COMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda

mefistofele mephistopheles de boitoCOMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda. Première du Mefisto de Boito totalement réussie ce 5 juillet 2018 à Orange avec à la clé, une belle frayeur dans le déroulement scénique, prenant au piège les deux protagonistes installés sur une nacelle capricieuse et particulièrement instable…
Quel dommage que l’ouvrage n’ait pas été retenu pour être diffusé sur France 3 cette année : frileuse devant un tel spectacle, spectaculaire, viril, fantastique, … parfois grandiloquent mais si intense et poétique; la direction des programmes  de la chaîne publique a préféré se rabattre sur Le barbier de Séville, plus connu, mieux digeste… Dommage vraiment. Car la nouvelle production de ce chef d’oeuvre inclassable et colossal voire pharaonique d’Arigo Boito, jeune tempérament lyrique qui voulait en démontrer à Verdi (et qui finit par travailler avec lui… comme librettiste réviseur de Simon Boccanegra ; poète dramaturge pour Otello et Falstaff) a magnifiquement réussi son entrée aux Chorégies d’Orange, ce 5 juillet 2018.
Les spectateurs en auront eu pour leurs frais et même au-delà, se payant même une sacrée frayeur en cette soirée où les deux protagonistes, perchés sur une nacelle de plus en plus instable et branlante ont bien failli tombé : incident regrettable qui montre combien les effets de mise en scène exigent des interprètes d’ahurissantes prises de risques. Qu’importe, les deux chanteurs ramenés sur la scène, ont peu faire un tour de piste, recueillant les applaudissements nourris de spectateurs rassurés.

VOIR la vidéo de la séquence malheureuse où Faust / Mefistofele sont pris au piège d’une nacelle au sol lumineux, mais totalement instable :

https://www.youtube.com/watch?v=ydhLIC46GZY

 
 
 

ORANGE 2018 :

Erwin Schrott fait triompher la magie fantastique
du Mefistofele de Boito

 
 
 

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Jean-Louis Grinda, nouveau directeur à  Orange et qui met aussi en scène cet inédit au Théâtre Antique, a réussi son coup : car la production demeure visuellement convaincante, trouvant en Jean-François Borras (Faust) et l’ex compagnon d’Anna Netrebko, le baryton urugayen Erwin Schrott (fabuleux, noir, bestial mais fin, Mefistofele), deux chanteurs solides, exprimant chacun le relief et la profondeur de leur personnage respectif. On pourrait cependant regretter que le format vocal de Borras peine à se faire entendre dans les tutti : voix frêle évidemment dans cette fresque aussi fulgurante que démesurée… mais très juste à l’instant de sa mort en fin d’action.

JL Grinda gagne indiscutablement à développer une mise en scène avec décors : intelligible, qui éclaire sans confusion ni idées conceptuelles fumeuses, chaque tableau : on passe de la première scène du pari Dieu / Mefistofele, au pacte pendant le carnaval chamarré du temps de Pâques; puis des éthers angéliques à la scène d’amour avec Marguerite, sa perdition, puis au tableau antique de la belle Hélène, sans heurts, avec clarté même : Faust juvénilisé paraît de plus en plus, absent, blasé et foudroyé aussi par la mort de Marguerite ; Mefistofele éblouit par son éclat noir, manipulateur en diable et d’une facétie de chaque instant. Il est vrai que la plastique du viril et sanguin Schrott, tient de Ruggiero Raimondi : une mâle présence, entier, cynique, qui fait de ses Don Giovanni et donc ici Mefistofele, des incarnations réellement stimulantes.
Usée, au timbre sourd et voilé, sans franchise et guère audible, Béatrice Uria-Monzon déçoit. Le vrai pilier de cette distribution demeure Erwin Schrott, à l’aise, dominant un rôle qu’il connaît parfaitement, taillé pour sa présence expressionniste : l’acteur chanteur y est constamment convaincant comme on la dit. Et jusqu’à la fin, qui marque son échec : Boito exprime jusqu’à son terme l’épopée de Faust et de Mefisto, là où Berlioz puis Gounod ont surtout illustré la première partie du texte de Goethe, s’arrêtant aux amours de Marguerite. Il est donc captivant de produite sur la scène cet ouvrage qui clôt définitivement l’histoire démoniaque et les tentations humaines.

Jean-Louis Grinda avait confié la direction musicale de son Tannhäuser à Monte Carlo, à la chanteuse devenue cheffe, Nathalie Stutzmann : l’équipe se retrouve donc sur ce Mefisto de Boito dans le format, les scènes collectives puissantes s’adaptent idéalement à l’immensité du théâtre antique ; saluons la direction assurée et claire, comme architecturée de la musicienne qui pilote efficacement les troupes réunies pour un opéra à l’échelle du colossal.

 
 
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COMPTE RENDU, Opéra. Orange, Chorégies, le 5 juillet 2018. BOITO : Mefistofele. Borras, Schrott, Grinda / Illustrations : Erwin Schrott (Mefistofele), magicien démoniaque au charisme évident (DR)

 
 
 
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APPROFONDIR

Les amateurs de l’oeuvre, consulteront avec profit le DVD édité par Athaus récemment, enregistré à Munich en 2015, avec un excellent duo Mefistofele et Faust : René Pape / Joseph Calleja dans la mise en scène de Roland Schwab :

mefistofele-boito-opera-munich-rene-pape-joseph-caleja-dvd-critique-review-cd-classiquenewsCLIC_macaron_2014DVD, compte rendu critique. BOITO : Mefistofele. Pape, Calleja, OM Wellber (1 dvd C major 739208, 2015). En 4 actes, l’ouvrage de Boito assemble les meilleurs éléments de son indiscutable génie dramatique et lyrique. D’abord créé en 1868 à Milan, puis remanié, recréé à Bologne en 1875, enfin recréé à Milan en 1881, Mefistofele est l’aboutissement d’un travail pharaonique réalisé par le librettiste devenu compositeur, toujours soucieux d’honorer sans la dénaturer la source goethéenne qu’il entend servir. Il compose mais écrit aussi le texte de son ouvrage, œuvre de toute une vie. Hélas trop peu jouée car les effectifs y sont démesurés et les parties des solistes redoutables. Plus d’un s’y sont cassés les dents (et la voix). EN LIRE +

 

  
 
 
 
 

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