COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE, Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Zasso, Watson…LG Alarcon

Les oratorios de HaendelCOMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Leonardo Garcia Alarcon… Beaune poursuit avec bonheur son cycle Haendel, ce qui nous vaut, pour cette 37ème édition, Saül, le Dixit Dominus, et Serse. 48h après Namur, le Festival nous offre ce chef d’oeuvre sous la direction de Leonardo Garcia Alarcòn. Ecrit juste après Serse, que le festival produira le 19 juillet, c’est un oratorio, certes, par la volonté du compositeur de poursuivre ses succès en passant par l’église, mais certainement plus proche de la scène qu’on ne feint généralement de reconnaître. Tel n’est pas le cas de Leonardo Garcia Alarcon, car ne manquent que les décors et un metteur en scène, tant tous sont habités par leur personnage, pour en faire un véritable opéra.

 

 

A BEAUNE, UN SAUL INCANDESCENT

Chacun connaît l’histoire de David, de sa victoire sur Goliath, de l’amour de Jonathan, de la haine de Saül, auquel il succédera. Habilement, le librettiste a ajouté une figure féminine au texte biblique, Merab, dont il fait la sœur aînée de Michal, fille de Saül, que le roi veut unir à David. A la jalousie féroce du souverain à son endroit s’ajoutent donc la relation de David à Jonathan, mais aussi les sentiments amoureux des jeunes femmes.
L’ouvrage est l’un des plus ambitieux, des plus aboutis, du compositeur. Renonçant à l’opéra italien pour l’oratorio dramatique, il fait de ce dernier un opéra biblique d’une force expressive singulière. Si l’ouverture en donne le ton, les riches et majestueux anthems qui ouvrent et ferment l’ouvrage encadrent l’action. Celle-ci culmine à la troisième scène du premier acte, lorsque Saül laisse libre cours à sa haine à l’endroit de David, rentré vainqueur. L’autre sommet se situe, symétriquement, lorsqu’il consulte la sorcière d’Endor, qui va faire apparaître Samuel, lequel révélera au roi sa destinée funeste. Le chef a choisi de ne conserver qu’un entracte, qu’il a placé judicieusement entre les deux duos que partagent David et Mikal, la seconde partie étant ouverte par une ample symphonie avec l’orgue concertant. Quelques menues coupures n’altèrent pas l’œuvre.
Dominant tout l’ouvrage, Christian Immler est Saül, qu’il vit avec une intensité singulière. Tout est là pour ce rôle périlleux, où le roi, imbu de son pouvoir, jaloux, rageur, calculateur, sombre dans une folie meurtrière : voix sonore dans tous les registres, bien timbrée, projetée à souhait. Son engagement dramatique est exemplaire. Qu’attend un producteur pour le mettre en scène ? En pleine possession de ses moyens, Lawrence Zasso incarne magistralement David. La voix est puissante, chargé de séduction, souple et expressive, y compris jusqu’à son accès de violence où il fait exécuter le messager funeste. Dès son O godlike youth, Ruby Hughes impose cette figure attachante de Michal, fraîche, aimante mais aussi résolue. Merab, son aînée est ici complexe, impressionnante d’autorité, passant de l’orgueil à la compassion, Katherine Watson, dans son répertoire d’élection comme dans sa langue, donne chair à son personnage. Samuel Boden incarne avec justesse, ardeur et conviction la figure attachante de Jonathan. Ses accompagnati, ses nombreux récits, puis son air Sin not, o King, suivi de From cities storm’d sont autant de bonheurs. Les autres rôles sont dévolus aux artistes du chœur, en tous points remarquables, de la soprano solo à laquelle est confié le premier air (An infant rais’d) au Grand-prêtre. Une mention spéciale pour la sorcière d’Endor dont le timbre si surprenant, au service d’un récit et d’une invocation stupéfiante, ne laisse aucune ambigüité à son caractère maléfique, surnaturel. Le Chœur de chambre de Namur, dont on connaît l’excellence, se joue de toutes les difficultés de la partition pour une expression qui participe de la force de ce chef d’œuvre.
L’orchestre, seul (pour six interventions dont la célèbre marche funèbre) ou partenaire des solistes et du chœur, est également remarquable par ses qualités collectives, comme celles de chacun de ses musiciens. Le Millenium Orchestra nous offre ainsi des passages concertants où les solistes (orgue, flûte, harpe, violoncelle, bassons) se situent au meilleur niveau.
Leonardo Garcia Alarcon ne fait qu’un avec ses interprètes, et l’on perçoit de façon constante cette communion qui nous vaut cette réussite incontestable. La direction est claire, expressive, précise, attentive à chacun et à tous : un modèle. Le public, enthousiaste, leur réserve un triomphe

 

 
 

 

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COMPTE-RENDU, oratorio. BEAUNE (Festival), Basilique Notre-Dame, le 6 juillet 2019. Haendel : Saül. Leonardo Garcia Alarcon – Christian Immler, Lawrence Zasso, Samuel Boden, Katherine Watson, Ruby Hugues. Illustrations : © Jean-Claude Cottier

 

 

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