Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra de Reims, le 10 décembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Fabienne Conrad, Jean-Louis Pichon, George Beller, Mathieu Lécroart, Raphaël Brémard… Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scène.

Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra de Reims, le 10 décembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Benjamin Pionnier, direction musicale. Paul-Emile Fourny, mise en scène. Après avoir fait les beaux soirs des Opéras de Metz, Avignon et Massy, c’est à l’Opéra de Reims que la production imaginée par Paul-Emile Fourny de My Fair Lady – la célèbre comédie musicale de Frederick Loewe – était proposée. Créé à Broadway en 1956 (et représenté plus de 2700 fois in loco depuis !). Popularisé par le film de George Cukor (1964), ce musical s’est imposé dans le monde entier. Même s’il détourne quelque peu le Pygmalion de George Bernard Shaw, dont il s’inspire, le livret d’Alan Jay Lerner est un roc ; la partition de Loewe lui offre une parure étincelante, des airs qui mêlent adroitement le charme et l’humour, et qui n’ont pas pris une ride.

my fair lady loewe opera de reims pionnier fernyA propos de la version française, ici retenue, on peut certes préférer l’accent Cockney à la gouaille cht’i, et avoir en tête les airs en anglais, mais force est de constater que cette mouture imaginée par Alain Marcel ne manque pas d’attrait. Le même qualificatif peut s’appliquer au travail du metteur en scène belge Paul-Emile Fourny – actuellement à la tête de l’Opéra de Metz – qui signe également les beaux décors qui sont autant de clins d’œil à la ville de Metz… puisqu’on y reconnaît l’Opéra, comme les Halles ou encore une célèbre brasserie locale. Une mention doit également être faite pour les superbes costumes conçus par Dominique Burté. La direction d’acteurs est à l’avenant, précise et enlevée, en total accord avec l’esprit de l’ouvrage.

La distribution de chanteurs-acteurs réunie à Reims, entièrement française, s’avère en tout point formidable, d’une évidente justesse dans la caractérisation de leur personnage, avec une même facilité et un même naturel dans le chanter comme dans le parler, au point où on oublie très vite le recours à l’amplification des voix au moyen d’un micro. Aucun problème pour Raphaël Brémard, Freddy de grande classe et dont la passion pour Eliza est dévorante, ni pour Mathieu Lécroart dont l’Alfred Doolittle est épatant, éboueur truculent à la faconde inépuisable. A leurs côtés, George Beller a de l’autorité et du style en Colonel Pickering, Marie-Emeraude Alcime de la verve et de la truculence en Mrs Pearce, tandis que Sylvie Bichebois incarne une Mrs Higgins mère éminemment distinguée.

Dans le rôle de Eliza Doolittle, Fabienne Conrad passe avec brio de l’accent ch’ti au parler affecté de la haute société, chante remarquablement bien (ses aigus rayonnants donnent envie de l’entendre dans les grandes héroïnes du répertoire lyrique) et séduit sans peine son mentor, le récalcitrant et misogyne Henry Higgins, incarné ici par le protéiforme homme de théâtre Jean-Louis Pichon. On le savait grand « dénicheur » de (nouvelles) voix, metteur en scène talentueux, directeur de théâtre avisé, et on le découvre excellent comédien et remarquable chanteur, alliant élégance scénique et diction parfaite. Cet homme a décidément tous les talents…

Enfin, si l’Orchestre de l’Opéra de Reims n’est pas toujours d’une précision exemplaire, le jeune chef français Benjamin Pionnier – directeur général et musical de l’Opéra de Tours – ne lui laisse cependant aucun répit et l’entraîne dans une danse irrésistible. Le public rémois ne boude pas son plaisir et fait une incroyable fête à tous les artisans de cette formidable soirée !

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Compte-rendu, Opéra. Reims, Opéra de Reims, le 10 décembre 2016. Frederick Loewe : My Fair Lady. Avec Fabienne Conrad (Eliza Doolittle), Jean-Louis Pichon (Henry Higgins), George Beller (Colonel Pickering), Mathieu Lécroart (Alfred Doolittle), Raphaël Brémard (Freddy), Sylvie Bichebois (Mrs Higgins), Marie-Emeraude Alcime (Mrs Pearce). Paul-Emile Fourny, mise en scène et décors ; Elodie Vella-Pionnier (chorégraphie classique), Jean-Charles Donnay (chorégraphie claquettes et danse), Patrice Willaume (lumières), Dominique Burté (costumes). Chœurs ELCA. Orchestre de l’Opéra de Reims. Benjamin Pionnier, direction musicale.

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