Compte-rendu : Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Bach, Haydn, Mozart. La Symphonie des Lumières. Nicolas Simon, direction.

Nicolas Simon chefPour clore une saison riche en évènements et découvertes, l’Abbaye aux dames invite le jeune orchestre ” La Symphonie des Lumières ” dirigé par Nicolas Simon, jeune chef prometteur, élève entre autres de Philippe Herreweghe, ex membre des Siecles pour lesquels il fut et violoniste et assistant de Francois-Xavier Roth. Le nouvel orchestre est composé à 80% de musiciens issus du Jeune Orchestre Atlantique (JOA) dont la vocation est de former sur instruments d’époque, de jeunes professionnels tout juste diplômés en les faisant jouer, au cours de sessions de travail d’une semaine (programme classique et romantique en alternance) sous la direction de chefs aguerris.
Nicolas Simon a lui aussi suivi la formation sur instruments anciens : il y a cultivé sa passion pour une approche plus précise et surtout magistralement vivante, selon la connaissance des styles et des pratiques d’époque.   Les jeunes gens prennent ainsi l’habitude de travailler avec des hommes et des femmes dont les techniques différentes sont au final autant d’atouts majeurs, de nouveaux défis propices à l’approfondissement et la compréhension de plus en plus fine des oeuvres.

Pour ce concert, les trois compositeurs du programme sont contemporains les uns des autres : Carl Philippe Emmanuel Bach (1714-1788), Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Les trois hommes se sont rencontrés et se sont mutuellement influencés au cours de leur carrière.

Chaque style incarnent à sa façon l’esthétique Sturm und Drang (Tempête et Passion), c’est l’inflexion du goût qui annonce l’essor d’un nouveau dramatisme sentimental, le romantisme … Le mouvement a inspiré nombre de compositeurs en Europe en général et dans les pays de langue allemande en particulier.

Le Concerto n°9 composé en 1777 par Wolfgang Amadeus Mozart
(1756-1791) qui l’a dédié à une jeune virtuose française : mademoiselle Jeunehomme d’ou le surnom du chef d’ouvre du jeune compositeur. La pianiste Vanessa Wagner s’installe au piano. La jeune femme, artiste à l’activité débordante, reconnue depuis plusieurs années au niveau international, connait parfaitement le répertoire Mozartien qu’elle aborde régulièrement depuis ses débuts de concertiste. Elle aborde le concerto  tout en simplicité, faisant chanter les touches de l’instrument avec une grâce  incomparable. L’accompagnement de l’orchestre et de son chef souligne agréablement les harmonies que Mozart a savamment distillé dans les pages composées pour le piano. C’est essentiellement le format sonore plus chambriste qui favorisant les équilibres entre les instruments rétabli la profondeur poétique de l’oeuvre : pleine de charme, de sensibilité, de gravité sous la caresse mélodique.

La direction ferme et souple de Nicolas Simon est agréable et la musique de Mozart, si complexe et pleine de pièges malgré son apparente facilité aussi bien pour l’orchestre que pour la soliste, est sublimée ; le geste sûr et millimétré fait résonner la tendresse mozartienne, entre subtilité et finesse, sous les voutes de l’abbatiale.

Au retour de l’entracte, Nicolas Simon prend la parole pour présenter brièvement le mouvement Sturm und Drang qui a inspiré Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) et  Joseph Haydn (1732-1809). Le jeune chef parle d’ailleurs des deux compositeurs avec passion ; il en distingue les particularités et les obstacles : tout ce qui fonde leur manière spécifique; il donne une interprétation dynamique et vivante de la symphonie hambourgeoise du fils du kantor de Leipzig (qui reunit le seul pupitre des cordes). L’oeuvre, sombre et tourmentée, comme nombre de pièces musicales, théâtrales ou picturales de cette période, est bien pensé mais l’ensemble. Nicolas Simon réussit pourtant, grâce à une direction limpide, à livrer une lecture de l’oeuvre de Bach vivante, dynamique, s’appuyant sur des accents imprévisibles mais justes.

C’est surtout dans la symphonie n°49 de Joseph Haydn (1732-1809) que le chef donne la pleine mesure de son talent de maestro; Haydn qui, lui aussi, compose son oeuvre en plein Sturm und Drang n’en propose pas moins une symphonie plus allante et dynamique que celle du fils Bach : un concentré d’élégance et de retenue, pourtant nuancée par l’humour et la facétie (trait spécifique au Viennois). Et Nicolas Simon, pourtant très bon dans l’ouvre précédente, est excellent pour diriger une symphonie qui l’inspire visiblement beaucoup.

Jeune formation en devenir et déjà convaincante par sa fermeté stylistique et son tempérament sonore, la Symphonie des Lumières réunit des anciens du Jeune Orchestre Atlantique; ils y ont la possibilité de s’accomplir dans un collectif marqué par la complicité et le souci de la précision comme de l’expression. Formé dans la même école, Nicolas Simon promet demain de figurer parmi les directions les plus inventives et les plus défricheuses qui soient. L’approche sur instruments anciens a non seulement de beaux jours devant elle mais peut compter grâce à un tempérament aussi captivant, de prochaines découvertes à venir.  Que Saintes accueille le premier concert de La Symphonie des Lumières en Charente-Maritime est logique : ici de jeunes musiciens sur instruments d’époque ont appris leur métier ; ce soir, ils jouent ensemble au sein de l’orchestre que l’un d’entre eux a eu le courage et la ténacité de fonder. C’est un beau symbole de continuité et d’accomplissement. Formation à suivre.

Saintes. Abbaye aux dames, le 21 mai 2013. Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : symphonie hambourgeoise en si bémol majeur; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie N°49 en fa mineur; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : concerto pour piano N°9 “jeunehomme”. La Symphonie des Lumières; Vanessa Wagner, pianoforte. Nicolas Simon, direction.

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