CONCOURS DE GENEVE 2017. Identité, particularité, objectifs… Grand Entretien avec Didier Schnorhk

CONCOURS DE GENEVE 2017. Grand Entretien avec Didier Schnorhk, Secrétaire général du Concours international de Genève qui innove cette année, l’organisation d’un premier Festival des Lauréats… En 2017, le Concours de Genève l’un des plus anciens au monde, riche d’une histoire exceptionnelle, entend se diversifier et défendre plus que jamais les jeunes talents, ce dans toutes les disciplines. Bilan et synthèse d’un événement annuel qui occupe une place spécifique, voire exemplaire parmi les institutions musicales et artistiques où l’esprit de compétition ne sert qu’un objectif, accomplir et accompagner les personnalités artistiques. Un entretien passionnant qui explique comment la globalisation ne signifie pas forcément baisse et appauvrissement du niveau des candidats… 3 questions pour faire le point et dresser un bilan sur un Concours singulier.



 
 

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Qu’est ce qui définit et singularise selon vous le CONCOURS DE GENEVE ?

 

geneve-concours-2017-festival-concerts-des-23-24-25-nov-2017-presentation-par-classiquenewsDidier Schnorhk : Plusieurs éléments distinctifs caractérisent le Concours de Genève. D’abord son ancienneté. Fondé en 1939, c’est l’un des trois concours les plus anciens au monde (avec Bruxelles et Varsovie). Puis sa caractéristique principale est d’être véritablement pluridisciplinaire (concours de piano, chant, instruments à cordes et à vent, percussion, quatuor à cordes). Depuis 2011, une autre spécificité marque son histoire : la discipline de composition, qui a lieu tous les deux ans ; ce volet qui reste exceptionnel parmi les autres Concours internationaux, lui confère un caractère extrêmement particulier, tourné vers la création et le monde contemporain.
Il y a aussi d’autres traits distinctifs qui à mon sens apportent leur richesse respective : le fait que le Concours de Genève soit annuel, ce qui n’est pas si fréquent. Le Concours a le souci de l’accompagnement aux lauréats, et ce dans la durée : il propose un véritable suivi de carrière à ses candidats primés : concerts, coaching, enregistrements, management, etc…
Une image de sérieux et d’intégrité : tout au long de sa longue histoire, le Concours de Genève a très peu été sujet de scandales ou de dysfonctionnement : il a une réputation solide voire irréprochable.
Tout explique que le Concours de Genève incarne aujourd’hui, l’une des plus longues et des plus prestigieuses listes de lauréats : près de 700 noms, dont une bonne centaine de très grands musiciens du XXè siècle.
Enfin, l’identité du Concours de Genève s’incarne dans un cercle de valeurs qui en ont assuré le prestige et l’excellence ; certaines recoupent ce qui a été énoncé précédemment :
• Pluridisciplinarité : piano, chant, cordes, quatuor, vents, percussion, composition,
• Créativité : importance de la composition et de la musique contemporaine en général;
• Qualité (de l’organisation, des jurys, des programmes);
• Intégrité (peu de scandales, concours respecté);
• Identité : c’est l’un des plus anciens concours, réputation et nombre des lauréats ;
• Durabilité : souci apporté aux lauréats, solidité financière et institutionnelle.

 

 

 

Quel est l’enjeu et le fonctionnement du Festival qui a lieu actuellement ?

DS : L’enjeu est avant tout de mettre sur le devant de la scène les lauréats du Concours. Le festival est une manière artistique et condensée de présenter en quelques jours de nombreux lauréats, récents ou plus anciens, dans des productions construites, ayant un contenu artistique réfléchi. Cette présentation de lauréats a aussi pour but de renforcer l’identification du Concours de Genève auprès de la population de Genève et de renforcer ses liens avec elle.
Un deuxième but est de diversifier l’activité du Concours lui-même, suivant l’air du temps : les organisations culturelles, quelles qu’elles soient, se doivent aujourd’hui d’être polyvalentes et globales, proposant un ensemble d’événements autour de, ou en regard avec leur projet de base.

 

 

 

Sur quels critères sont sélectionnés les jeunes compositeurs pour le Prix de composition ? Notez-vous dans le profil des candidats retenus une certaine évolution (origine, âge, etc…) ? Le lauréat bénéficie de quels soutiens concrets ?

DS : Le prix de composition lui-même est ouvert à toute personne répondant aux critères édictés (limites d’âge, projet à présenter, payement d’une taxe d’inscription, etc ..) Toutes les partitions reçues et répondant aux critères sont examinées. Le Jury (au complet) lit et examine les partitions, procédant par éliminations successives, jusqu’à ne conserver que les trois meilleures, qui seules, seront exécutées lors du concert final. Le processus se passe à Genève durant deux ou trois jours de travail.

Quant à l’évolution du profil des candidats, elle suit ce que l’on observe de façon générale dans le monde de la musique : la globalisation et la hausse du niveau de compétences.
La globalisation fait qu’aujourd’hui, dans le domaine de la composition comme ceux des instruments en général, les candidats viennent de presque toutes les parties du monde. Bien sûr, au regard de sa population comme de son niveau d’étude, l’Extrême-Orient est très fortement représenté, particulièrement le Japon et la Corée, qui sont historiquement en avance sur la Chine et les autres pays asiatiques. Mais on voit aussi de plus en plus de candidats d’Asie centrale (anciens pays de l’URSS, où le système éducatif et la culture occidentale sont toujours très bien implantés), d’Australie ou d’Amérique du Sud.
L’Europe occidentale est bien sûr encore très bien placée, mais sa population décroissante et vieillissante ne plaide pas en sa faveur. Quant à l’âge, pas de remarques particulières, même si aujourd’hui, la qualité des formations fait que beaucoup (et de plus en plus) de musiciens très jeunes sont de très haut niveau. En général, on constate une hausse très forte élévation du niveau moyen des jeunes musiciens : ils sont beaucoup plus nombreux que dans les années 50 à 80, capables de participer à des concours internationaux (qui eux aussi sont plus nombreux qu’auparavant, il est vrai).

Le soutien que le Concours de Genève apporte à ses lauréats, on l’a dit plus haut, fait partie d’un plan général, avec plusieurs facettes :
• Concerts (aussi pour les compositeurs, avec des commandes et des projets sur mesure) ;
• Coaching : on organise une fois dans l’année une semaine de « workshop professionnel » durant laquelle les jeunes lauréats sont confrontés à des professionnels du monde de la musique qui leur donnent de nombreux conseils très pratiques. Mais en plus, durant toute l’année et durant au moins deux ans, notre équipe est à l’écoute des besoins des jeunes et les guide dans leur début de carrière ;
• Enregistrement : dans la mesure du possible, nous tentons d’organiser des enregistrements professionnels qui débouchent sur la parution d’un CD ou d’un DVD ;
• Tournée : là aussi, dans la mesure du possible, nous organisons chaque année (ou tous les deux ans) une tournée internationale de concerts avec quelques-uns de nos lauréats (Asie, Amériques, Europe).
Médiatisation : hormis la diffusion en streaming des finales de nos concours, nous nous efforçons de diffuser le maximum d’informations sur nos lauréats au travers des réseaux sociaux ou d’internet.

Propos recueillis en novembre 2017.

 

 

 

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https://www.concoursgeneve.chLe Concours international de Genève 2017 (7ème édition) a lieu du 23 novembre au 3 décembre 2017 : il comporte cette année, l’édition habituelle, comprenant le Prix de Composition et aussi, pour la première fois, son festival des Lauréats, invitant à performer, les anciens lauréats des précédentes éditions… + d’infos sur le site du Concours international de Genève 2017.

 

 

 

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