Compte-rendu, Festival A. Stradella, Viterbe, 1er sept 2018, Stradella, Ester, Mare Nostrum, A De Carlo.

stradella alessandroCompte-rendu, Festival International Alessandro Stradella, Viterbe, Eglise S. Maria della Verità, 01 septembre 2018, Stradella, Ester, liberatrice del popolo ebreo, Roberta Mameli (Ester), Cristina Fanelli (Speranza celeste), Filippo Mineccia (Mardocheo), Sergio Foresti (Aman), Salvo Vitale (Assuero), Guillaume Bernardi (mise en espace), Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction). Le festival Stradella de Nepi prend du galon et initie une collaboration fructueuse avec le festival baroque de Viterbe, riche de promesses et de découvertes inédites. Pour le concert d’ouverture de la sixième édition, un nouveau joyau du compositeur romain est porté à la connaissance du public. Ester, liberatrice del popolo ebreo est le premier et sans doute le plus beau, le plus audacieux, le plus expérimental des six oratorios préservés de Stradella. Composé et représenté à Rome probablement vers 1673, le sujet, tout comme celui de la Susanna, est inspiré du Vieux Testament. Mardochée, juif de Babylone, refuse de se soumettre au ministre Amman et est condamné à mort avec tous les juifs ; il envoie sa sœur Ester, épouse du roi Assuerus qui ignore qu’elle est juive, pour implorer sa pitié. Elle parvient à informer le roi du complot que prépare Amman et celui-ci est mis à mort avec sa famille.

Sur cette trame ô combien dramatique agencée par son fidèle librettiste Lelio Orsini, Stradella a écrit une musique d’une beauté confondante. Les tempi sont constamment changeants, qui surprennent le spectateur à chaque instant ; les récitatifs sont parfois très chantants, tandis que certains airs, comme ceux du cruel Amman, répugnent à la séduction mélodique pour se concentrer sur l’importance rhétorique de la déclamation, symbolisée par la présence d’un narrateur (Testo) qui commente l’action. Dans cette partition d’à peine plus d’une heure, on est impressionné par l’extrême variété des formes musicales : un chœur à 3 voix entrecoupé par une intervention soliste passe d’un registre martial à une tonalité plus lyrique ; de même, l’entrée en scène de la Speranza Celeste révèle une splendide aria tripartite (« Non disperate, No »), magnifiée par le continuo tout en dentelle de Simone Vallerotondo, mais qui se poursuit en arioso, après un bref récitatif. Cette entrée en matière résume l’esthétique de l’œuvre : une musique expressive d’une grande fluidité qui ne respecte pas toujours les contraintes de la forme.

Pour redonner vie à cette magnifique partition, Andrea De Carlo, amoureux fou de cette musique, a réuni une distribution proche de l’idéal. Dans le rôle-titre, Roberta Mameli est absolument bouleversante, par la puissance du verbe et l’intensité de son chant. Si les airs sont pour la plupart pathétiques (« Miei fidi pensieri », « Supplicante e prostrata »), l’intensité n’est pas moindre dans les récitatifs, d’une grande force dramatique, comme par exemple au début de la seconde partie, où le récit se pare d’un lyrisme chatoyant. Autre voix impressionnante, la basse caverneuse de Salvo Vitale dans le rôle du méchant Assuérus : ses interventions dans le style déclamatoire et syllabique témoignent de la rigueur du caractère, tandis que le roi Assuérus de Sergio Foresti, l’un des habitués de l’aventure stradellienne, tranche par son chant souvent plaintif (superbe lamento « Piangete pur »), tandis que son ultime intervention, en conclusion de l’œuvre, est un chef-d’œuvre du style représentatif (« E qual più strano fato »). La jeune Cristina Fanelli est l’une des révélations de la soirée dans le rôle musicalement fascinant de la Speranza Celeste qui révèle un autre aspect de son talent lors du superbe duo avec Amman à la fin de la première partie (« Armati pur d’orgoglio »). Si le personnage de Mardochée est relativement effacé, l’incarnation qu’en livre Filippo Mineccia est remarquable de musicalité, attentif aux moindres inflexions du texte, et bouleverse même dans les pianissimi laissant le spectateur littéralement accroché à ses lèvres (« Non dee temere »)
Andrea De Carlo défend cette musique avec toujours autant de passion communicative, épaulé par un ensemble Mare Nostrum sans doute parmi les plus familiers de cette musique envoûtante. La mise en espace de Guillaume Bernardi s’attache comme toujours à la rhétorique de l’œuvre, sans jamais tomber dans le pathos excessif. Les prochaines éditions promettent de nouvelles découvertes inédites. Désormais tous les chemins mènent à Viterbe.

 

 

 

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Compte-rendu, Festival International Alessandro Stradella, Viterbe, Eglise S. Maria della Verità, 01 septembre 2018, Stradella, Ester, liberatrice del popolo ebreo, Roberta Mameli (Ester), Cristina Fanelli (Speranza celeste), Filippo Mineccia (Mardocheo), Sergio Foresti (Aman), Salvo Vitale (Assuero), Guillaume Bernardi (mise en espace), Ensemble Mare Nostrum, Andrea De Carlo (direction)

 

 

 

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APPROFONDIR

LIRE aussi notre critique cd des derniers oratorios de Stradella, ressuscités par Andrea De Carlo, à l’occasion du Festival Mare Nostrum :

SAnta editta stradella cd critique annonce review classiquenews andrea de carlo clic de classiquenews de mai 2016 1540-1CD, compte rendu critique. Stradella : Santa Editta (Mare Nostrum 2015, 1 cd Arcana). Malgré des aigus qui dérapent dan se prologue la soprano fait une allégorie caractérisée invectivant, et prenant à témoin l’auditeur par la seule intensité de sa déclamation : voix longue et incisive qui impose un éclat en ouverture. L’Edita de Veronica Cangemi imposé un sens du texte et une très belle tenue accentuée malgré un timbre volée. La nobilta incandescente e lexcellentz soprano Francesca Aspromonte (jeune tempérament à suivre) accuse le relief d’une écriture très vocale car le génie de Stradella se dévoile surtout dans la conduite des récitatifs, vrais chantiers passionnants de cette intégrale en cours. D’ailleurs on connaît l’engagement du continuiste Andrea De Carlo, … EN LIRE +

 

 

 

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STRADELLA san giovanni crisostomo oratorio recreation review compte rendu account of cd critique CLASSIQUENEWS septembre 2015 Mare nostrum Andrea De Carlo cd arcana arcanaa389-1CD, compte rendu critique. Alesandro Stradella : San Giovanni Crisostomo. Mare Nostrum. Andrea De Carlo (1 cd Arcana / Andrea De Carlo, Mare Nostrum, septembre 2014). Pas d’introduction fervente préparant l’auditeur dans les affres expressives entre vanité et vertu mais immédiatement un duo (entre deux conseillers impériaux de la Cour d’Eudoxie, soit comme la conversation et les commentaires de personnages secondaires) qui plonge dans l’acuité d’une action sacrée aussi ciselée que son oratorio déjà édité et mieux connu : San Giovanni Battista, véritable révélation qui alors confirmait l’autorité et la séduction d’un compositeur adulé en son temps, protégé par les grands dont la Reine Christine de Suède… Stradella révélé : voilà une gravure opportune qui vient accréditer l’originalité d’un tempérament qui sait sculpter la matière vocale avec une rare pertinence expressive car de toute évidence ici c’est essentiellement la langue des récitatifs qui porte la tension et la cohérence poétique comme la valeur méditative et spirituelle de l’oeuvre. EN LIRE +

 

 

 

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