Compte-rendu, opéra. Genève, Grand Théâtre, le 12 septembre 2017. Rossini : Il Barbiere di Siviglia.  Jonathan Nott / Sam Brown.

Compte-rendu, opéra. Genève, Grand Théâtre (Opéra des Nations), le 12 septembre 2017. Rossini : Il Barbiere di Siviglia.  Jonathan Nott/Sam Brown. Quelle bonne idée de grouper non seulement Le Barbier de Séville et les Noces de Figaro – ce qui paraît naturel – mais aussi Figaro divorce, de Elena Langer, créé à Cardiff en février dernier ! Trois opéras directement inspirés par le théâtre de Beaumarchais, avec la figure centrale de Figaro, et nous faisant passer progressivement de l’opéra bouffe, à la comédie douce-amère, puis enfin aux larmes. L’unité et la continuité du projet reposent, outre la concertation entre les metteurs en scène, sur le travail du scénographe, Ralph Koltaï, de la réalisatrice des costumes, Sue Blane, de celui des lumières, Linus Fellbom, et enfin de la chorégraphe, Morgann Runacre-Temple.

Rossini par éclipses

 

datauri-fileCette équipe, permanente, va gérer tout ce qui ne relève pas directement de la musique durant ces trois soirées, intitulées « La Trilogie de Figaro ». Le dispositif scénique consiste en deux grands panneaux, dissymétriques, pivotant sur leurs axes, depuis les cintres. Une porte et un balcon, dans l’élément côté jardin, une petite fenêtre grillagée dans l’autre suffiront, avec leur verso, un escalier en  colimaçon et des accessoires (lit, pianoforte) fixés à la paroi interne. Ainsi les volumes, les formes, se modèlent-ils en fonction de l’action. Intérieur, extérieur, ouverture totale sur le fond de scène, pour l’orage, comme espace clos. Après un cœur brisé par une flèche qui s’incruste sur le rideau de scène, c’est un surprenant  ballet de ciseaux – monumentaux et parfaitement synchronisés – qui focalise l’attention visuelle durant l’ouverture. Et l’on en a bien besoin, car, côté musique, les manques sont manifestes : les tempi sont généralement retenus, la dynamique réduite, la joliesse instrumentale se substituant à la verve, au pétillement rossiniens. Il en ira de même durant l’essentiel de l’ouvrage. La direction trop alanguie de Jonathan Nott, comme sa réalisation simpliste du continuo, nous privent de l’essence même de cette musique, malgré les qualités de l’Orchestre de la Suisse Romande. Singulière approche s’il en est, d’un chef dont l’expérience lyrique est reconnue, dans d’autres répertoires il est vrai. Les costumes participent également de la liaison des opéras : leur caractérisation, inventive et colorée, doit faciliter la reconnaissance de chaque personnage, d’un ouvrage à l’autre. Pour ce Barbier, la réussite est au rendez-vous. Entre le Figaro haut en couleur et le grisâtre Bartolo, il y a place pour beaucoup de fantaisie, du bobby à bicyclette au Basilio à la vue défaillante conduit par son chien. On est bien dans le droit fil de l’opera buffa. Les nombreux gags, le plus souvent réussis, donnent un peu de vie à un ouvrage qui, ce soir, en a bien besoin. Amoureux de la comédie musicale comme de l’opérette (My fair Lady, Candide…), Sam Brown est à son aise dans cette mise en scène déjantée, cocasse. La scène de l’orage du second acte en est une belle démonstration : sous une pluie battante, les choristes munis de parapluies multicolores vont ajouter une note de fantaisie, bienvenue. Mais où sont la caractérisation des personnages, leur vérité psychologique, génératrices d’émotion ? La musique n’y suffit pas. Plusieurs solistes, et non des moindres, nous laissent sur notre faim. On a peine à imaginer les raisons d’une distribution aussi hétérogène, où le meilleur côtoie le médiocre. Entamons donc un crescendo rossinien. Figaro, Bruno Taddia, dont la voix est naturellement puissante, éprouve le besoin d’en ajouter toujours, jusqu’au cri. S’il a de la présence, la souplesse, l’abattage sont en –deçà des attentes, l’expression est par trop uniforme.

ROSSINI le barbier de seville datauri-file-1La Rosine de Lena Belkina déçoit encore davantage : la mezzo ouzbèke n’a ni la technique, ni le tempérament requis. L’intensité, la puissance sont là, mais l’agilité et les rythmes ? La finesse, la fraîcheur, la jeunesse comme la rouerie de Rosine lui sont étrangères : la sienne est vulgaire, dépourvue de noblesse. Marco Spotti campe un Basilio crédible, la voix est impressionnante dans l’air de la calomnie et les récitatifs convaincants, une belle basse dotée d’une large tessiture. On regrette que la Berta de Mary Feminear, beau soprano, clair, à la voix colorée et longue, ne chante qu’un seul air. Enfin, Bruno de Simone incarne l’un des plus crédibles et des plus beaux Bartolo jamais entendus. Le Napolitain, familier du rôle, est un authentique rossinien, avec l’agilité, la versatilité, la dynamique et le jeu qui nous ravissent. La qualité de son chant, sa présence, sa vérité psychologique rendent encore plus cruelles les comparaisons à certains de ses partenaires. Les ensembles sont généralement réussis, le trio et le quintette en particulier.  Les chœurs comme l’orchestre s’en sortent honorablement, malgré cette direction surprenante. La Trilogie de Figaro sera captée et diffusée en live sur ARTE concert du 19 au 22 septembre 2017.

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Compte-rendu, opéra. Genève, Grand Théâtre (Opéra des Nations), le 12 septembre 2017. Rossini : Il Barbiere di Siviglia.  Jonathan Nott/Sam Brown, avec  Bogdan Mihai, Bruno Taddia, Lena Belkina, Bruno de Simone, Marco Spotti, Mary Feminear, Rodrigo Garcia. Illustrations : © Magali Dougados / 2017

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