Concerto pour hautbois de R. Strauss et Rhénane de Schumann par l’Orchestre de chambre de Paris

schumann_robertParis, TCE. Orchestre de chambre de Paris. Strauss, Schumann : le 26 avril 2014, 20h. Suisse, Automne 1945 : au moment de la capitulation nazie, Strauss un temps instrumentalisé par le régime hitlérien, exprime son chant personnel, regrettant les dommages infligés par la guerre. Pour l’orchestre de la Tonhalle de Zürich, le compositeur écrit son Concerto pour hautbois (créé le 26 février 1946), réminiscence du style classique viennois, à la fois mesuré et rococo. L’instrument soliste y dialogue en batifolant avec l’orchestre en effectif réduit. Les trois mouvements s’enchaînent : dès le commencement, le hautbois est particulièrement sollicité, alliant fantaisie, humeur burlesque, vraie élégance de ton (Allegro moderato) ; l’Andante, de forme lied, déploie un chant cantabile d’une tranquillité (alliant tendresse et parfois gravité) toute mozartienne ; dans le dernier épisode (Vivace-allegro), le soliste est invité à démontrer toute sa brillante élocution, versatilité et liberté étant de mise, en particulier dans la Sicilienne finale.

Symphonie n°3 Rhénane de Robert Schumann. L’Orchestre de chambre de Paris poursuit son cycle Schumann avec la Rhénane, l’une de plus lyrique et exaltante du corpus des 4 Symphonies composées par le Romantique. Créée en février 1851, la partition s’écoule comme un fleuve impétueux, riches en images et en couleurs qui affirme encore et toujours, un esprit rageur et combattif. Celui d’un Schumann démiurge à l’échelle de la nature. Les indications en allemand soulignent la germanité du plan d’ensemble dont la vitalité revisite Mendelssohn, et l’ambition structurelle, le maître à tous : Beethoven. Paysages d’Allemagne honorés et brossés avec panache et lyrisme depuis les rives du Rhin, la Rhénane doit s’affirmer par son souffle suggestif. En particulier, le Scherzo : la houle généreuse des violoncelles, aux crêtes soulignées par les flûtes, y évoquerait (selon Schumann lui-même) une « matinée sur le Rhin », comme l’indique le superbe contrechant des cors dialoguant avec les hautbois aux couleurs élégantes dont l’activité gagne les cordes. Le Nicht schnell baigne dans une tranquillité pastorale qui met en lumière le très beau dialogue dans l’exposition des pupitres entre eux, surtout cordes et vents. Le point d’orgue de la Rhénane demeure le 3ème épisode « Feierlich » (maestoso): Schumann inscrit comme un emblème la grave noblesse et la solennité majestueuse de l’ensemble. L’ampleur Beethovénienne de l’écriture impose une conscience élargie comme foudroyée … et ce n’est pas les fanfares souhaitant renouer avec l’aisance triomphale par un ample portique qui effacent les langueurs éteintes comme décomposées. Le caractère du mouvement est celui d’un anéantissement, aboutissement d’un repli dépressif exténué… avant que ne retentissent, comme l’indice d’un salut recouvré, les accents haletants, dansants, irrépressibles du Lebahft final.

Orchestre de chambre de Paris
saison 2013-2014

Samedi 26 avril 2014, 20h
Paris, Théâtre des Champs Elysées TCE

Philippe Manoury: Strange Ritual
Strauss : Concerto pour hautbois et orchestre en ré majeur
Schumann : Symphonie n°3 «  Rhénane » en mi bémol majeur

Thomas Zehetmair, direction
François Leleux, hautbois

illustration : Robert Schumann

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