Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 25 mai 2016. Svadba, d’Ana Sokolovic (2011, création française : Aix en Provence, juillet 2015). Florie Valiquette, Milica

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 25 mai 2016. Svadba, d’Ana Sokolovic (2011, création française : Aix en Provence, juillet 2015). Florie Valiquette, Milica. Si vous tapez sur le net « SVADBA » (Noce en bulgare), vous tombez immanquablement sur des centaines de photographies avantageuses de jeunes couples enamourés aux poses suaves : c’est du rêve et du glamour, à la santé insolente qui s’étale sans complexes, parfois outrageusement. Sur les planches de l’Opéra de Nantes, rien de tel. Un théâtre épuré, japonisant, aux mouvements et gestuelle millimétrés, sous une lumière ténue, suggestive, feutrée qui les font paraître presque graves. Tout relève ici de l’allusion et de la suggestion, de la pudeur surtout à travers un jeu physique fluide dans sa continuité ; grâce aussi à une vocalité permanente, séduisante, implorante, sensible… d’une tenue parfois sidérante : allitérations, accents, murmures, onomatopées, répétitions de mots, repris a voce sola, en duo, par toutes les voix. Mais c’est un cercle restreint tout au long de ce drame de la pudeur où 6 voix de femmes jouent la plus profonde polyphonie humaine que l’on ait vue, sous la direction du jeune chef, à la métrique gestuelle d’une impeccable précision, Sébastien Boin.

 

 

 

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Svadba, une polyphonie de la pudeur à 6 voix

 

 

La compositrice Ana Sokolovic née à Belgrade en 1968 signe dans ce spectacle créé en 2011, – de moins d’une heure-, une épure fascinante qui va crescendo, de l’enthousiasme insouciant au cri final, solitude déchirante dans le silence, expression d’une inquiétude qui porte cependant tout le déroulement de cette ronde de jeunes filles en fleurs. Car s’il s’agit de la veillée d’une future mariée, – divagation synthétique de toute une vie de jeune fille qui à présent se doit de passer à l’âge adulte, jamais le nom de l’époux n’est cité ; ni la relation que la jeune Milica entretient avec lui : mariage arrangé et donc forcé, noces d’amour et de tendresse partagée ? Ni les vrais sentiments qui inspirent et portent la jeune épousée : est-elle heureuse, est-elle triste ? Tout cela à la fois sans que l’on sache vraiment ce qui se jouera demain. Rien n’est précisé et c’est dans ce vide criant, cette incertitude de plus en plus lourde que s’insinue la charge poétique d’un spectacle déchirant. Saluons le sens de la nuance, – ce dernier cri final idéalement énoncé, incarné par Florie Valiquette qui interprète avec une intensité filigranée la figure centrale de la mariée, Milica. Sur le plateau, les corps forment arabesques ; les voix se conjuguent en une compréhension plus grave que ne le laisse supposer les apparentes joutes collectives. On pense au sacrifice d’une vierge, à la barbarie tenue silencieuse de sociétés archaïques, car au fond, Milica est-elle véritablement heureuse ce soir ? Tant il y a dans son jeu propre et dans la figuration de ses amies, de la nostalgie, du regret, de la tristesse contenue. Elles sont mobiles et presque amusées, mais tellement contraintes. Ce plateau ressemble à une arène. Et la fiancée à marier est l’agneau que l’on va immoler.     4670146_7_4194_les-six-actrices-de-svabda-sur-scene-le-27_554e507ab34f5d92e96d77ce14f26533C’est dans ce repli de la pudeur que se déploie la force visuelle et scénique de cet opéra créé en France lors du dernier festival d’Aix en Provence (été 2015) et que reprend avec raison, Angers Nantes Opéra dont on applaudit toujours le discernement artistique majeur. Reste qu’il est incroyable qu’aucune scène parisienne et francilienne n’ait eu la curiosité de programmer cette perle vocale de moins d’une heure… Pour tous ceux qui n’ont pas vu sa magie collective, sa justesse onirique, il faut absolument en mesurer la délicate gravité en répondant à l’offre d’Angers Nantes Opéra. A ne pas manquer au Grand Théâtre d’Angers, les dimanche 29 (14h30) et mardi 31 mai 2016 (20h). RÉSERVER

 

 

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distribution DIRECTION MUSICALE: SÉBASTIEN BOIN – MISE EN SCÈNE: TED HUFFMAN ET ZACK WINOKUR – DÉCOR ET COSTUMES: SAMAL BLAK – LUMIÈRE: MARCUS DOSHI avec Florie Valiquette, Milica Liesbeth Devos, Danica Beate Mordal, Lena Pauline Sikirdji, Zora Anna Destraël, Nada Mireille Lebel, Ljubica et Raphaël Simon, percussions.

 

 

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Illustrations : 1 et 3 : © Jef Rabillon pour ANGERS NANTES Opéra 2016

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