Compte-rendu, opéra. TOURS, Opéra, LOEWE : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Benjamin Pionnier / PE Fourny.

Compte-rendu, opéra. TOURS, Opéra, LOEWE : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Benjamin Pionnier / PE Fourny. Pour les fêtes de fin d’année et la soirée du 31 décembre 2017, l’Opéra de Tours affiche une production (déjà vue) de l’inusable lyrique signé Loewe : My Fair Lady (1956). Tout en français (dialogues et songs), l’ouvrage se présente ainsi en 5 dates, offrant sa séduction particulière, propre au Broadway des années 1950, entre mélodies suaves mais aussi critique vitriolée de la « bonne société londonienne » à l’époque du puritanisme victorien. On y rit comme on y savoure un féminisme juste qui épingle l’arrogance phalocratique et machiste de la société britannique. L’intrigue quant à elle, réalise ce basculement bien connu et toujours efficace sur la scène, où un parieur sûr de lui, – un rien suffisant, se prend à son propre piège…

 

 

 

Les aventures du professeur Higgins et de sa créature Eliza…
Pygmalion à Broadway

 

 
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L’ouverture indique clairement les intentions du chef Benjamin Pionnier, directeur du Théâtre : légèreté et efficacité, entrain et … profondeur. Dès les premières mesures, l’allant, l’humour, la finesse portent les 2 actes avec une verve bienheureuse où l’on suit pas à pas, les progrès de la jeune vendeuse de fleurs, Eliza Doolittle vers les cimes de la société mondaine la plus polissée ; elle s’évertue à maîtriser l’art du bien dire et du mieux parler, indices d’une âme bien née. Et pourtant à « singer » ainsi un rang qui n’est pas le sien, la jeune héroïne, aux réelles aptitudes de maintien et de déclamation aristocratiques, finit par perdre toute identité : est-elle objet ou sujet ? Qu’a-t-elle à gagner dans cette (fausse ascension sociale) qui l’enchaîne peu à peu à servir l’ambition de son mentor ?

Le divertissement de façade cache en vérité une lecture satirique très pertinente sur la liberté et le statut de la femme en Angleterre au XIXè. Et l’on demeure surpris de bout en bout par l’acuité du propos et la profondeur de l’analyse, sous le masque d’une comédie musicale apparemment décorative. Ainsi Frederick Loewe et son librettiste, Alan Jay Lerner signent-ils une œuvre à double face, à la fois séduisante et critique, parfaitement contemporaine du West Side Story de Bernstein (Broadway, 1957) : relecture tout aussi décapante voire désespérée du mythe de Roméo et Juliette.

M-Y-FAIR-LADY-loewe-opera-de-tours-critique-par-classiquenews-ballet-MFLG18-copyright-Marie-PetryDans My Fair Lady, chaque tableau collectif bénéficie d’un travail précis de la part des chanteurs du chœur de l’Opéra de Tours (dont plusieurs membres assurent les rôles secondaires), auxquels se joignent plusieurs danseurs : l’équilibre entre théâtre chanté et tableaux chorégraphiques est très réussi. Tout l’attrait dramatique repose sur le duo du mentor et de sa créature, qu’il façonne à sa guise : le professeur Higgins et la jeune et si vulgaire (en ses débuts) Eliza. Le premier (Jean-Louis Pichon) affine les traits du professeur phalo, misogyne, d’une rare arrogance : emblème de toute la caste virile britannique victorienne, coq suffisant, trop heureux de pouvoir mettre en pratique sa domination manipulatrice. Mais à ce jeu, le démiurge Pygmalion se prend à son propre piège. Car la subtilité et l’imagination expressive dont est capable la très convaincante soprano Fabienne Conrad dans le rôle titre (Eliza Doolittle), sait se rebiffer et reprendre le contrôle de sa vie après avoir été soumise et dominée : tout est révélé dans cette progression qui se dessine… où le dominateur vacille sous les traits de plus en plus enchanteurs de sa propre créature, Eliza. Il y a bien sûr un glissement fantasmatique propre à l’Angleterre victorienne dans cette relation entre deux générations : une jeune femme de plus en plus séduisante mais pauvre, et un vieux loup solitaire confortablement installé.
La partition comporte autant d’airs savoureux, souvent irrésistibles, que de saillies amères voire violentes (de la part justement d’Eliza qui se rebelle quand elle se sent incomprise / humiliée en tant qu’objet et faire valoir social). Loewe connaît son Kurt Weil, et le premier air (acte I) où la jeune femme oppressée imagine la mort de Higgins, surprend, en dévoilant la personnalité farouche, indépendante et entière de la future jeune Lady.
Parmi les rôles complémentaires, distinguons le ténor américain Scott Emerson (Freddy, le jeune aristo qui s’entiche d’Eliza aux courses d’Ascot) : il apporte en authentique chanteur de Broadway, la touche rafraîchissante, originelle, Outre-Atlantique ; comme les très engagés Oliver Grand (Doolittle père) et Philippe Lebas (le colonel Pickering, double du professeur Higgins, et initiateur du pari premier dont tout découle).

Ainsi les vertus d’un vrai bon spectacle sont-elles réunies à Tours en cette fin 2017 : verve en diable, séduction mélodique, chant incarné assurant plusieurs séquences théâtrales et lyriques très convaincantes. A l’affiche encore les 29, 30 et 31 décembre 2017. Illustrations : Opéra de Tours 2017 © M Péry.

 

 

 
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TOURS, Opéra. My Fair Lady de Friedrich Loewe
Comédie musicale – Paroles et livret d’Alan Jay Lerner
d’après la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw
Créée le 15 mars 1956 au Mark Hellinger Theatre de Broadway
avec Julie Andrews et Rex Harrison
Adaptation française d’Alain Marce

Mardi 26 décembre 2017 – 20h
Mercredi 27 décembre – 20h
Vendredi 29 décembre – 20h
Samedi 30 décembre – 15h
Dimanche 31 décembre 2017 – 19h

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

Eliza Doolittle : Fabienne Conrad
Henry Higgins : Jean-Louis Pichon
Colonel Hugh Pickering : Philippe Lebas
Alfred P.Doolittle : Olivier Grand
Freddy Eynsford-Hill : Scott Emerson
Mrs Higgins / Miss Hopkins : Coco Felgeirolles

Choeur de l’Opéra de Tours
Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Mise en scène & décors : Paul-Émile Fourny

Costumes : Dominique Burté
Lumières : Patrice Willaume
Chorégraphies : Élodie Vella et Jean-Charles Donnay

 

 
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