Compte rendu, opéra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Amarillis

double-coquette-angers-nantes-opera-presentation-critique-compte-rendu-classiquenewsCompte rendu, opéra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Amarillis. C’est la dernière production présentée par Angers Nantes Opéra pour sa saison 2017 – 2018. Voilà un mixage lyrique intelligent entre baroque et contemporain qui interroge comme rarement la nature et l’identité du désir. L’esprit du XVIIIè, celui du travestissement et du quiproquo, propres à tisser en complicité avec le public, plusieurs situations cocasses, piquantes, souvent délicieusement comiques est parfaitement assimilé, cultivé, … complété … par un texte subtile signé Pierre Alferi (2014). Les 32 ajouts musicaux du compositeur Gérard Pesson sur la trame musicale d’Antoine Dauvergne, – l’un des meilleurs suiveurs de Rameau et champion de la veine buffa à Paris, au début des années 1750, alors en pleine affaire de la Querelle des Bouffons, commentent, recontectualisent, prolongent avec finesse la partition originelle de 1753 (La Coquette trompée). Le passage se fait grâce au continuo des 11 instrumentistes d’Amarillis, où brillent entre autres l’éclat mordoré des 2 cors naturels, et le joyeux, facétieux caquetage en diable des hautbois et du basson, d’un parfait équilibre sonore.

 

 

 

Comédie délirante, liberté du genre

 

 

Spectacle créé en décembre 2014 déjà à Besançon, cette Double Coquette s’est maintenue sur la scène, au cours d’une tournée consistante en France et jusqu’à Hong Kong (mai 2015) car le spectacle joue habilement des formes musicales du XVIIIè à nos jours, exploitant avec beaucoup de tact et d’équilibre toutes les ficelles de la comédie bouffe, mariée à la Commedia dell’arte et l’esprit des tréteaux. Les amateurs avertis savent l’apport du cd déjà critiqué sur classiquenews.

Angers Nantes Opéra : LA DOUBLE COQUETTE, l'ovni lyrique !Que vaut le cycle global sur la scène ? Avec à propos et finesse, l’action souligne l’intelligence féminine à l’oeuvre ; c’est le triomphe de la liberté du désir, surprenante dans son cheminement imprévu ; Florise souhaite se venger de son fiancé désigné Damon qui la trompe avec Clarice. En se travestissant en homme, pour mieux tromper et confondre la faiblesse déloyale de sa rivale (Clarice), Florise à moustache donc, suscite l’amour véritable de sa proie (Clarice) et les deux femmes quittent la scène main dans la main (liberté prise avec le livret du XVIIIè), au grand dam du fiancé, que l’on voulait punir. L’admirable texte poétique d’Alferi comme la musique toute en teintes feutrées de Gérard Pesson, offrent le meilleur écrin en résonance aux formes classiques et d’un tonus vivaldien du dénommé Dauvergne.
Les 3 comédiens excellent dans cette farce attendrissante et légère qui pourtant défend la liberté du genre contre le cloisonnement de la pensée étroite. Ici deux femmes peuvent se découvrir et s’aimer librement en rupture avec la convention sociale. Impertinence et poésie rafraichissante particulièrement défendue par le soprano pétillant de Maïlys de Villoutreys (élève d’Alain Buet), – libertaire et libertine voire délirante Clarice (avec sa robe impossible, aérienne) ; comme la gouaille tendre et précise de l’américain Robert Getchell, qui malgré le mauvais tour dont il est le dindon, entend jusqu’à la fin défendre sa place et son rôle dans cette pièce brillante.
Quand se déploie la soie introspective de la musique de Pesson, toute en harmonies rentrées et secrètes, c’est le pur sentiment et la sincérité des cœurs qui affleurent tout à coup ; enchaînée en subtils et suaves tuilages, avec la partition de la Coquette trompée, l’écriture contemporaine semble répondre au sens et aux enjeux que provoque la musique de Dauvergne dont elle relance aussi la formidable motricité comme une mécanique sentimentale, riche en rebondissements. Emotion, action ; immersion sentimentale, comédie et jeu délirant… les deux univers musicaux fusionnent avec une rare cohésion globale. De sorte que le temps passe très vite tout au long de cette comédie parodique et badine dont on mesure aussi la délicate impertinence : fidèle à son instinct, il faut aimer l’objet de  son désir, quelque soit son genre. Fidèle à sa ligne artistique exemplaire, Angers Nantes Opéra réussit toujours à combiner divertissement et questionnement. Un régal pour l’esprit et la détente. A méditer et à applaudir encore au Grand T à Nantes, les 16, 18, 19 et 20 mai 2017.

 

 

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Compte rendu, opéra. NANTES, Le Grand T, le 15 mai 2017. Dauvergne, Pesson : La Double Coquette. Isabelle Poulenard (Florise), Maïlys de Villoutreys (Clarice), Robert Getchell (Damon), Amarillis (Héloïse Gaillard et Violaine Cochard, respectivement flûte / hautbois et clavecin, direction). Fanny de Chaillé, mise en scène.

 

 

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