CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : création mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (A Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symph n°6 – Orchestre national de Lille – E Hoving.

CRITIQUE, concert. LILLE, le 6 avril 2022. Alex NANTE : création mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – Orchestre national de Lille – Emilia Hoving – Incroyable inspiration d’Alex Nante… Rien de commun ici avec sa précédente création par et pour l’Orchestre National de Lille (in loco, le 23 sept 2021) ; après le flamboyant poème symphonique “Sinfonia del cuerpo de Luz”, manifeste incandescent en forme de métamorphose progressive, voici en création mondiale son concerto pour piano, “Luz de lejos” , autre jalon d’une interrogation formelle sur la lumière. Mais ici sur un mode distancié, plus narratif quand Sinfonia del cuerpo de Luz immergeait l’auditeur dans le creuset en fusion.

 

 

Création mondiale du Concerto pour piano d’Alex Nante

LUZ DE LEJOS / Lumière de loin

 

 

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L’écriture est davantage resserrée [moins de 25mn] pour une partition dense et volubile, sans cesse changeante, aux miroitements instrumentaux toujours très fouillés, – ce raffinement entre le tellurique et l’arachnéen est la marque désormais du compositeur en résidence au sein du National de Lille. Le piano, même mis en avant, s’immerge dans la masse orchestrale jouant souvent plus sur la résonance fondue que le dessin percussif, ce qui n’écarte pas des passages et dialogues chambristes avec bois et vents, sans omettre le cor ou la harpe, d’un relief rayonnant : l’architecture de la partition alterne les tableaux contrastés qui se répondent aussi, en symétrie : le 1 (Prélude) et le 6 (« Lumière de loin » : le titre même de l’œuvre) sont méditatifs ; les 2 et 5, plus expansifs (Toccatas I et II) avec au centre, comme une clé en deux faces : Jeu (Scherzo axial) puis Chanson d’amour, dialogue amoureux où le couple piano et harpe fait paraître l’anima « figure de la femme idéale « lumineuse », selon les propres mots d’Alex Nante. La fin tendue dans l’aigu souligne cette ligne toujours intranquille, hypersensible qui affirme la direction, le sens de l’œuvre : une série d’épisodes qui se succèdent comme un questionnement en 6 stations qui alternent suractivité et introspection avec une fluidité parfois inquiète, opulente et réjouissante, toujours active et déterminée.

Le piano d’Alexandre Tharaud qui ouvre la pièce, suivi presque immédiatement par le basson en un éveil feutré [prélude] , est comme à son habitude précis, nuancé ; mais son geste orfévré est souvent couvert par l’Orchestre, bien qu’idéalement fiévreux et habité ; le dédicataire de la pièce est visiblement honoré et engagé par la création mondiale de cet ouvrage très élaboré qui veut rendre hommage à la « clarté », « la poésie intime » de son jeu (dixit Nante).

 

 

 

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Beau prolongement dans la suite du programme avec la 6ème de Sibelius, œuvre clé, elle aussi formidable forge orchestrale. Sibelius ne développe pas ; il expérimente sans cesse en construisant une symphonie qui frappe par son énergie, le renouvellement incessant de son flux mélodique et thématique, aussi par la concision de son esprit de synthèse. Le National de Lille se jette dans cette arène qui se joue aussi des timbres grâce à des alliages surprenants et des dialogues entre pupitres, tout aussi originaux et imprévus.
Il faut beaucoup d’expérience et de discernement pour saisir en les ciselant, toutes les sections qui dialoguent entre elles, pour organiser ce flux d’énergie continu vers une pensée organiquement organisée, dramatiquement cohérente. Sans omettre sous l’apparente sérénité, les courants agités d’une onde faussement canalisée.
Liquide et éthérée, la symphonie qui fut créée après 4 années de réflexion, semble cristalliser une série de tableaux oniriques où la sensation du plein air et du motif s’affirme sans entrave : « l’eau pure » dont a parlé Sibelius à propos de sa 6ème, s’écoule de fait en ruisseaux et torrents sans omettre l’impérieuse cascade du 2e mouvement dont l’énergie jaillissante innerve encore tout le Scherzo qui suit.
Sous la baguette de la jeune cheffe finlandaise, Emilia Hoving, – née en 1994, les cordes s’assouplissent et exhortent en un tapis ondoyant et chantant ; la vitalité des bois, vents et cuivres, rappelle l’acuité inventive du Sibelius, génie orchestrateur : c’est abrupt, violent, furtif, bouillonnant d’idées et de sensations rapides ; on aurait souhaité davantage d’articulation et de détail dans ce jeu permanent de scintillements, d’ondulations, de glissements sonores qui recherchent davantage l’éblouissement intérieure voire intime, que le grand fracas des évocations spectaculaires. Pour autant, inscrire Sibelius au répertoire de l’Orchestre National de Lille est une promesse qui souhaitons-le, appelle d’autres réalisations sibéliennes. Du feu filigrané de Nante à l’onde sibélienne, mystérieuse et agissante, le programme de ce soir avait tout pour satisfaire le public : enjeu pleinement réussi.

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LILLE, Auditorium du Nouveau Siècle, le 6 avril 2022. Alex NANTE : création mondiale de « Luz de lejos » – Concerto pour piano et orchestre (Alexandre Tharaud, piano) / SIBELIUS : Symphonie n°6 – ON LILLE Orchestre national de LilleEmilia Hoving, direction. Photos © Ugo Ponte ON LILLE 2022

 

 

 

 

 

 

 

 

 

APPROFONDIR

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NANTE-ALEX-portrait-creation-sinfonia-del-cuerpo-de-luz-classiquenews-reportage-photo-3REPORTAGE. ON LILLE / ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE saison 2021 – 2022 : Concert d’ouverture (23 et 24 sept 2021). Reportage autour de la création mondiale de Sinfonía del cuerpo de luz d’Alex NANTE, compositeur en résidence au sein de l’ON LILLE – Elément marquant de la nouvelle saison du National de Lille : le retour de l’Orchestre à son complet sur la scène du Nouveau Siècle à Lille sous la direction d’Alexandre BLOCH, directeur musical / Pourquoi la nouvelle pièce pour grand orchestre d’Alex NANTE est-elle particulièrement inspirée par le feu ? © reportage studio CLASSIQUENEWS – septembre 2021

http://www.classiquenews.com/reportage-video-orchestre-national-de-lille-saison-2021-2022-concert-douverture-creation-mondiale-dalex-nante/

 

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