 décembre 2021. Edvard Grieg : Concerto pour piano en la mineur / Jean Sibelius : Symphonie n°1 en mi mineur. Orchestre philharmonique de Strasbourg / Alexandre Tharaud (piano) / Aziz Shokhakimov (direction). C’était bien un événement que ce concert strasbourgeois car il scellait la rencontre du chef ouzbèque Aziz Shokhakimov, le nouveau directeur musicale et artistique de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg (depuis septembre), et du pianiste français Alexandre Tharaud, artiste en résidence à l’OPS pour la saison 21/22 (après Jean-Guihen Queyras la saison dernière). Intitulé « Lueur Boréale », le concert fait la part belle à deux compositeurs majeurs de l’Europe du Nord : le norvégien Edvard Grieg et le finlandais Jean Sibelius.

Du premier, Alexandre Tharaud et l’OPS jouent le magnifique Concerto en la mineur. L’auteur n’assista pas au triomphe remporté par sa musique à Copenhague en avril 1869, mais la postérité allait bénir ce chef-d’œuvre, joué ensuite dans toutes les salles de concert du monde entier. La réputation internationale de Grieg allait grandement bénéficier de cette réussite. Qu’il ait été inspiré par le Concerto pour piano de Robert Schumann, composé (en 1848) dans la même tonalité de la mineur, ne dévalorise en rien la qualité intrinsèque de sa partition.

Du haut de ses 33 printemps, Shokhakimov fait montre de toute la fougue de sa jeunesse dès les premières mesures, et l’on sait qu’avec lui la musique va « avancer ». Cela nous vaut une interprétation très ramassée, pleine d’allant, véloce parfois jusqu’à la fièvre, ce qui accentue au passage sa filiation avec l’ouvrage de Schumann mais atténue peut-être parfois l’aspect rhapsodique de son lyrisme, en dépit de quelques moments d’abandon bienvenus. Il faut dire que le jeu techniquement irréprochable, mais très « physique » et puissant d’Alexandre Tharaud n’incite pas toujours à la rêverie et l’on s’attendait, de la part de ce spécialiste de la musique française des 18 et 19e siècle, des sonorités plus diaphanes. Mais quelque soit le plus ou moins d’affinités que l’on puisse avoir avec les conceptions d’ensemble du chef et de son soliste, il faut reconnaître que leur évidente entente et la puissance de leur interprétation balaie ici toute réticence. En bis, il donne une éblouissante exécution du Rondo de la Sonate K.141 de Scarlatti, cheval de bataille de sa collègue Martha Argerich à la fin de ses récitals.

Après l’entracte, place à la Première (1900) des sept symphonies composées par Jean Sibelius, un musicien trop longtemps dénigré avant que les meilleurs musiciens ne défendent- enfin et à juste titre – les œuvres de l’un des plus profonds créateurs de son temps. La lecture proposée par le jeune chef s’avère d’une étonnante maturité. Shokhakimov vous attrape dès la première note pour vous lâcher, émus et conquis, à l’issue des pizzicati finaux. L’équilibre qu’il bâtit tout au long de son interprétation est souverain, alliant beauté et élégance des phrasés, équilibre et sens de la ligne. Les cuivres ne sont jamais importuns, la petite harmonie rayonne – notamment le solo initial de clarinette de Jérémy Oberdorf ! -, et la convocation récurrente des traits des cordes enrichit la texture sonore. Tout ici participe à une circulation naturelle et enveloppante de la musique, qui plus est sans aucun temps mort. Assurément du très grand art ! Par ailleurs généreux, le chef concède un bis à un public survolté, en lui offrant la fameuse Valse triste du même Sibelius. Mentionnons également l’« amuse-bouche » que constituait, en introduction au concert, l’Ouverture de « Hermann et Dorothea » de Robert Schumann, une pièce publiée à titre posthume (en 1857) qui aurait dû être suivie d’une œuvre complète mais la disparition du compositeur allemand nous en a privés. Basé sur le thème de La Marseillaise, cet ouvrage d’une dizaine de minutes, très rarement joué en concert, bénéficie d’une interprétation très réussie et allante, à l’instar des deux œuvres principales.

Précisons, en guise de conclusion, que le talentueux pianiste sera de nouveau sur la scène de la Salle Erasme, le 12 décembre prochain, pour un récital solo cette fois (Schubert et Chopin). Heureux Strasbourgeois !…

 

 

 

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CRITIQUE, concert. Strasbourg, Palais de la Musique (Salle Erasme), les 2&3 décembre 2021. Edvard Grieg : Concerto pour piano en la mineur / Jean Sibelius : Symphonie n°1 en mi mineur. Orchestre philharmonique de Strasbourg / Alexandre Tharaud (piano) / Aziz Shokhakimov (direction). Photo : © Grégory Massat.

 

 

 

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