Compte-rendu, oratorio. Dijon, le 15 déc 2018.  JS BACH : Messe en si mineur; Cap Mediterranea, LG Alarcón.

Compte rendu, oratorio. Dijon, Opéra, Auditorium, le 15 décembre 2018.  BACH : Messe en si mineur; Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcón… Singulière réalisation que cette Messe en si mineur, de JS Bach, offerte par Leonardo Garcia Alarcón, à l’Auditorium de Dijon. Musicalement, le chef argentin conserve ses interprètes de Versailles (trois jours auparavant), mais modifie les conditions d’exécution au point de transfigurer l’ouvrage. Assemblage complexe de pièces empruntées à des œuvres diverses, le Kyrie et le Gloria (Messe Brève de 1733),  suivis du Symbole de Nicée – l’imposant Credo – naturellement enchaîné au Sanctus et à l’Agnus Dei, achevé seulement en 1749 dans sa forme définitive, ce monument de la musique sacrée n’a pas de vocation liturgique, sa durée exceptionnelle s’y opposant.  C’est  là un des motifs invoqués pour spatialiser, animer, éclairer cette interprétation exceptionnelle.   
 
    
 
 

Plénitude, ferveur, enthousiasme

  
 
 

 DIJON-JS-BACH-critique-classiquenews-opera-concert-compte-rendu-critique-par-classiquenews-Messe-en-si-©-Gilles-Abegg-Opéra-de-Dijon-web

  
 
 
L’autre étant l’acoustique et la taille de l’auditorium dijonais, que connaissent bien le chef et son ensemble, associés à l’Opéra de Dijon. Le public, durant pratiquement deux heures va être plongé comme jamais dans cette œuvre. Les interprètes, groupés pour les pièces grandioses, qui font appel aux trois trompettes et aux timbales, vont se voir répartis dans l’espace en fonction du caractère spécifique à chaque pièce, le tout assorti d’éclairages judicieux et appropriés.  L’auditeur est ainsi enveloppé par l’enchevêtrement des lignes sonores, immergé dans la musique. Lorsqu’on est familier de l’œuvre, il est difficile de se maîtriser et de ne pas chanter avec le chœur, placé à proximité immédiate. L’effet dramatique, la lisibilité sont amplifiés, magnifiés par cette réalisation. Le public, qui a envahi l’auditorium au-delà des prévisions les plus optimistes se signale par sa ferveur. Malgré la saison, rarissimes sont les quelques toux, vite étouffées. Les ovations finales, longues et soutenues témoignent du bonheur ressenti après le Dona nobis pacem. Elles seront récompensées par sa reprise, puis par celle du Cum Sancto Spiritu, qui fermait la Messe Brève.

Le cri initial « Kyrie », suivi de sa supplique fuguée, d’une force expressive peu commune, nous prennent à bras le corps. À aucun moment de ces deux heures la tension ne se relâchera.  Après la force de ce triple Kyrie qui ouvre l’ouvrage, dans l’obscurité, les suppliques de la fugue qu’initient les ténors  sont poignantes, chaque partie étant modelée de manière à faire circuler le sujet, avec un orchestre bien articulé, qui avance. Les deux solistes du Christe,  à plus de vingt mètres de l’orchestre, de part et d’autre du parterre, dialoguent avec les violons et le continuo, rougis par les éclairages. L’alla breve du second Kyrie, fugué est puissant, grave, avec des pupitres très homogènes.  Quand éclate le Gloria, lumineux, avec ses trois trompettes et timbales, la jubilation est manifeste, jusqu’à l’Et in terra pax, retenu, confié aux solistes. Après le puissant Credo, signalons le Crucifixus, poignant, sinistre, qui s’achève  dans la pénombre, déchirée par le rayonnant, flamboyant Et resurrexit.
La poursuite de la description des numéros risquerait d’être fastidieuse. De la joie du Laudamus te, du recueillement du Qui tollis à l’enthousiasme du Cum Sancto Spiritu, toutes les expressions sont remarquablement illustrées.

Du praticable érigé au centre du parterre, ou devant son ensemble la Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcón insuffle l’énergie, le souffle qui parcourt le chef-d’œuvre, sans omettre la plénitude, la ferveur et l’enthousiasme. Autant de qualités qui vont gouverner l’organisation. Les contraintes imposées par les dispositifs changeants ne constituent pas un obstacle à la précision, à l’expression la plus juste.
Le relief, les accents, l’énergie, la dynamique, la grandeur, le charme, la contemplation mystique rayonnent comme jamais : on est emporté, ébloui, admiratif. Le nombre des choristes outrepasse de beaucoup les effectifs restreints généralement adoptés depuis Rifkin. Le Chœur de chambre de Namur, puissant, agile, se prête idéalement au jeu polyphonique comme aux affirmations vigoureuses. Malgré la dispersion des pupitres et des tempi parfois très rapides, aucun décalage n’est à déplorer ; les vocalises conservent leur précision et leur fluidité. C’est admirable.

Les solistes, instrumentaux et vocaux sont d’excellence. Les timbres se marient idéalement. Ana Quintans, initialement prévue, est remplacée par Julie Roset, desservie par une émission terne. Par contre Marianne Beate Kielland rayonne comme jamais, avec une plénitude, une souplesse réjouissantes. Paulin Bündgen nous vaut un Qui tollis et, surtout, un Agnus Dei absolument sublimes. Ni Valerio Contaldo, (le ténor), ni Alain Buet (la basse) ne déméritent. La Cappella Mediterranea est éblouissante d’ensemble et de virtuosité. Chacun mériterait d’être cité, c’est un constant régal. Il faut souligner la performance des continuistes, l’orgue étant très éloigné du violoncelle, de la contrebasse comme des bassons.

Une soirée comme on en compte peu,  par sa force expressive, sa beauté lumineuse et son message spirituel, auquel agnostiques comme croyants ne peuvent qu’être sensibles.

________________________________________________________________________________________________

Compte rendu, oratorio. Dijon, Opéra, Auditorium, le 15 décembre 2018.  BACH : Messe en si mineur; Cappella Mediterranea, Leonardo Garcia Alarcón. Crédit photographique © Gilles Abegg – Opéra de Dijon   
 
 

Comments are closed.