Compte-rendu, festival. Les Solistes à Bagatelle, 16 sept 2018, F-F Guy / Miguel da Silva.

da silva miguel alto critique concert festival classiquenewsCompte-rendu, festival. Les Solistes à Bagatelle, 16 septembre 2018, François-Frédéric Guy, piano, Miguel da Silva, alto. Schubert, Murail, Brahms. Ultime ponctuation du festival les Solistes à Bagatelle, le dernier concert de musique de chambre réunissait François-Frédéric Guy et Miguel da Silva sur la scène de l’orangerie. Rappelons que Miguel da Silva, formé auprès de Serge Collot au CNSM de Paris, est un des plus brillants altistes actuels: fondateur et membre du quatuor Ysaÿe jusqu’à l’arrêt de son activité, il poursuit sa carrière auprès des formations et musiciens les plus prestigieux, et mène une activité pédagogique de très haut niveau en particulier au CRR de Paris, et à la Haute École de Musique de Genève. Le duo de François-Frédéric Guy, artiste « complet » et éminent chambriste, et de Miguel da Silva, était donc à juste titre très attendu.

Apanage des plus grands, on est frappé par l’humilité de l’artiste, qui arrive sur scène et sans cérémonie, dans des gestes familiers, cale son alto sur son épaule, ajuste son pupitre et l’archet en main donne un rapide signe du regard à son partenaire, comme s’il allait démarrer une répétition. La célèbre sonate Arpeggione en la majeur D 821 de Schubert ouvre le programme. Conçue initialement pour la promotion de cet instrument « hybride » que fut l’arpeggione (physionomie du violon mais avec 6 cordes), mais qui ne connut pas d’avenir, son interprétation aujourd’hui est plus souvent entendue au violoncelle. On écoute ici sa version pour alto écrite plus tardivement par le compositeur. Quoi de plus beau et de plus approprié que le timbre de l’alto pour ce premier mouvement à la tonalité si nostalgique! Miguel da Silva apporte cette douceur de timbre et ce naturel dans le phrasé que le violoncelle par trop girond aurait tendance à empreindre d’un lyrisme superfétatoire. Son alto chante lumineux, sous le soutien discret et complice du piano, en particulier dans l’énoncé du second thème qui danse sous l’archet. Il se fait rêveur dans l’adagio, émouvant de tendresse, virtuose, joyeux et léger, dans l’allegretto. Comme ce fut le cas au concert précédent (récital de François-Frédéric Guy), le compositeur Tristan Murail est ici à nouveau à l’honneur et au cœur du programme. Composée en 1976, « C’est un jardin secret … » est une courte pièce pour alto solo, qui fut écrite à l’occasion d’un mariage. Le titre fait référence au Cantique des Cantiques: « C’est un jardin secret, ma sœur, ma fiancée, une source scellée, une fontaine close », et l’œuvre est construite sur le rythme ïambique d’un battement de cœur, accéléré, puis ralenti.  Miguel da Silva en exprime avec finesse et une justesse absolue ses évolutions sonore et rythmique, donnant aux harmoniques une grande beauté de timbre. La sonate n°1 en fa mineur opus 120 de Brahms écrite à l’origine pour clarinette et piano, fut transcrite pour alto par le compositeur. On est pris par le ton passionné du dialogue entre les deux parties, et on se laisse emporter par le lyrisme et la générosité du phrasé de l’alto. Une autorité naturelle émane du jeu des deux musiciens, une force de conviction qui n’a nul besoin d’en accuser les traits. Dans l’andante l’atmosphère se fait douce et tendre, le dialogue amoureux. L’allegretto prend des airs de danse populaire, et le final vivace, où l’optimisme règne, une allure conquérante. Comment ne pas sortir heureux d’un tel partage? Ce fut une façon de clôturer avec panache une édition dont on aura apprécié la richesse tant au niveau des œuvres programmées, que des personnalités artistiques invitées. Gageons que l’an prochain, le plaisir sera renouvelé!

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Compte-rendu, festival. Les Solistes à Bagatelle, 16 septembre 2018, François-Frédéric Guy, piano, Miguel da Silva, alto. Schubert, Murail, Brahms.

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