Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 décembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante… Ballet de l’Opéra de Paris. Minkus, Délibes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

la source bart carre vignetteLa Source revient au Palais Garnier à Paris trois ans après sa création pour notre plus grand bonheur ! (LIRE notre premier compte rendu de la création de La Source au Palais Gariner, le 25 octobre 2011 par Alban Deags) Le professeur et chorégraphe français (ancien danseur Etoile) Jean-Guillaume Bart signe une chorégraphie très riche inspirée du ballet éponyme original d’Arthur Saint-Léon crée en 1866. Pour cette aventure, il est rejoint par une équipe artistique fabuleuse, avec notamment les costumes de Christian Lacroix, les décors d’Eric Ruf. L’Orchestre Colonne accompagne les différentes distributions sous la direction musicale de Koen Kessels.

 

 

 

Une Source éternelle de beauté

Le livret de La Source, d’après Charles Nuitter, est l’un de ces produits typiques de l’ère romantique inspiré d’un orient imaginé et dont la cohérence narrative cède aux besoins expressifs de l’artiste. L’actualisation élaborée par Jean-Guillaume Bart avec l’assistance de Clément Hervieu-Léger pour la dramaturgie, rapproche le spectacle, avec une histoire toujours complexe, à l’époque actuelle et y explore des problématiques de façon subtile. Ainsi, nous trouvons le personnage de La Source, appelé Naïla, héroïne à la fois pétillante, bienveillante et tragique, qui aide le chasseur dont elle est éprise, Djémil, à trouver l’amour auprès de Nouredda, princesse caucasienne aux intentions douteuses. Elle est promise au Khan par son frère Mozdock. Un Djémil ingénu ne reconnaît pas l’amour de Naïla qui se donne et s’abandonne en se sacrifiant pour que Djémil et Nouredda puisse vivre leur histoire d’amour. La Source a des elfes, des nymphes, des caucasiens caractéristiques, les odalisques du Khan exotiques, et tant d’autres figures féeriques… Si l’histoire racontée parle de la situation de la femme, toute époque confondue, il s’agît surtout de l’occasion de revisiter la grande danse noble de l’Ecole française, avec ses beautés et ses richesses. Un faste audio-visuel et chorégraphique, plein de tension comme d’intentions.

 

 

 

Rafinement collectif, virtuosités individuelles…

source bart delibes opera garnier paris decembre 2014 49199La-SourceNous sommes impressionnés par la qualité et la grandeur de la production dès le levée du rideau. L’introduction fantastique révèle non seulement les incroyables décors d’Eric Ruf, mais présente aussi les elfes virevoltants de La Source. Zaël, l’elfe vert en est le chef de file. Il est interprété ce soir par Axel Ibot, Sujet, sautillant et léger, avec un regard d’enfant qui s’associe très bien à l’aspect irréel du personnage, dont la danse est riche des difficultés techniques. Audric Bezard dans le rôle de Mozdock, le frère de la princesse caucasienne, est magnétique sur scène. Il fait preuve d’une beauté grave par son allure, amplifiée par un je ne sais quoi d’alléchant dans sa danse de caractère, souple et tranchant au besoin. Si nous trouvons ses atterrissages parfois pas très propres, son investissement, sa présence sur scène, et sa complicité surprenante avec ses partenaires, notamment avec sa sœur Nouredda, éblouissent. François Alu en Djémil est aussi impressionnant. Le jeune Premier Danseur a l’habitude d’épater le public avec une technique brillante et une virtuosité insolite et insolente. Ce ne sera pas autrement ce soir, mais nous constatons une évolution intéressante chez le danseur. Le personnage de Djémil semble ne jamais être au courant des vérités sentimentales de ses partenaires. Il subit l’action presque. Dans ce sens il n’a pas beaucoup de moyens d’expression, à part la danse. C’est tant mieux. Dès sa rentrée Alu frappe l’audience avec une virilité palpitante sur scène (trait qu’il partage avec Bezard) ; tout au long de la représentation, c’est une démonstration de prouesses techniques époustouflantes, de sauts et de tours à couper le souffle.

Indiscutablement, le danseur gagne de plus en plus en finesse, mais nous remarquons un fait intéressant… Il est si virtuose en solo qu’il paraît un tout petit peu moins bien en couple. Nous pensons surtout à la fin de la représentation, qu’il y avait quelque chose de maladroit dans ses portés avec la Nouredda d’Eve Grinsztajn, peut-être une baisse de concentration… due à la fatigue.

La-Source-danse-Opera_pics_390Les femmes de la distribution ce soir offrent aussi de très belles surprises. Trois Premières Danseuses dont les prestations, contrastantes, révèlent les grandes qualités de leurs techniques et de personnalités. Eve Grinsztajn est une Nouredda finalement formidable, même si nous n’en avons eu la certitude qu’après l’entracte. C’est une princesse séduisante manipulatrice et glaciale à souhait, avec un côté méchant mais subtile qui montre aussi qu’il s’agît d’une bonne actrice. Mais c’est après sa rencontre avec le Khan (fabuleux Yann Saïz!), et l’humiliation qui arrive, que nous la trouvons dans son mieux. Elle laisse tomber la couverture épaisse et contraignante de la méchanceté et de la froideur après le rejet du Khan et devient ensuite touchante, presque élégiaque. La Naïla de Muriel Zusperreguy est tous sourires et ses gestes sont fluides et ondulants comme l’eau qui coule. Une sorte de grâce chaleureuse s’installe quand elle est sur scène, avec une délicatesse et une fragilité particulière. Elle fait preuve d’un abandon lors de son échange avec le Khan auquel personne ne put rester insensible. Une beauté troublante et sublime. Finalement, Valentine Colasante campe une Dadjé (favorite du Khan) tout à fait stupéfiante ! En tant qu’Odalisque elle paraît avoir plus d’élégance et de prestance que n’importe quelle princesse méchante… Elle est majestueuse, caractérielle, ma non tanto, avec des pointes formidables… Sa performance brille comme les bijoux qui décorent son costume exotique !

Qu’en est-il du Corps de Ballet ? Jean-Guillaume Bart montre qu’il sait aussi faire des très beaux tableaux, insistons sur la tenue de ces groupes, chose devenue rare dans la danse actuelle. Les nymphes sont un sommet de grâce mystérieuse mais pétillante, elles deviennent des odalisques altières et alléchantes. Les mêmes danseuses plus ou moins dans le même décor, dans les ensembles ne se ressemblent pas, et les groupes sont tous intéressants. De même pour les caucasiens et leur danse de caractère, à la fois noble et sauvage. L’orchestre Colonne sous la direction de Koen Kessels joue aussi bien les contrastes entre la musique de Minkus, simple, pas très mémorable, mais irrémédiablement russe et mélancolique, et celle de Léo Delibes, sophistiquée, raffinée, plus complexe. Il sert l’œuvre et la danse avec panache et sensibilité, avec des nombreux solos de violon et des vents qui touchent parfois le sublime.

 

 

Une soirée exceptionnelle dans le Palais de la danse, à voir et revoir au Palais Garnier à Paris les 2, 3, 5, 6, 7, 8, 10, 12, 13, 15, 17, 19, 20, 22, 23, 24, 26, 27, 28, 29, 30 et 31 décembre 2014. Spectacle idéal pour les fête de cette fin d’année 2014.

Compte rendu, danse. Paris. Palais Garnier, le 2 décembre 2014. Jean-Guillaume Bart : La Source. Muriel Zusperreguy, François Alu, Audric Bezard, Vamentine Colasante… Ballet de l’Opéra de Paris. Minkus, Délibes, compositeurs. Orchestre Colonne. Koen Kessels, direction musicale.

 

 

 

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