CRITIQUE, CD événement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

savall beethoven vol 2 symphonies 6 7 8 et 9 concert des nations critique cd review classiquenews CLIC de clssiquenewsCRITIQUE, CD événement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021)  -  Une fin d’intégrale qui marque assurément une superbe compréhension de l’écriture beethovénienne. Après un premier coffret des symphonie 1 à 5, éruptif autant que poétique, les 4 dernières,- les plus abouties selon nous, – et d’un développement formel unique (la 9è point d’aboutissement du cycle) prolongent le choc auditif de leurs précédentes soeurs, dans le mordant nerveux, incisif comme la souplesse hédoniste. Les instruments d‘époque sont les alliés de Savall, ses outils magnifiquement huilés et articulés pour une sonorité décapante, dégraissée, vive, toujours fabuleusement nerveuse. Sa carrure rythmique dialogue toujours avec une conception sonore qui outrepasse le geste historique et exprime dans son flux naturel, la formidable volonté de la musique. Le projet inclut parmi les pupitres habituels du Concert des nations, nombre de jeunes instrumentistes qui sont venus parfaire et enrichir leur métier aux côtés de leurs ainés professionnels, dans l’esprit exemplaire du partage et de la transmission. La vitalité et la cohésion qui en ressortent sont convaincantes, apportant à tout l’édifice un sang, une tension captivants de bout en bout.

Plénitude poétique et spirituelle
Nerf expressif, vitalité collective
le BEETHOVEN captivant de Jordi Savall

Avec la réalisation de Teodor Currentzis actuellement, voilà assurément côté orchestres sur instruments anciens, une lecture dont le tempérament et la pensée marquent l’esprit.
La n°6 « Pastorale » exprime plus qu’elle ne décrit l’harmonie comme l’opulence de la Sainte Nature ; Savall s’empare du souffle et du miroitement contrasté des séquences, sans jamais chercher le brio. Le souci de communier et de partager se réalise dans une texture sonore globale qui coule comme une onde vive et trépidante, dont le fini, superbement oxygéné, respire la plénitude du motif, sa perception directe, sa restitution naturelle et franche. L’hédonisme sonore, le goût des timbres s’écoutent d’un bout à l’autre.

La 7è trépigne par son acuité martiale, sa tonicité collective ; son entrain d’une fabuleuse efficacité musicale et dramatique. Bois et cuivres dansent, exultent ; chacun exposé avec une individualité assumée (bois où percent souvent la caresse des hautbois, clarinettes, bassons); où scintillent et mordent les cors et trompettes…
La 8è, exaltation du mouvement, de l’énergie pure est bien cette célébration organique de la danse, selon le bon mot de Wagner. Déferlement d’énergie rythmique plus que réflexion sur le principe de mouvement et d’espace ; mais l’entrain porte à l’exubérance et la trépidation des pupitres. Et toujours avec une clarté polyphonique et contrapuntique qui permet aussi de réécouter les séquences différemment à ce que nous pensions connaître.
Enfin la 9è, testament fraternel qui porte très haut les couleurs de l’idéal des Lumières, pour ne pas dire maçonnique, est une prière pour un monde nouveau, une humanité nettoyée de sa violence comme de son fanatisme haineux. L’Adagio est une ample respiration profonde, grave; infiniment tendre, avant la déclaration franche de l’ode à la joie finale, porté par une ardeur à tous les pupitres, avec l’exaltation précise et intense pour chaque soliste et pour le choeur autant galvanisé par le chef catalan.

La continuité et la progression portent tout le geste : Savall en architecte soigne la cohérence de la réalisation : les deux premiers mouvements de la 9è en seraient l’exposition de l’énergie vitale exprimée dans son bouillonnement primitif ; l’Allegro initial serait la fin du monde et le début d’une ère nouvelle proclamée par le chant exalté des instruments ; le Molto Vivace qui suit est l’explicitation de cette quête innovatrice qui appelle, exige, commande au futur, affirmant la nécessité d’en finir… puis, l’adagio exposerait l’idéal fraternel qui prévaut à tout dont Savall fait une prière spirituelle étonnamment tendre ; enfin l’Ode à la joie énoncé par les violoncelles en serait les prémices appliqués : l’idée concrète incarnée dans cette humanité chorale qui chante et exhorte.
CLIC_macaron_2014La clarté et la transparence de la pâte, la nervosité des tutti, la précision des attaques, le chant souvent libre et souple, d’une exceptionnelle opulence des cordes affirment cet élan irrépressible qui inspire Beethoven. Jordi Savall vient du baroque, de Haendel et de Mozart, de Monteverdi et de JS Bach… c’est pourquoi il confère à son Beethoven, une couleur spécifique ; le sentiment et la résonance d’un aboutissement qui précipité par les Lumières, portant tout ce qu’a de révolutionnaire le premier romantisme, synthétise le sommet de la pensée viennoise, celle qui a permis avant Beethoven, le Haydn de la Création. Ce Beethoven régénéré, qui respire autant qu’il exulte, semble porter les fruits des révolutions qui précèdent… le génie français, bientôt mûr, celui de Berlioz au début des années 1830, soit 6 ans après la création et le triomphe de la 9è. On ne peut s’incliner devant une telle réalisation; qui vient opportunément compléter, elle aussi de façon captivante, le premier coffret des symphonies 1 à 5.

 

 

 

___________________________________
CRITIQUE, CD événement. BEETHOVEN : Symphonies : 6, 7, 8 et 9. Jordi Savall (3 cd ALIA VOX – oct 2021).

 

 

 

Approfondir

___________________________________

LIRE aussi notre critique complète du COFFRET VOL 1 Symphonies de BEETHOVEN : 1 à 5 – Académie Beethoven 250 – 3 cd ALIA VOX – CLIC de CLASSIQUENEWS – paru en avril 2020

http://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-beethoven-restauration-vol1-jordi-savall-symphonies-1-a-5-le-concert-des-nations-academie-beethoven-250-3-cd-alia-vox-2019/

beethoven revolution symphonies 1 5 savall critique cd classiquenewsDans les faits, Jordi Savall démontre une compréhension profonde du massif beethovénien ; il en révèle les équilibres singuliers, d’autant mieux mesurés depuis son interprétation précédente des 3 dernières symphonies de Mozart (2017-2018). L’auditeur y détecte une filiation avec l’harmonie des bois et des vents, particulièrement ciselés et privilégiés, dialoguant avec les cordes, jamais trop puissantes. La martialité de Ludwig s’en trouve allégée, plus percutante, et c’est tout le bénéfice des instruments d’époque qui jaillit, renforçant les contrastes beethovéniens. La sonorité est l’autre superbe offrande de Savall grâce à l’effectif : autour de 60 instrumentistes dont 32 cordes ; la fidélité aux souhaits de Beethoven est éloquente dans cette clarification entre les pupitres. Voilà comment le chef catalan éclaire de l’intérieur l’expressivité beethovénienne où l’orchestre n’exprime pas la pensée musicale : il est cette pensée elle-même…

 

 

 

Comments are closed.