Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, le 30 novembre 2014. Giacomo Puccini : La Bohème. Ana Maria Martinez, Piotr Beczala, Mariangela Sicilia, Tassis Christoyannis… Orchestre et choeurs de l’opéra. Sir Mark Elder, direction. Jonathan Miller, mise en scène.

DVD. Puccini: un séduisant Trittico (Opus Arte)La Bohème revient à l’Opéra de Paris pour cette fin d’automne et pour Noël ! La production nostalgique et classique de Jonathan Miller datant de 1995 est reprise avec deux distributions de chanteurs. L’histoire adaptée des « Scènes de la vie de Bohème » de Henri Mürger (1849) présente des tableaux où s’illustrent les aventures et mésaventures des bohèmes du Paris des années 1830. Elle est racontée musicalement par les Choeurs et l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, sous la direction musicale du chef Sir Mark Elder.

Equilibre parfait entre gaîté et tristesse

Giacomo Puccini (1858 – 1924) n’est pas encore totalement abandonné dans l’ébullition violente et créative du vérisme de ses œuvres plus tardives comme Madama Butterfly, La Tosca, La Fanciulla del West quand il crée La Bohème en 1896. Il commence la composition en 1893 (il donne lui-même cette précision dans sa polémique avec Leoncavallo, auteur d’une Bohème presque contemporaine) et l’oeuvre reçoit un accueil favorable sans reproduire pourtant l’enthousiasme déchaîné par Manon Lescaut. La critique a été plus partagée, certains y voient la fin de la carrière de Puccini et d’autres y voient le chef-d’oeuvre absolu de l’Italien.

Ce soir, la production classique de Jonathan Miller avec la direction so British de Sir Mark Elder, permet de constater davantage qu’il s’agît d’un bijou lyrique de grande originalité (pour son époque, bien évidemment). La Bohème captive donc par ce mélange savant, mais surtout sensible, de tristesse et de gaîté, entre réalisme et impressionnisme, avec son lyrisme passionné incontestable et une description méticuleuse des caractères.

La distribution des chanteurs regroupe plusieurs artistes investis, complices. Le quatuor initial des bohèmes dans leur mansarde, au froid, évoque déjà une certaine nostalgie au sourire timide, celle de la vie d’artiste et d’étudiant. Les tubes lyriques dont l’oeuvre est riche commencent avec « Che gelida manina » chanté par Piotr Beczala dans le rôle de Rodolfo. Il inspire tout de suite frissons et applaudissements qui augmenteront et continueront avec le « Si, mi chiamano mimi » de Mimi, interprété par la soprano Ana Maria Martinez. Ils ferment le premier tableau avec le duet d’amour « O soave fanciulla », bizarrement un peu moins touchant que les solos précédents.

La Musetta de Mariangela Sicilia est la vedette au deuxième tableau, avec une prestation piquante, très réussie de sa chanson « Quando m’en vo ». Le tableau global est une réussite en vérité, musicale et théâtrale. Les bohèmes se trouvent dans un café du quartier latin où ils s’amusent à être fabuleux. Et fabuleuses sont aussi les prestations ! Quelle verve et quelle sensibilité musicale, quel fantastique travail d’acteur ! Au troisième tableau, le plus sombre, nous avons droit au « Donde lieta usci » de Mimi d’un sentimentalisme à briser les cœurs, continuation naturelle des frissons amorcés. Dans cet acte, Martinez régale l’audience avec une certaine profondeur de caractère qui relève de la tragédie, par sa force et sincérité, mais qui reste indéniablement proche de l’auditeur contemporain : Mimi, dans l’isolement glacial et le froid méchant de l’hiver parisien d’autrefois, retourne seule vers le nid solitaire d’où elle est sortie (sa chambre de bonne) en faisant ses adieux, sans rancune… C’est au quatrième et dernier tableau qu’elle meurt de froid dans la mansarde des bohèmes, dans les bras d’un Piotr Beczala très touchant.

Insistons également sur les performances si sensibles de Tassis Christoyannis (que nous sommes toujours contents de voir et entendre) en Marcello, le peintre, ou encore celles d’Ante Jerkunica et Simone del Savio, respectivement le philosophe et le musicien.

La direction de Sir Mark Elder est souvent pétillante et légère. Si l’orchestration de Puccini paraît souvent disparate et peu sophistiquée, elle est toujours très efficace (et ce malgré des incohérences parfois frappantes!). Dans ce sens, les instrumentistes offrent à l’auditoire une performance touchante, sans excès. Si nous avons trouvé les changements de tableaux d’une longueur presque insupportable, nous gardons le meilleur des souvenirs pour la mise en scène à la fois économe et somptueuse de Miller. Nous invitons tous nos lecteurs à vivre et revivre l’histoire des bohèmes; vous vous laisserez séduire et toucher comme.nous par le roman des étudiants et des artistes amoureux lors d’une soirée extraordinaire. Encore à l’Opéra Bastille les 2, 4,6, 9, 11, 13, 15, 18, 21, 23, 26, 28 et 30 décembre 2014 (deuxième distribution à partir du 15).

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