Compte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies…

electr()cution festival brest 2017 ensemble sillages compte rendu critique sur classiquenewsCompte-rendu, festivals. BREST, festival Electr()cution. Ensemble Sillages. Le 29 mars 2017. Electr()ladies… Il y a des rendez-vous que l’on ne rate pas. Les musiques électro-acoustique et acousmatique ont leur festival au bord des infinités de l’océan dans la ville de Brest qui brille par cette avant-garde comme aucune autre en France. Retourner dans la très belle salle du Centre d’Art Contemporain La Passerelle et s’imbiber de l’ambiance familiale du lieu et de l’enthousiasme des nouvelles musiques, est un régal pour la découverte des nouvelles musiques du temps présent. Organisé par l’ensemble Sillages, le Festival Electrocution revêt l’élan de découverte qui caractérise les réalisations de cet ensemble. Philippe Arrii à la direction artistique, nous offre à la fois des créations avec électronique en temps réel et des allers-retours sur l’ensemble de la création contemporaine. Lui et Sillages, composé des meilleurs musiciens possibles, nous révèlent les prismes surprenants et passionnants d’un monde en constante évolution.

Concert ELECTRO-LADIES
29 Mars 2017 

INAUGURATION DU FESTIVAL

CONCERT ELECTR( )LADIES
scène I, patio – 20h30
Javier Torres Maldonado, Inoltre pour piano et électronique
Lara Morciano, Raggi di Stringhe pour violon et électronique
Marta Gentilucci, Exercises de Stratigraphie pour accordéon et électronique, création
Édith Canat de Chizy, Over the sea pour trio à cordes, accordéon et électronique
Georgia Spiropoulos …Landscapes and monstrous things… pour piano, quatuor à cordes, électronique et vidéo, création aide à l’écriture de l’État

Les Fées électricité

Dans cette ère ou finalement le génie féminin commence à être reconnu à sa juste valeur, le premier concert du Festival Électrocution 2017 (ce 29 mars 2017) a été consacré à 4 visions féminines de la création contemporaine et de la musique électroacoustique. Seul bémol à ce programme : une présence non féminine mais tout autant formidable, le compositeur Mexicain Javier Torres Maldonado. Nous saluons Sillages par son engagement dans la découverte de compositeurs et compositrices qui souvent sont exclues des programmes traditionnels des grandes formations.

En effet nous constatons avec regret que la diffusion et la promotion des créatrices dans la musique contemporaine est largement insuffisante. L’enfermement élitaire des grandes formations (Orchestre de Paris, Opéra de Paris…) et le manque grave de curiosité ont regrettablement serti le talent remarquable des compositrices dans une confidentialité incompréhensible. Il y a urgence à cesser de confisquer les esthétiques et permettre aux artistes de rencontrer les publics, c’est la mission primordiale des organismes et structures de diffusion musicale (NDLR : de surcroît quand les dits organismes reçoivent des subventions publiques financées par les contribuables).

Trêve de débat, le programme “Electroladies” est équilibré et surprenant par la variété polychrome de la musique et la création des dispositifs électroniques dont certains sont en temps réel.

INOLTRE, de Javier Torres Maldonado, pour piano et électronique nous amène dans le monde profondément lyrique du compositeur Mexicain. C’est un questionnement jovial et intrinsèque de ces voix profondes qui délimitent le subconscient. Nous saluons la performance de Vincent Leterme, précis, impressionnant de justesse et d’expressivité dans chaque phrase.

Place aux dames avec RAGGI DI STRINGHE de Lara Morciano. Cette pièce pour violon et électronique en temps réel porte une force particulière dans la construction et le développement du langage. Le violon comme un faisceau de lumière dispose la musique à la fois comme une source constante et un torrent fougueux. La création en temps réel de l’électronique est un privilège rare, l’intention directe de Lara Marciano s’est exprimée tout du long. On y a vu des nuances contrastées qui enrichirent le langage du violon. Le jeu de Lyonel Schmitt s’affirme avec un timbre riche et une maîtrise technique sans équivoque.

Suivent deux œuvres finalement un peu plus anecdotiques, Les Exercices de Stratigraphie de Marta Gentilucci sont d’une complexité parfois hors propos. L’on s’y perd dans une structure de l’électronique quelque peu sophistiquée. Pascal Contet, en revanche, relève le défi de cette complexité en interprétant une œuvre hyperconstruite avec un souffle certain et une précision inestimable.

Le Quatuor Over the sea de Edith Canat de Chizy malgré la formidable interprétation des membres de l’ensemble Sillages, laisse déconcerté : le style alambiqué de Mme Canat de Chizy ne permet pas de décoller d’une raideur technique et d’un manque de contrastes dans le discours.

Une autre des belles découvertes fut … Landscapes and monstrous things… de Georgia Spiropoulos. Ce “work in progress” nous offre trois des six pièces qui composeront ce cycle. La palette de Georgia Spiropoulos est pléthorique et raffinée. S’inspirant et créant l’électronique en temps réel là aussi, avec la projection des tableaux d’Eugen Gabritchevsky, sa musique explose de sensibilité ; elle sublime les tableaux composés des nostalgies tourmentées du peintre russe. La musique de Georgia Spiropoulos devient tour à tour aussi onirique que les cauchemars nés de l’esprit de Grabitchevsky. Elle nous a éveillés à la puissante essence des Arts quand ils dialoguent. Les excellents solistes de Sillages ont contribué à la révélation de ces belles pages. En définitive Georgia Spiropoulos a touché au chef d’œuvre avec ces trois pièces et par leur force quasi dramatique elles pourraient très bien être assimilées à la “Fantastique” du XXIe siècle.

Quoi qu’il en soit, ces Electroladies sont les nouvelles Erato de notre temps, avec la sincérité de leur musique et la générosité de chaque page, la force du génie féminin nous dit que la musique gagne quand elle épouse la tolérance, l’exigence et la parité. Bravo a l’ensemble Sillages pour son engagement dans ce sens.

Sillages et Électrocution, deux institutions qui nous offrent l’excellence sans la pavane régulière / indigeste des “je sais tout”. L’ouverture internationale et sur les esthétiques proposée par Philippe Arrii nous démontrent, en ces temps de repli, que les Arts peuvent ouvrir des portes nouvelles et tendre les liens entre les cultures et les peuples.

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FESTIVAL ELECTR()CUTION – Ensemble Sillages
Brest – La Passerelle, centre d’Art contemporain
29 Mars – 1er avril 2017

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