CRITIQUE, concert. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau Siècle, sam 11 juin 2022. Récital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : Prélude, choral et fugue / Albéniz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse.

CRITIQUE, concert. LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau Siècle, sam 11 juin 2022. Récital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : Prélude, choral et fugue / Albéniz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse   -  29 ans en 2022 et pourtant le pianiste britannique né dans l’Essex, est un géant actuel du piano: une perle rare qui allie l’agilité du funambule et la puissance du poète le plus accompli.

 

 

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Benjamin Grosvenor au LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022 © Ugo Ponte / ON LILLE

 

 

Son dernier cd dédié à Liszt lui allait comme un gant (lire ci après “Approfondir” : lien vers la critique du cd) : c’est que le génie romantique et sa verve dramatique et spirituelle a trouvé son meilleur interprète actuel. Ainsi Benjamin Grosvenor y avait-il rendu hommage à la mémoire de son grand-père, pianiste amateur, membre de la société Liszt de Londres, qui admirait Liszt plus que tout autre. C’est qui lui a transmis la passion du piano, l’admiration de la sonate en si mineur … A Lille ce 11 juin, on constate en concert combien la réputation de l’interprète n’est pas usurpée ; dans un costume sombre strict, sans fioritures, le pianiste déploie un jeu qui frappe par l’ampleur de la conception, le fini des nuances, la clarté de la conduite dramatique.
Edité dans son cd « Homages » à l’automne 2016 (enregistré en déc 2015), « Prélude, choral et fugue » de Franck affirme d’emblée l’étonnante compréhension de Grosvenor à l’endroit du combat franckiste, écho fraternel de la quête lisztéenne : lutte spirituelle et aspiration morale inextinguible. Le jeu éclaire en réalité ce climat de panique lugubre où percent, encore flottants, les crépitements de la rémission. L’assise de la technique, la carrure de la vision produit des séquences littéralement miraculeuses où coule le miel d’une tendresse infinie : ce qui bouleverse littéralement dans ce jeu filigrané, c’est haute technicité, son élégance et les vertiges intimes, personnels qu’il fait surgir.
Albéniz (Iberia, Livre I) respire une même subtilité naturelle et onirique qui s’affranchit de toute contrainte technique. Couleurs ciselées, finesse continue, rayonnante ; l’interprète monte à quel point cet Albéniz-là a en commun … la pudeur et la douceur éprise d’un Debussy.
On est saisi ensuite par l’énergie rythmique parfois effrénée des Ginastera (3 Danses argentines).
La pièce de choix, défi redoutable sur le plan technique demeure l’ultime joyau de ce récital d’exception : La Valse de Ravel. Pourtant au-delà de sa construction qui va crescendo (comme le Boléro), dont le final est une implosion (comme le Boléro), – au delà de la vélocité et de la volubilité pianistique, c’est essentiellement l’intelligence poétique de l’interprète, ses choix de tempi, son rubato, son sens supérieur de l’intégrité (dont l’absence de virtuosité démonstrative et narcissique) qui saisissent immédiatement, au service d’un déroulement clair et cohérent. Le jeu est somptueusement expressif, pourtant nuancé, génialement construit. Le pianiste exprime toutes les facettes du désir, du mouvement des corps aimantés, jusqu’à l’obsession et une jubilation explosive qui est passée nécessairement par une transe libératrice. Son jeu est tel qu’il revêt les ressources d’un orchestre entier tant les mille intentions et nuances, couleurs et accents vibrent au diapason d’une hypersensibilité picturale.
En bis, son Debussy révélateur d’un poète peintre, confine à l’épure, à l’abstraction énigmatique. Nouvel accomplissement poétique d’une fascinante justesse. Magistral.

 

 

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LILLE PIANO(S) FESTIVAL 2022. Lille, Nouveau Siècle, sam 11 juin 2022. Récital de Benjamin Grosvenor, piano. Franck : Prélude, choral et fugue / Albéniz : Iberia, Livre I / Ginastera : 3 Danses argentines / Ravel : La Valse.

 

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Approfondir

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LIRE notre critique du CD Benjamin GROSVENOR : LISZT (1 cd DECCA, 2020)  – Parution : mars 2021 – La Sonate en si mineur S178 est un cheminement intérieur qui crépite en ses écarts contrastés et vertigineux, du doute au don, de la question de Dieu à la foi qui se fait révélation
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-benjamin-grosvenor-liszt-sonate-en-si-mineur-1-cd-decca-2020/

Prélude, choral et Fugue de Franck
https://www.classiquenews.com/prelude-choral-et-fugue-de-cesar-franck/

LIRE notre critique du CD HOMAGES : Benjamin Grosvenor, piano (1 cd Decca). Les Liszt et Franck sublimés du pianiste Benjamin Grosvenor :
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-compte-rendu-critique-homages-benjamin-grosvenor-piano-1-cd-decca/

 

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