Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs Élysées, le 21 mai 2013. Orchestre de chambre de Paris. Deborah Nemtanu, violon et direction. François Leleux, hautbois et direction.

Schubert portraitLe Théâtre des Champs Élysées accueille l’Orchestre de Chambre de Paris pour un concert mettant en avant leur académie bi-annuelle du ” Joué-Dirigé “. Le programme de la soirée est dirigé par le violon solo de l’ensemble Déborah Nemtanu et un soliste invité, le génial hautboïste François Leleux, artiste associé de l’Orchestre.

Nous nous attendions à la création d’un Concertino pour violon, hautbois et orchestre de Thierry Escaich, commandé par l’Orchestre, mais nous constatons qu’il est absent du programme. A sa place, s’est glissée une composition de circonstance du compositeur Bruno Maderna, ” Music of gaity ” dal “Fitzwilliam Virginal Book” mettant en valeur …  le violon et le hautbois. Cette pièce qui ouvre le concert n’est pas particulièrement révolutionnaire, mais elle est chantante et engageante en ce qui concerne les solistes …  tout à fait brillants. Il s’agît d’un arrangement d’une série de pièces anglaises du 17e siècle. Elle n’est pas sans intérêt, Maderna crée des beaux timbres comme dans la deuxième chanson où se trouve le hautbois solo plutôt serein accompagné uniquement par les cordes basses pour ensuite céder la place au violon solo larmoyant. Cependant la plupart des morceaux sont, comme le titre l’indique, gais et dansants. La composition n’a malheureusement ni le swing baroque que nous aimons tant, ni une écriture d’une modernité vraiment saisissante. Sorte d’hommage divertissant et peu mémorable, il est pourtant très bien joué par le musiciens.

C’est dans les pièces médianes du programme où nous trouverons les moments les plus beaux et les plus intéressants du concert.

D’abord dans le Concerto pour violon et orchestre n°5 en la majeur de Mozart, joué et dirigé par la violoniste Deborah Nemtanu. À notre connaissance Mozart jouait et dirigeait ses concerti pour piano et orchestre avec un immense succès. La dynamique avec ses 5 concerti pour violon semble plus compliqué pour la pratique, mais nous saluons l’effort de la violoniste dont l’engagement et la musicalité se reflètent aussi dans l’orchestre. Les musiciens sont en parfaite harmonie en particulier dans l’allegro aperto initial joué à piacere, avec une certaine légèreté, mais non dépourvue de caractère, comme dans le rondeau final d’une véhémence magistrale et où l’orchestre gère aisément le mélange de grâce et de naturel propre au mouvement qui est à la fois alla turca et un menuet !  Si la cohésion est moins évidente dans l’adagio central d’une simplicité et d’une innocence émouvante, Deborah Nemtanu l’interprète de façon impeccable, son jeu étant d’une beauté paisible.

L’Adagio et Variations pour hautbois et orchestre op. 102 de Hummel, élève de Mozart et rival de Beethoven, est joué et dirigé par François Leleux. Il s’agît à la base d’une adaptation d’un Nocturne pour piano à 4 mains du compositeur. Aussi, c’est l’occasion pour Leleux de montrer en quoi il est l’un des grands hautboïstes du siècle. Le thème de l’adagio est d’une beauté irrésistible. L’Orchestre de chambre de Paris est réactif et dynamique : il passe facilement du tempérament singspielesque de la première variation au nocturne central jusqu’au galop d’une des dernières variations aux cordes pizzicato. Leleux en est pourtant le protagoniste indéniable. La virtuose dextérité de son jeu ne compromet en rien la clarté ni la musicalité exquise de son phrasé.

Nous sommes éblouis par sa prestation et très contents de découvrir l’oeuvre de Hummel, un compositeur à la postérité ingrate qui mérite sans doute qu’on redécouvre ses pages.

Le programme se termine avec la Symphonie n°4 en Ut mineur de Franz Schubert dite “Tragique”, dirigé par François Leleux. D’allure Beethovénienne et aux accents inspirés du mouvement Sturm und drang propre à la fin du 18e siècle tardif, il s’agît en effet d’une oeuvre de jeunesse. Leleux fait un excellent travail avec l’orchestre, il privilégie les contrastes entre les blocs orchestraux et la dynamique est vivace. Comme d’habitude les vents de l’Orchestre de chambre de Paris offrent un spectacle fantastique. Le dialogue entre les cordes précises et pleines de brio avec les vents lyriques au 2e mouvement est un moment d’un grande beauté. Le 3e mouvement aux sonorités populaires acquiert une certaine sensualité sous la baguette de Leleux. Le spectacle se termine avec un orchestre électrique, plein d’esprit.

Le public conquis a beau inonder la salle par ses chaleureux applaudissements, il n’aura pas droit à un bis. Pour nous,  l’excellente prestation des solistes n’empêche pas cette impression  d’avoir assisté à un concert un rien  démonstratif … ma non troppo.

Illustration : Franz Schubert (DR)

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