COMPTE-RENDU, DANSE. MARSEILLE, le 26 juin 2018. Phoenix / Eric Minh Cuong Castaing.

COMPTE-RENDU, DANSE. MARSEILLE, le 26 juin 2018. Phoenix / Eric Minh Cuong Castaing. Retrouvailles manquĂ©es avec le Festival de Marseille : il commence quand je voyage, en sorte que je n’ai pu assister qu’à un spectacle, ratant le dernier pour cause du retard du train qui, d’un lointain et beau festival, m’empĂȘche d’arriver Ă  temps pour un Requiem de Mozart hantĂ© non par la mort mais la vie. Cependant, on applaudit Ă  ce festival de Marseille sous le signe du monde, ravi du monde pour ce festival.

Mais, sous les auspices, ou plutĂŽt l’augure du PhĂ©nix lĂ©gendaire qui renaĂźt de ses cendres, on saluera ce spectacle en trois parties, rĂ©ussi aux deux tiers.

Machine humaine contre homme mécanisé
Sur un fond d’écran blanc, deux garçons, shorts et T-shirts, puis une fille, paire de lunettes Ă  la main. Silence, immobilitĂ©. Presque circulaire, diamĂštre de quelque cinquante centimĂštres, ajourĂ© comme une couronne, un drone dĂ©colle, plane, tournoie sur la scĂšne, cĂŽtoie la ligne des spectateurs. Mouvement lent de rotation des tĂȘtes des trois danseurs comme suivant l’engin ou le bruissement, le froissement presque inaudible de l’air qu’il produit. Musique ? Sans doute, mais mystĂ©rieuse aux bords du silence, venue comme d’un autre monde ou du fond inconnu de notre intĂ©rieur, entre dedans et dehors.

 

 

DRONES DRÔLES ET SINISTRES
RĂ©ussite aux deux tiers de

PHOENIX d’Éric Minh Cuong Castaing

 

  

 

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PHOENIX ballet marseille eric minh cuong castaing critique du ballet danse review par classiquenews

 

 

Un bras, presque imperceptible, se dĂ©tache d’un corps, un torse se contorsionne, une jambe se dĂ©gage, tout d’une lenteur extrĂȘme, comme si le drone, de ses fils invisibles, suscitait ces lĂ©gers mouvements aux marionnettes de chair, deus ex machina volant, dictant de sa hauteur ses volontĂ©s externes de machine aux fragiles humains, mĂ©taphore d’une Ă©trange transcendance technique ou fatalitĂ© prĂȘte Ă  s’abattre sur des ĂȘtres sans dĂ©fense. Un corps se tord sur place, acrobatique tension. Le drone obsĂ©dant, sifflotant, sur la tĂȘte, couronne les cheveux de la fille, les souffle doucement, semble lui offrir une aurĂ©ole ou une mandorle de sainte, de martyre sans doute torturĂ©e. On songe : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tĂȘtes ? »
Un garçon, aspirĂ© par l’engin, tourne Ă  son rythme, semble terrassĂ© par cette lutte contre l’insidieuse machine puis, soudain, se rĂ©volte, se libĂšre, force de la volontĂ© humaine, et le drone, terrassĂ© Ă  son tour atterrit ou s’abat sur le rebord de la scĂšne, se contentant de clignoter comme une Ă©pave impuissante durant la suite du spectacle.
Mais la machine n’a pas dit son dernier mot : erreur de l’humain ou supĂ©riorité ? Un claquement de doigts dĂ©clenche l’envol d’un petit drone, apparemment domestiquĂ©, bruissant comme un moustique et, comme un moustique, vite prolifĂ©rant en escadrilles bourdonnantes, vrombissantes, nuĂ©es d’oiseaux mĂ©caniques dans un nuage sonore aux imperceptibles contours de vaporeux clusters. Comme des poussiĂšres dans la lumiĂšre, ils dansent joliment entre eux, plaisant ballet aĂ©rien d’abord, au charme enfantin de nos jouets rĂȘvĂ©s d’enfance. Avant de se livrer la guerre, une Guerre des Ă©toiles à l’échelle des hirondelles. Et voilĂ  la fille, qui voudrait les Ă©venter, Ă©pouvanter d’un revers de main comme d’importunes mouches, semble agie par eux, agressĂ©e comme l’hĂ©roĂŻne des Oiseauxd’Hitchcock. Elle rĂ©ussira Ă  en capter, capturer un et l’abattra d’un coup sec comme une vilaine mouche tandis que les autres, accourent Ă  la rescousse, nombreux, dĂ©multipliĂ©s par leurs ombres dĂ©sormais malĂ©fiques. Oiseaux blessĂ©s, heurtĂ©s au canon du micro comme moineaux Ă  un fil Ă©lectrique non isolĂ© ou avions touchĂ©s par la DCA.
Des projections de vues aĂ©riennes ont allĂ©gĂ© et alourdi de sens cette spectaculaire et riche mĂ©taphore ludique et inquiĂ©tante du rapport de l’homme Ă  la machine, au drone festif et fatidique.

 

 

Pesante illustration
Une jeune femme place alors un ordinateur sur un pupitre au milieu de la scĂšne et par l’autre miracle technologique de Skype, entre en contact avec un danseur palestinien. S’ensuit une longue, trop longue interview de plus de vingt minutes de cet homme qui, la mimant en sons bourdonnants, dit la berceuse ambiguĂ«, angoissante des drones sur la bande de Gaza, oiseaux de surveillance et de mort. L’interview est directe, dirigĂ©e, et l’on est gĂȘnĂ© de cette insistance Ă  nous prouver, comme si l’on ne connaissait pas le drame palestinien, comme si l’on ne savait pas, comme si l’on ne comprenait pas le propos mĂ©taphorisĂ© dans la premiĂšre partie, l’usage chaque jour documentĂ© des drones dans les guerres modernes. SollicitĂ© Ă  l’excĂšs, cet homme dansera quelques pas d’un dabkehpalestinien pour tout rapport Ă  la chorĂ©graphie.
Autant la premiĂšre partie Ă©tait subtile, se prĂȘtant Ă  maintes rĂ©flexions dans ses non-dits, autant celle-ci, surabondante en parole, est une illustration directe, maladroite dans sa bonne volontĂ© politique et didactique, ses bons sentiments Ă©talĂ©s si frontalement Ă  un public qui serait ignorant du monde, passage sans conceptualisation, sans Ă©laboration, Ă©cueil bien ancien d’un art engagĂ©, d’un rĂ©alisme brut.
Car mĂȘme le rĂ©alisme doit ĂȘtre traitĂ© avec art pour devenir rĂ©alitĂ© artistique. Goya, ou Picasso, pour le Dos  et Tres de mayoou Guernica, font une Ɠuvre, ils ne se contentent pas d’un discours politique comme une piĂšce rapportĂ©e : leur crĂ©ation parle, crie hurle, dĂ©nonce, en dit davantage sans dire mot qu’une interminable interview plaquĂ©e artificiellement.
Phénix dans les ruines
Fort heureusement, la derniĂšre partie renoue magnifiquement avec la premiĂšre : dans des ruines de Gaza (et cela suffit bien pour dire les horreurs de la guerre et les ravages des drones), dans des vues aĂ©riennes Ă©blouissantes de perspectives virtuoses vertigineuses, dansantes, traquĂ©s par les drones invisibles comme la mort qui plane, un groupe de jeunes gens fuit, joue, danse, break dance qui mĂ©rite bien son nom, brisĂ©e mais toujours recomposĂ©e, pourchassĂ©e : vivante. Comme le PhĂ©nix renaissant au milieu de ses cendres. Et ce sont les trois danseurs au micro, qui Ă©mettent alors les sons des drones dans ce transfert et va et vient de l’homme Ă  ma machine.

 

   

 

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COMPTE-RENDU, DANSE. MARSEILLE, le 26 juin 2018. Phoenix / Eric Minh Cuong Castaing.
PHOENIX : Éric Minh Cuong Castaing, crĂ©ation 2018 « avec les danseurs.ses »[sic] : Nans Pierson, Jeanne Colin,  Kevin Fay,  Mumen Khalifa.
Robotique drone : Thomas Peyruse, Scott Stevenson .
Musique : Grégoire Simon, Alexandre Bouvier.
Vidéo : Pierre Gufflet Julien , Léo David.
LumiÚres : Sébastien LefÚvre.

Ballet National de Marseille
A l’affiche de l’OpĂ©ra de Marseille les 26, 27, 28 juin 2018
PHOTOS : © Sébastien LefÚvre

 

 

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Écriture inclusive ?
En bas de page du dossier de presse, discrĂštement mais soulignĂ© en gras, un modeste et naĂŻf exemple de bonne volontĂ© de ce qu’on appelle « écriture inclusive », incluant Ă©galitairement (?) masculin et fĂ©minin :
« avec les danseurs.ses »
La lecture muette, sinon la voix, suffit pour en montrer la vanité : jamais cet artifice des bons sentiments et du politiquement correct ne s’imposera. La loi linguistique universelle est celle du moindre effort, du raccourci et il n’est nulle langue au monde qui ne rejette tout ce qui en freine, en retarde l’émission. Ainsi, le français, le francien originel, s’est imposĂ© et s’impose par la normalisation des mĂ©dias (radio, tĂ©lĂ©) sur la prononciation mĂ©ridionale parce qu’il condense, raccourcit autour de l’accent de l’ancien latin les mots en Ă©ludant les e muets que les mĂ©ridionaux conservent, trace de la quantitĂ© des syllabes latines : Catherine, au sud, quatre syllabes, devient pratiquement « Cath’rin » au nord, deux syllabes. Toute langue fonctionne donc par apocope, raccourci : on dit kilo et plus kilogramme, auto et plus automobile, stĂ©no pour stĂ©nographe,  actu pour actualitĂ©s, ado, hebdo, info, etc. Alors, ajouter une syllabe, ce codicille, ’petite queue’ ironique pour inclure paradoxalement le fĂ©minin relĂšve d’une grande naĂŻvetĂ© linguistique.
Une langue, organisme vivant de chaque jour, dont la grammaire ne fait que constater l’usage courant, ne s’impose pas par des dĂ©crets. Le calendrier rĂ©volutionnaire, avec ses pourtant si jolis noms de mois, florĂ©al, messidor, brumaire, etc, ne s’est jamais imposĂ©. Les tentatives de crĂ©er une langue artificielle europĂ©enne, le volapĂŒk ou l’espĂ©ranto sont restĂ©es lettre morte de leur propre artifice. Et le français, la moins concise des langues romanes Ă  cause du grand nombre de ses mots homophones, au mĂȘme son pour des sens diffĂ©rents (oh, ĂŽ, eau, mots, maux, etc), chante(qui : je , tu, il eux, elles, impĂ©ratif ?) qui exigent de prĂ©ciser sens et la fonction, le nombre (les s et x pluriel Ă©tant muets) par des articles, pronoms, etc, alors que d’autres langues, italien, espagnol, roumain, grĂące aux dĂ©sinences verbales et en nombre, etc n’ont pas besoin de ces ajouts canto (moi), cantas (tĂș,),canta (Ă©l, ella, etc)
  Ce qui explique que l’anglais, encore plus concis dans sa rapide version amĂ©ricaine s’impose partout.

 

   

 

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