Compte-rendu, opéra. Rennes, Opéra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn.

Compte-rendu, opéra. Rennes, Opéra, le 15 mars 2017.Beethoven: Fidelio. Philippe Miesch / Grant Llewellyn. Alors qu’il vient tout juste d’être nommé à la direction d’Angers Nantes Opéra (fonction qu’il assumera dès janvier 2018), Alain Surrans – à la tête de celui de Rennes depuis douze années – propose actuellement dans son théâtre une coproduction entre les deux maisons (qui ne devrait faire qu’une, sous son impulsion, d’ici peu…) : Fidelio de Beethoven.

RENNES_FIDELIO-Laurent Guizard5

Confiée au plasticien strasbourgeois Philippe Miesch, la mise en scène ne restera pas dans les annales du Théâtre, mais il est vrai qu’une simple mise en espace était à l’origine prévue. Transposée à notre époque, la production ne nous fait grâce d’aucun des clichés à la mode depuis vingt ou trente ans, tel le bunker aux parois noires et suintantes, évoquant une dictature plus ou moins actuelle, décor par ailleurs unique qui vaudra donc pour les trois actes. Seuls moments de respiration, la lumière vive qui en transperce les parois lors de la sortie des prisonniers au grand air et au moment de l’heureuse résolution finale. Bref, pas le moindre élément ici pouvant ouvrir les portes d’une lecture approfondie, et il ne faudra pas non plus compter sur la direction d’acteurs – aussi statique que conventionnelle – pour éveiller notre intérêt.

Les bonheurs de la soirée sont ailleurs, et notamment dans la direction musicale de Grant Llewellyn, parfait à la tête de l’Orchestre de Bretagne dont il est le directeur musical : le chef galllois enflamme littéralement les différents pupitres – bien que quelques flottements du côté des cors soient à déplorer – et offre une lecture exaltée et passionnée de la sublime partition de Beethoven, à l’image de l’amour romantique et libérateur de Leonore et Florestan. Magnifique de plénitude et de musicalité se révèle également le Chœur de l’Opéra de Rennes (en fait composé de jeunes intermittents), superbement préparé par Gildas Pungier.

La distribution vocale apporte également son lot de satisfactions, dont se détache en premier la jeune soprano française Olivia Doray, dont la qualité et la rondeur du timbre lui permet de camper une Marzelline de grand relief, tandis que l’actrice se révèle plein de charme, avec un engagement émouvant. Dans le rôle-titre, la suissesse Claudia Iten fait valoir un timbre plus mince que celui que l’on attend généralement ici, avec par ailleurs un timbre assez métallique et des aigus souvent forcés, mais son tempérament nerveux et l’urgence de son chant la rendent néanmoins très humaine. Dans le rôle de Florestan, le ténor allemand Martin Homrich se montre capable de rendre justice à l’écriture périlleuse de son air du II « Gott, welch Dunkel hier !», avec un beau mélange de lyrisme et d’héroïsme extrêmement convaincant. Le baryton russe Anton Keremidtchiev campe un Pizzaro sonore et autoritaire, comme le veut la tradition, tandis que l’allemand Christian Hübner incarne un Rocco faible et touchant, mais avec une émission étrange, souvent à la limite de la justesse. Enfin, si le Jaquino du ténor allemand Andreas Früh paraît un peu pâle, le Don Fernando de Philippe-Nicolas Martin captive, quant à lui, par la conjonction de la beauté du timbre et de l’élégance du phrasé.

____________________

Rennes. Opéra. 15 mars 2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, singspiel en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand von Sonnleithner d’après Léonore ou l’Amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scène, scénographie et costumes : Philippe Miesch. Lumières : François Saint-Cyr. Avec : Martin Homrich, Florestan ; Claudia Iten, Leonore ; Anton Keremidtchiev, Pizzaro ; Christian Hübner, Rocco ; Olivia Doray, Marzelline ; Andreas Früh, Jaquino ; Philippe-Nicolas Martin, Fernando. Chœur de l’Opéra de Rennes (direction : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Grant Llewellyn. Illustration : © Opéra de Rennes / Laurent Guizard

Comments are closed.