Compte-rendu : Paris. Théâtre du Châtelet, le 26 juin 2013. Récital Sumi Jo. Jeff Cohen, piano.

Sumi Jo JetVingt-six ans après ses débuts parisiens, Sumi Jo est de retour dans la capitale, dans la grande salle du Châtelet, pour un récital avec piano au programme varié et coloré. Les styles et les époques se succèdent, offrant un panorama des possibilités actuelles de la soprano coréenne. Moulée dans une superbe robe blanche sirène, la chanteuse ouvre le concert avec de la musique du seicento.

 

 

Eternelle jeunesse de Sumi Jo

 

Après un Bach parfait pour chauffer l’instrument, place à l’immobilité poignante du « Music for a While » de Purcell, dans lequel la ligne se déploie, souveraine, parfaitement sous contrôle, dans une mezzo voce immaculée. Puis, c’est la virtuosité du « Da tempeste » extrait de Cléopâtre qui tourbillonne, feu d’artifice de vocalises à l’imagination débordante. Dans le « Sposa son disprezzata » pseudo-vivaldien, l’un de ses chevaux de bataille, la soprano sculpte une intériorité à fleur de lèvres d’une belle émotion. Dans la mélodie française, la délicatesse de la cantatrice est encore de mise, notamment dans un « Si mes vers avaient des ailes » de Reynaldo Hahn rêveur et poétique.
Pour clore la première partie, un nouveau coup d’éclat : les insensées Variations de Proch, oubliées aujourd’hui mais grand numéro de virtuosité débridée qui faisait il fut un temps le bonheur des sopranos d’agilité… et qui fait toujours celui du public quand il est réalisé avec autant de panache et de stupéfiante autorité, couronné en outre par un suraigu triomphant qui achève de soulever la salle.
L’entracte passé, Sumi Jo, vêtue à présent d’une longue robe fushia aux voiles improbables comme elle seule sait les porter, nous emmène en Espagne avec quelques mélodies, puis nous ravit par des miniatures de Mahler, d’une exquise musicalité.
Enfin, les deux dernières pièces virtuoses, tant attendues, du programme : la célébrissime Vocalise de Rachmaninov, aux courbes sensuelles, et Parla d’Arditi, valse de salon purement décorative, mais à l’efficacité redoutable, tant elle flatte cette virtuose jouvence qu’on admire chez la chanteuse après plus d’un demi-siècle de carrière.
A ses côtés, lui tissant un tapis solide et soyeux, Jeff  Cohen demeure le plus sûr des soutiens.
Le public est heureux, et en redemande. Comme un retour en enfance, ce sera le Wiegenlied de Mozart, à la tendresse maternelle et rassurante. Changement total d’atmosphère avec « I got rythm » de Gershwin, au swing entraînant, dans lequel Jeff Cohen se libère totalement avec un entrain communicatif.
Puis, devenu traditionnel parmi les rappels, « O mio babbino caro », au legato absolu et à la messa di voce enchanteresse.
Enfin, suite à l’approbation du public, un couplet de la chanson d’Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, un rôle que la diva connaît bien et interprète à la perfection, dardant son suraigu cadentiel comme un défi au temps qui passe, mettant les spectateurs définitivement à ses pieds, saluée par une standing ovation des plus méritées.
Une grande dame du chant, qu’on revoit toujours avec la même délectation.

Paris. Théâtre du Châtelet, 26 juin 2013. Johann Sebastian Bach : Mein gläubiges Herze, BWV 68. Henry Purcell : Oedipus, “Music for a While”.   Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, “Da tempeste”. Antonio Vivaldi : Bajazet, “Sposa son disprezzata”. Gabriel Fauré : Chanson d’amour. Reynaldo Hahn : Le Printemps, Si mes vers avaient des ailes. Gabriel Fauré : Notre amour. Claude Debussy : La Romance d’Ariel. Heinrich Proch : Tema e Variazoni “Deh, torna mio bene”. Joaquin Turina : Cantares, op. 19 n°3. Fernando Obradors : Del caballo más sutil. Joaquin Rodrigo : ¿De dónde venís, amore?. Heitor Villa-Lobos : Melodia sentimental. Gustav Mahler : Ich ging mit Lust, Hans und Grethe, Frühlingsmorgen, Ablösung im Sommer. Sergei Rachmaninov : Vocalise. Luigi Arditi : Parla. Sumi Jo, soprano. Jeff Cohen, piano.

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