COMPTE RENDU, e-concert. PARIS, le 15 nov 2020. Concert hommage aux victimes des attentats du 15 nov 2015. Orch de ch de Paris. Pierre Bleuse, direction.

BLEUSE-PIERRE-maestro-chef-concert-critique-classiquenews-attentats-concert-15-nov-critique-concert-classiquenewsCOMPTE RENDU, e-concert. PARIS, le 15 nov 2020. Concert hommage aux victimes des attentats du 15 nov 2015. Orch de ch de Paris. Pierre Bleuse, direction. Au commencement, la lumière et la joie rayonnante de la Symphonie « Paris » de Mozart, pleine de certitude triomphante, qui assoit dans l’affirmation des instruments, sa carrure et son assise ; l’articulation heureuse habite et porte chaque pupitre ; le chef Pierre Bleuse développe le sourire et l’éloquence claire et détachée jusque dans sa baguette toute élégance et précision, inspirant aux violons entre autres, des phrases facétieuses qui soutiennent tout l’édifice à l’équilibre viennois, avec en prime l’irrévérence et l’humour aussi… très parisiens. Le chef soigne la suggestion de certains phrasés, d’une délicatesse pudique.
Cinq ans après les attentats terroristes de nov 2015, l’on ne pouvait rêver baume plus bouleversant ni réjouissant. Ce Mozart pacifie, adoucit, réconforte. La 31è de Mozart devient caresse heureuse, appel à l’insouciance primordiale : un idéal pour toutes les victimes qui peinent à se reconstruire encore.

Contrepoint assurant un vrai contraste, en création et en changement de caractère, la pièce de circonstance « il fait novembre en mon âme » du compositeur Bechara El-Khoury (à 21’05). Pierre Bleuse assure ainsi la création d’une œuvre commandée par les parents de Stéphane, victime du massacre du Bataclan. D’une douleur mortelle et individuelle, la partition tend vers l’allégorie universelle. Exprimant la couleur du deuil en phrases syncopées d’abord ; scintillement inquiet, tendu auquel répond la libre mélodie du cor, vite écourtée ; l’écriture est dramatique, et même cinématographique par ses nombreux changements de tableaux, oscillant toujours entre activité et mystère. Le second mouvement (à 30’16) plonge dans la nuit, le murmure, le retrait serein, un temps suspendu (hautbois solo) qui questionne l’impensable et le gouffre du deuil. La 3è partie associe le cor somptueusement suggestif, comme un déroulé d’une onctuosité rassurante, à la voix humaine : le chant clair et chaud d’Isabelle Druet étire sa plainte sans paroles, comme si elle recueillait et aspirait toutes les peines. Toutes les douleurs affleurantes. Les bois envisagent une aurore inespérée dans un tableau qui s’affirme manifestement sombre. Bel effet contrasté, tout en souplesse et recueillement, sans réelle gravité, qui conclut dans le silence, le mystère et aussi la pleine lumière. Soit un retour au bonheur mozartien qui a précédé. Superbe boucle pour un programme très cohérent.

 

————————————————————————————————————————————————–

 

 

COMPTE RENDU, concert. PARIS, le 15 nov 2020. Concert hommage aux victimes des attentats du 15 nov 2015. Orch de ch de Paris. Pierre Bleuse, direction. Enregistré le 10 nov, diffusé à partir du 15 nov 2020.
A vivre et revoir sur ARTEconcert, jusqu’au 12 mai 2021 :
https://www.arte.tv/fr/videos/100721-000-A/concert-hommage-aux-victimes-des-attentats-de-novembre-2015/

Comments are closed.