Compte rendu, opéra. Parme, le 5 octobre 2017. Verdi : Falstaff : de Candia… Frizza / Spirei.

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitCompte-rendu, opéra. Parme, le 5 octobre 2017. Verdi : Falstaff : de Candia… Frizza / Spirei. Nation profondément mélomane, l’Italie encourage sa jeunesse à se cultiver. Si de nombreux jeunes italiens ne sont pas spécialement attirés par l’art lyrique, ils reçoivent une solide formation culturelle et musicale dès leur plus jeune âge. D’autre part, tout au long de la saison parmesane des spectacles sont organisés pour les tous petits (à partir de 3 ans) et pour les adolescents autour des œuvres programmées au Teatro Regio. En plus de ces introductions aux spectacles, les deux dernières répétitions, la colonelle et la générale sont ouvertes au public, dont l’une, la colonelle, aux jeunes de moins de trente ans. C’est donc une batterie de mesures qui sont mises en place à destinations des publics les plus jeunes, pour leur permettre d’accéder très tôt à la culture sous toutes ses formes. Et d’ailleurs, un spectacle pour les tout petits, de 3 à 6 ans, était organisé autour de Falstaff le vendredi matin (le 6 octobre) en fin de matinée. Les bambins sont venus nombreux en famille ou avec leurs instituteurs.

Falstaff : Les joyeuses commères de Windsor
arrivent au Teatro Regio de Parme

Comme en 2016, les responsables du Teatro Regio de Parme ont programmé quatre opéras dont deux raretés. Falstaff est l’ultime opéra de Giuseppe Verdi (1813-1901). Pour terminer sa longue carrière, le vieux maître se lance dans un style qui ne lui est pas habituel : la comédie. Avec son librettiste, Arrigo Boito, qui est aussi un compositeur reconnu, il utilise deux pièces de William Shakespeare : Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV. Après le Falstaff de 2013, mis en scène et chanté par Renato Bruson, voici en octobre 2017, une nouvelle production qui réunit une distribution presque exclusivement italienne, menée par Roberto de Candia en grande forme.

Falstaff n’est pas de ces opéras faciles à mettre en scène, tant il ne faut pas verser dans l’excès : pas trop d’effets de manche, mais pas non trop de lenteurs. L’ultime chef d’œuvre de Verdi est plein de vie, et les quelque moments plus lents, notamment lorsque Falstaff rentre chez lui après son bain forcé dans la Tamise, sont autant de pièges tendus au metteur en scène. Jacopo Spirei parvient à éviter les obstacles et donne une lecture réussie de Falstaff sans verser dans l’excès. Il est aussi aidé par une distribution de comédiens chanteurs qui se connaissent bien et qui utilisent ses indications pour en rajouter sans exagérer dans un sens ou dans l’autre. Nous regrettons quand même que les costumes et les décors soient contemporains ; en effet, les costumes ne sont pas forcément très adaptés à chacun, notamment Nanetta qui paraît bien disgracieuses en jupes trop courtes et vilains collants. Et Falstaff si fier de son rang de chevalier se retrouve privé de son épée. Quant aux maisons, elle n’ont rien de maisons correspondant au statut des grands bourgeois du XVIe siècle. Seul le parc mérite l’attention, encore qu’il soit incompréhensible que la chambre des Ford reste en place et que la maison de Meg ne disparaisse pas complètement.

Vocalement, la distribution réunie pour cette nouvelle production est excellente. Roberto de Candia que nous avions apprécié en Fra Melitone (La forza del destino, festival Verdi 2014) revient sur la scène du Teatro Regio pour incarner Falstaff. Excellent comédien, il passe de l’espoir le plus fou à la tristesse la plus profonde, et du grand amour à la sérénité une fois assimilée la leçon que voulaient lui donner les joyeuses commères. Bien qu’il n’ait que des ébauches d’air « Ehi paggio … L’onore ! Ladri ! » au premier acte et « Mondo ladro ! Mondo rubaldo ! Reo mondo ! » au troisième, il les interprète sans faiblesse passant de l’indignation à la tristesse; la duperie des commères qui le jettent dans la Tamise avec le linge de la maison ne le met  pas en colère mais suscite une réelle incompréhension, avec une aisance certaine.

Annoncée souffrante dès le début de la soirée, Amarilli Nizza campe une Alice Ford drôle, fourbe, retorse au caractère bien trempé. Déterminée à punir Falstaff de sa forfanterie et à se venger de Ford, un peu trop jaloux et  autoritaire, la femme courtisée et l’épouse vengeresse leur donne leçon sur leçon jusqu’à ce qu’ils comprennent que c’est elle qui décide et pas eux. Vocalement, si elle a pu être malade, cela n’est pas si évident tant elle passe d’un registre à l’autre sans effort ; tout au plus reste-t-il quelques scories du virus qui l’a handicapée le soir de la 1ère, sans plus. Giorgio Caoduro qui incarne Ford, réalise une prise de rôle idéale. Il a exactement la voix du personnage et s’il se montre jaloux, retors et sans scrupules, il a bien du mal à rivaliser avec Alice qui lui inflige quelques cuisantes leçons de savoir-vivre. Aux cotés du couple infernal, se trouve la Mrs Quickly de Sonia Prina. Aussi infernale, dans le bon sens du terme, que Ford et Alice, elle se délecte de tous les mauvais tours qu’elles jouent toutes ensemble à Falstaff et à Ford en servant de messagère auprès du premier et de chaperon bienveillant auprès de Nanetta et de Fenton au détriment du second ; allant même jusqu’à faire changer de costumes Nanetta et Bardolfo juste avant la cérémonie voulue par Ford. Prina maîtrise parfaitement son instrument sans jamais forcer ni tenter de grossir une voix naturellement sombre. La Meg Page de Jurgita Adamonyte n’est pas en reste pour se venger de Falstaff, ce « balourd » qui la courtise en même temps qu’Alice, adressant aux deux femmes une lettre d’amour identique en tous points. Vocalement Adamonyte ne démérite pas ; la voix est saine large, parfaitement maitrisée. Si la Nanetta de Damiana Mizzi ne manque ni de piquant ni de caractère, son amoureux, le Fenton de Juan Francisco Gatell paraît plus en retrait avec une voix un peut courte pour une salle pourtant de taille moyenne (1200 places). Grégory Bonfatti (Docteur Caius), Andrea Giovanini (Bardolfo) et Federico Benetti (Pistola) complètent avec bonheur une distribution qui n’a rien à envier à celle de 2013.

Dans la fosse, la Filarmonica Arturo Toscanini est dirigée par Riccardo Frizza. La musique pétillante de Verdi est fort bien  interprétée, même si on peut regretter qu’à une ou deux reprises l’orchestre ait couvert les chanteurs, à commencer par Gatell. Quant au chœur, il est une fois de plus excellent, malgré un finale un peu ridicule.

Cette nouvelle production de Falstaff qui ne manque pas de qualités, en grande partie grâce aux chanteurs, gagnerait des précieux points avec des costumes mieux adaptés (surtout pour Nanetta, bien mal servie) et des décors plus adéquates.

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Parme. Teatro Regio, le 5 octobre 2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Falstaff, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV de William Shakespeare. Roberto de Candia, Falstaff, Amarilli Nizza, Alice Ford, Giorgio Caoduro,  Ford, Damiana Mizzi, Nanetta, Francisco Gatell, Fenton, Sonia Prina, mrs Quickly, Jurgita Adamonyte, Meg Page, Grégory Bonfatti, Dr Caius, Andrea Giovanini, Bardolfo, Federico Benetti, Pistola. Filarmonica Arturo Toscanini, choeur du Teatro Regio de Parme, Riccardo Frizza, direction. Jacopo Spirei,mise en scène, Nikolaus Webern, scénographie, Silvia Aymonino, costumes; Fiametta Baldisers, lumières.

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