Compte rendu, Opéra. Reims, le 19 avril 2016. Mitterer : Marta. Elsa Benoit. Ictus. Power / Lagarde

Marta Mitterer elsa benoit critique compte rendu classiquenewsCompte rendu, Opéra. Reims, le 19 avril 2016. Mitterer : Marta. Elsa Benoit. Ictus. Power / Lagarde. A l’origine, Marta est une commande de l’Opéra de Lille, passée au compositeur autrichien contemporain Wolfgang Mitterer (né en 1958), et créée in loco en mars 2016. L’Opéra de Reims reprend l’ouvrage à l’élocution vocale irréprochable, servie par une distribution indiscutable, laquelle claire et limpide, audible et intelligible illumine une action noire, tragique et fatale. L’histoire d’après le livret en allemand de Gerhild Steinbuch, traduit (affadi?) en anglais narre l’épopée dérisoire des enfants d’une ville tous sacrifiés. Dans ce drame plus introspectif que narratif et dynamique, des séquences courtes haletantes, des épisodes spectaculaires, sorte de précipités d’un souffle réel, marquent les esprits : ainsi celui de la protagoniste Marta, seul enfant qui reste, emprisonnée/protégée dans une cage en verre par sa mère, cage qui compose comme un grand monolithe noir rectangulaire, très épuré, lisse comme un gemme brillant… on notera aussi l’impact sonore, suggestif des sons spatialisés tout au long du spectacle, associant aux timbres des instruments de l’orchestre, le goutte à goutte d’une caverne réverbérée… tout cela construit un spectacle hypnotique et inquiétant, onirique et terrifiant dont la tension nous rappelle l’autre excellent opéra contemporain plutôt intimiste et lui aussi sur le sang des innocents : La rose blanche, proposé par Angers Nantes Opéra et repris en mai 2016 par l’Opéra national de Lorraine à Nancy.

L’action y atteint un rythme shakespearien : les parents (êtres rongés par leurs secrets inavouables) puis le capitaine (vraie graine de tyran) meurent, jusqu’à Marta qui certes parvient à s’extraire de ses entraves pour régler ses comptes, mais s’immole en dernier.
Comme Iolanta de Tchaikovski, il s’agit de mettre en avant un monde pétrifié, grâce à la révélation qui irradie brutalement la jeune fille, seule rescapée de l’infanticide collectif, à laquelle on avait tenu caché sa véritable origine.

Les 11 musiciens de l’ensemble Ictus expriment toutes les stridences du drame inepte ; tous les chanteurs sur le fil, nuancent toutes les facettes d’un chant libre, en souffrance, qui mesure ses effets et reste très efficace. Elsa Benoit fait de Marta, une figure saisie, obligée à l’action, à la fois sidérée et active, irradiant un éclat centrifuge depuis ce point axial où elle s’expose en poupée idôlatrée, puis s’émancipe incarnée, figure de l’élan, de l’action libératrice, dût-elle en mourir.
On est loin du théâtre formaté, lisse et purement divertissant. La réussite est totale et laisse persistant, le sentiment d’une relecture critique pour en mieux comprendre les multiples enjeux.

Compte rendu critique, opéra. Reims, Opéra, le 19 avril 2016. Wolfgang Mitterer : Marta, création.

Mise en scène : Ludovic Lagarde
Direction musicale : Clément Power

Marta : Elsa Benoit
Grot, père de Marta : Georg Nigl
Ginevra, Reine, mère de Marta : Ursula Hesse von den Steinen
Arthur, Roi : Martin Mairinger
Captain : Tom Randle

Les Cris de Paris / direction : Geoffroy Jourdain
Ensemble Ictus

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