Compte-rendu, oratorio,. La Côte Saint-André,le 24 août 2018. Haydn : Die Schöpfung. Laurence Equilbey.

haydn joseph-crop-412x332Compte-rendu, oratorio,. La Côte Saint-André, Festival Berlioz, Château Louis XI, le 24 août 2018. Joseph Haydn : Die Schöpfung. Laurence Equilbey. Comme pour ses précédentes éditions, le Festival Berlioz, élargit son répertoire aux ouvrages les plus riches. La relation à Berlioz est ténue, même si ce dernier publia une analyse fouillée et critique de la version française, après s’être enthousiasmé pour le chef d’œuvre de Haydn. Pour la circonstance, Bruno Messina a invité Laurence Equilbey, qui promène cette Création depuis quelques semaines, avant de poursuivre une riche tournée.  Elle se frotte à cette vaste fresque de longue date, de façon régulière. Pour mémoire, elle la dirigeait en 2012, pour les vingt ans d’Accentus, à Pleyel, puis, en mars 2017, à Aix, dans une version scénique.  C’est dire si elle la connaît, tout comme ses chanteurs d’Accentus.

Une Création inaboutie

On connaît son approche, souvent renouvelée, des œuvres qu’elle inscrit à ses programmes. La Création en est une nouvelle illustration. Le chaos annonce non seulement le puissant « Und es ward Licht ! », mais aussi une lecture singulière.  En effet, les accents des basses prennent ici une valeur telle que l’on oublierait le jeu des bois. Ce parti pris de vigueur n’abandonnera jamais cette lecture, fut-ce au détriment de tout ce qui ne relève pas de l’énergie : la fraîcheur des peintures naturalistes, figuratives, la poésie intime, la dimension métaphysique, par exemple. Ses solistes, capables de la suivre dans des tempi parfois invraisemblables, se révèlent fort inégaux. Gabriel, puis Eve, sont chantés, comme on en a l’habitude par une même soprano. Ce soir, nous découvrons la lumineuse Chiara Skerath, au timbre chaud, à la voix souple, agile, d’une conduite et d’une longueur de souffle rares, dont toute la tessiture est égale, bien timbrée. L’articulation est exemplaire et permet de comprendre le texte sans recourir au programme. Toutes ses interventions sont autant de bonheur, y compris dans les ensembles où ses partenaires sont quelque peu en retrait.

NDLR : VOIR Chiara Skerath dans le Couronnement de Poppée à Nantes (reportage vidéo classiquenews)
Martin Mitterrutzner est Uriel. Sa conviction et son engagement sont réels. Las, ce ténor trouve vite ses limites. Les aigus peuvent être laids, lorsqu’ils sont projetés, la voix est ingrate, inégale, dépourvue de soutien, dans le grave tout particulièrement. Raphaël, puis Adam sont confiés à Rafael Fingerlos, qui déçoit également, à la peine dans sa quinte grave. Ce n’est manifestement pas une basse. N’étaient ces finales, le chant est timbré, aisé, solide. On comprend mal ces erreurs de casting.

Acteur essentiel, le chœur se montre à la hauteur de l’enjeu, les polyphonies sont claires, les fugues magistrales. Les finales de chacune des trois parties sont là pour le démontrer.  Cependant, Laurence Equilbey prend le parti d’accélérer certains mouvements au point de les défigurer.  Les indications de Haydn ne sont jamais équivoques et ne laissent qu’une relative liberté aux interprètes. Que penser d’un maestoso sans majesté, propre à faire défiler les chasseurs alpins, d’un allegretto pris allegro, d’un andante galopant ? La conception de la grandeur imposée par le chef n’a que peu de rapport avec celle de Haydn, pas plus que la peinture de la nature au travers des figuralismes et d’une instrumentation magistrales. La prouesse technique, l’éclat en guise de projet ? Certes, les applaudissements saluent l’exploit, mais la frustration est réelle. L’orchestre, de son côté, doit progresser : le travail est inabouti, certaines attaques imprécises, les timbres et l’articulation sont en-deçà des attentes. A quoi bon mobiliser des instruments d’époque pour un tel résultat ? Le continuo apporte de son côté quelques couleurs et un peu de fantaisie dans l’introduction et l’accompagnement des récitatifs. Cela ne suffit pas pour rééquilibrer la balance.

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Compte rendu, oratorio,. La Côte Saint-André, Festival Berlioz, Château Louis XI, le 24 août 2018. Joseph Haydn : Die Schöpfung. Laurence Equilbey, Chiara Skerath, Martin Mitterrutzner, Rafael Fingerlos. Crédit photographique © Festival Berlioz – Bruno Moussier

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